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A la découverte des gens du voyage

01/04/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Xavier Gauthier

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«â€‚Voleurs de poule », «â€‚rois de l'embrouille »…Au-delà  des clichés séculaires, qui sont les gens du voyage, comment vivent-ils, quelles sont leurs aspirations…Reportage sur l'aire de Dijon.

Une des activités des gens du voyage : la fabrication d' objets en osier.
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Le soleil estival de ce mois de mars, les caravanes bien ordonnées, les rires des enfants, tout donne l’illusion d’un camping pour touristes en goguette dans le sud de la France. On est pourtant loin du camping pour estivants : ici, au lieu-dit du chemin des Cailloux, s’étend une aire de stationnement pour les gens du voyage. En lieu et place des pins ombreux, des bosquets en fleurs ou d’une vue sur la mer, le regard est circonscrit par un cimetière, un refuge SPA et une rocade. L’aire de Dijon, ouverte en 1973, compte 50 emplacements de 150 m2 équipé de bornes de comptage individuelles pour l’eau et l’électricité, soit une capacité d’accueil de 250 personnes. Mais ces chiffres sont largement dépassés. Entre l’automne et l’été, pas moins de 500 tsiganes, à majorité des Manouches complétés de quelques Yéniches s’y entassent pêle-mêle. « Dans chaque ville », constate André, « il y a un chenil mais pour nous rien, nous sommes les parias de la société ».  Pourtant, depuis 1990, la loi Besson oblige toutes les communes de 5 000 habitants à se doter d’une aire dévolue aux gens du voyage. Une loi peu suivie d’effet. Résultat, cette population est le plus souvent relégué aux franges déliquescentes des communes : déchetterie, décharge…Pis, les maires refusent souvent de vendre des parcelles de terrain usant de leur droit de préemption. Car si le mythe du tsigane voyageur impénitent demeure, dans la réalité nombreux sont ceux qui aspirent à une semi-sédentarisation pour passer l’hiver. M. Benoit, pasteur, dénonce le double langage des maires  « qui veulent qu’on s’intègre mais à chaque fois ils refusent de vendre un bout de terrain ». « On demande juste de pouvoir vivre tranquillement, pas dans la gadoue, en liberté comme nos parents ». Un mode de vie qu’ils souhaitent transmettre à leurs enfants, même s’ils sont conscients « qu’au XXIe siècle, ils ont besoin de savoir lire et écrire ». Mais là aussi, les gens du voyage se heurtent à une forme de ségrégation qui ne dit pas son nom : « Nos enfants sont mis dans des classes à part où ils n’apprennent pas grand-chose ». Sur l’aire de Dijon, les familles disposent d’une école, l’une des plus importantes de France, mais la tendance est à l’assimilation dans les écoles « normales »  pour éviter le risque de ghettoïsation.

Entre méfiance et fatalisme

Ce rejet de la société a pour conséquence naturelle un repli sur soi des gens du voyage et une forte méfiance vis-à-vis du monde gadjo (les non-tsiganes). Il est vrai que les préjugés ont la vie dure. André : « Nos antécédents nous poursuivent »,  mais, reconnaît son ami René, « chez les tsiganes il y a aussi pas mal de mauvais qui abîment les terrains ». Quand on leur reproche de rouler avec de grosses cylindrées, Mao rétorque qu’on ne tire pas une caravane de 2 tonnes avec une 2CV. « Et  on les achète d’occasion à crédit comme le reste ». Face à ces sempiternelles récriminations, le Manouche a le dos large. Fataliste et un brin philosophe, il ne se soucie guère du lendemain. « On ne fait pas de projets, l’avenir ne t’appartient pas ! » D’où une vie au jour le jour anachronique et atypique au regard de la société où la valeur travail  n’a d’autre fonction que d’apporter le minimum vital à la famille. Même si le tsigane n’a pas de grands besoins, son économie de subsistance qui repose sur les travaux saisonniers (cueillette, vendanges) et artisanaux (rempaillage, étamage, nettoyage de façades…) est mise à mal par l’évolution croissante des contraintes et des habitudes de consommation. Notamment l’interdiction de la vente au porte-à-porte et sur la voie publique. Du coup, ils sont de plus en nombreux à se mettre en règle et à s’ inscrire au registre du commerce. Et la quasi-totalité perçoit le RMI. A l’heure où les derniers rayons du soleil lèchent le linge, l’aire des gens du voyage fleure bon le fumet des grillades. Une vie simple où chacun est invité à la table du voisin. « Nous, confie sans acrimonie, cette femme yéniche, tout en tressant un panier d’osier, on fait partie des simples. Le peuple du voyage n’est pas méchant, c’est dommage qu’il soit mal connu ». Une méconnaissance de l’autre qui entretient les peurs et les idées reçues. Et son compagnon, de raconter cette histoire : « J’avais un grand-oncle qui a eu 17 citations lors de la guerre de 14-18  et décoré de la croix de guerre. Un jour, à Montigny-le-Roi, où il passait avec sa roulotte tirée par son petit cheval, un paysan appelle les gendarmes. Ils arrivent pour l’arrêter. Mais quand mon grand-oncle a revêtu ses médailles, ils se tous mis au garde-à-vous et le maire en a pleuré » .



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