Communauté juive de Dijon : Un autre regard sur l’actualité
01/03/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Emmanuel Razavi

La communauté juive de Dijon est ancrée dans la capitale bourguignonne depuis le VIIe siècle. Si elle ne compte pas un grand nombre de membres – moins d’un millier de personnes – il semble que ceux-ci soient pourtant très actifs et qu’ils aient réussi à faire de Dijon un modèle de dialogue interconfessionnel. Des réunions entre les différentes communautés religieuses sont en effet organisées régulièrement, où chacun se retrouve afin de prier pour la paix. Pourtant, si les juifs dijonnais ne connaissent pas le sentiment d’insécurité qui touche d’autres grandes villes, certains perçoivent, comme Simon Sibony, le rabbin de la Synagogue, « une recrudescence des actes anti-sémites en France, sans doute due à une tolérance vis à vis d’une certaine délinquance issue des banlieues. Il est d’ailleurs presque certain qu’il y a un lien entre les récentes agressions qui se sont produites en France et les attentats qui ont eu lieu en Israël. » Pour le docteur Israel Cemachovic, président de la communauté juive de Dijon, « l’antisémitisme n’a jamais vraiment disparu. Il est toutefois possible que les juifs de France se sentent perturbés par la solidarité parfois violente de jeunes issus de l’immigration avec la communauté palestinienne, alors qu’ils n’ont pas de liens directs avec elle. » Cependant, il insiste sur le fait qu’à ce jour « la communauté juive dijonnaise n’a jamais été l’objet de dérives violentes, même si des enfants ont pu se faire insulter. » Et ce sentiment d’apparente tranquillité semble faire l’adhésion de tous. Albert Huberfeld, commerçant de la rue du Bourg et membre actif de la communauté, dit même de Dijon qu’elle est « préservée. »
La communauté juive de France et l’Etat d’Israël
Ainsi que l’analyse Simon Sibony, « tout juif de France se sent profondément concerné par le conflit qui touche la terre d’Israël, car nous avons tous de la famille ou des amis là-bas .Mais tous se sentent d’abord français. Ils aiment donc la France, mais aussi Israël, car elle est le berceau de leur histoire. » Quant à Israel Cemachovic, il pense que « les juifs sont solidaires de l’état hébreu à 90 %, mais cela à titre personnel, car chacun se sent évidemment français avant d’être juif. On a d’ailleurs, lors de nos fêtes, une prière pour la République française. » Albert Huberfeld, lui, considère que « si tous les juifs peuvent aujourd’hui marcher tranquillement dans la rue, c’est parce que l’Etat d’Israël existe. Non pas parce qu’il représente un refuge, mais parce qu’il a une représentation légitime. Et cela n’empêche pas que je me sente français », ajoute-t-il. Seul gros point noir qui revient dans la bouche de chacun : le traitement par la presse française du conflit israélo-palestinien depuis le début de la seconde Intifada en octobre 2000. Pour le rabbin Sibony, les juifs de France ont l’impression que « les journalistes n’ont pas joué leur rôle, car ils ont jugé. Nous avons donc eu le sentiment qu’il n’y avait pas de description objective de la réalité. Aujourd’hui, on a l’impression que l’antisémitisme s’est transformé en antisionisme. C’est comme si Israël devait porter les fautes du monde. » Albert Huberfeld souhaite, quant à lui, faire entendre qu’« Israël est une démocratie et qu’il faut la traiter comme telle ». Et le rabbin Sibony de conclure : « L’armée israélienne n’est pas une armée antidémocratique. Nous avons le sentiment qu’il y a eu en France une véritable propagande anti-israélienne, parfois due à des journalistes qui n’ont pas raconté la réalité sur le terrain ». Un sentiment partagé par l’ensemble de la communauté juive mais qui risque de rester encore longtemps l’objet de polémiques.
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