«â€‚Le Père aussi » : pour le maintien des liens parents-enfants
01/04/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Emmanuel Razavi

L’histoire de Yann Rodrigo, un Dijonnais de 35 ans, pourrait ressembler au scénario d’une série B américaine. Pourtant, le cauchemar qu’a vécu cet homme pendant près de deux ans ne tient pas de la fiction. Tout bascule le jour où sa femme et lui décident de se séparer, en octobre 2000 en raison d’une « incompatibilité d’humeur ». Ainsi qu’il le raconte, « nous sommes passés devant le Juge aux Affaires Familiales, lequel m’a octroyé un droit de visite à notre fille à partir de janvier 2001 ». Si les premiers mois qui suivent la séparation se passent bien, c’est au retour des vacances d’été que les choses changent. « J’ai reçu plusieurs appels anonymes me menaçant de ne plus revoir mon enfant ». Puis en janvier 2002, il apprend que sa femme a déposé une plainte contre lui pour « attouchements sexuels et tentative de viol » sur la personne de sa fille. Yann est alors convoqué par la gendarmerie et l’enfant examinée et interrogée au Centre d’Accueil des Victimes d’Abus sexuels de l’Enfance Maltraitée par un pédiatre et un psychologue. Puis Yann, sa femme et sa fille sont obligés de subir une expertise psychiatrique, qui conclura d’ailleurs que Yann est sain d’esprit et que, dit-il, « ma fille a probablement été manipulé ». Bref, le jeune homme subit une pression terrible durant des mois, jusqu’à ce que la plainte dont il est victime soit classée sans suite. Pourtant, le mal est fait, car privé de sa fille durant des mois, Yann, sur décision de la Cour d’Appel de Dijon, ne peut la voir aujourd’hui que la première, troisième et cinquième semaines (quand il y en a une) de chaque mois, dans un lieu neutre, l’A.R.P.E, autrement appelé « Lieu d’Accueil et de Rencontres Parents Enfants », le temps que celle-ci se réhabitue à lui. Parallèlement, Yann, qui entend ne pas en rester là, a porté plainte contre son ex-épouse pour « dénonciation calomnieuse ». Celle-ci est aujourd’hui poursuivie en correctionnelle.
Le Père aussi
L’histoire de Yann pourrait être un cas isolé. Pourtant, il n’en n’est rien. C’est ainsi que plus d’une soixantaine de parents victimes du même type d’accusations ont rejoint l’association Le Père aussi, présidée par Pascal Marivet, un chef d’entreprise de 44 ans, qui fut accusé injustement en 1997 de maltraitance sur sa fille de 1 an. Cette association dijonnaise a entre autres pour objet « le maintien des liens entre enfants et parents, qu’il s’agisse du père ou de la mère ». Ainsi que l’explique Pascal Marivet, « deux réunions d’accueil sont organisées tous les mois, ainsi que des débats sur la médiation familiale ou la pension alimentaire ». Mais l’association se veut aussi être une « force de proposition face aux pouvoirs publics ». Ainsi ses membres posent-ils le problème de la mise en place de statistiques locales sur le nombre d’accusations d’attouchements sexuels, « afin de voir combien de pères ont été accusés et innocentés », insiste Pascal Marivet. Cependant, une question demeure : pourquoi y a- t- il a une recrudescence de ce type d’accusations ? D’après Maître Isabelle Moulin, avocat au Barreau de Dijon, la réponse se trouve dans l’évolution des rapports familiaux. Ainsi, explique-t-elle, « il y a vingt ans, le père n’existait pas comme maintenant. Aujourd’hui, celui-ci s’implique davantage dans la vie familiale. Par ailleurs, dans le cas d’une séparation, le fait que l’enfant manifeste sa joie de voir l’un de ses parents peut susciter la jalousie de l’autre ». D’autre part, si le problème est lié à une mutation sociologique du couple, il n’en demeure pas moins qu’« il touche toutes les couches sociales de la population ». Toutefois, « la peine encourue par un conjoint pour dénonciation calomnieuse », conclue Maître Moulin « peut aller jusqu’à cinq ans de prison et 45 000 € d’amende ». Une précision qui devrait avoir le mérite de faire réfléchir. Le père aussi : Tél : 06.81.03.83.68
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