Islam : vers un financement public des mosquées ?
01/04/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

Même s’il ne s’agit pour l’instant que d’une idée évoquée par le ministre de l’Intérieur – qui n’en manque pas – le débat est lancé : celui de la possible participation des municipalités au financement des lieux de culte. Déjà, en septembre 2002, Fabienne Keller, maire UDF de Strasbourg, avait annoncé que son conseil municipal délibérerait sur les conditions de construction d’une mosquée et sur l’implication financière de sa ville dans le projet. En Côte-d’Or, si le vice-président de l’association des Musulmans de Dijon Mohamed Bekkaoui voit d’un bon œil cette éventualité, il s’empresse de préciser « que pour l’instant, cela n’a pas lieu d’être, et que si tel était le cas, il faudrait savoir à quelles conditions un financement serait acceptable ». Ce débat intervient au moment où Nicolas Sarkozy est sur le point d’instaurer – avec succès – un véritable dialogue avec le Coneil Français du Culte Musulman (CFCM). Une initiative qui devrait permettre à l’Islam, deuxième religion de France, de s’épanouir au grand jour et de se couper de l’influence – et de fait des financements – de certains états islamistes. Reste que certains interlocuteurs choisis par la place Beauvau tels que les représentants de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) ne font pas l’unanimité au sein de la communauté musulmane. L’UOIF s’est en effet vue reprocher par certains de ses coreligionnaires le fait de s’inspirer de certains principes philosophiques de l’organisation des frères musulmans, un mouvement fondamentaliste égyptien – créé en 1928 par Hassan Al Banna – qui entretient des liens avec des organisations telles que le Hamas.
Pour l’Imam Mohamed Ateb, Président de La Jeunesse Musulmane de France en Bourgogne, une association proche de l’UOIF, « aucun lieu de culte ne reçoit d’aide extérieure », autrement dit en provenance de l’Arabie Saoudite ou d’autres états fondamentalistes. Cependant, il ne manque pas de préciser que « la discrétion de l’aumône est recommandée par l’Islam ». Difficile, donc, de vérifier que des sources extérieures ne financent pas un certain nombre de lieux de cultes directement ou indirectement, que ce soit en France comme dans l’agglomération dijonnaise ! D’autant que l’UOIF regroupe un certain nombre d’associations de type loi 1901 et que celles-ci n’ont aucune obligation de publier leurs comptes. Si l’on en croit les propos de notre confrère Xavier Thernisien, publiés dans le Monde du 13 décembre 2002 : « Pendant toute la durée du ramadan, les responsables de l’UOIF et des associations qui en dépendent sont absents. Ils prennent l’avion pour les pays du Golfe, et font le tour de leurs donateurs…» la période du Ramadan est en effet celle durant laquelle des musulmans font des dons généreux afin de financer – entre autres – des lieux de cultes, cela au nom de la « Zakat », l’aumône qui fait partie des cinq piliers de l’Islam. Si Mohamed Ateb parle « d’un Islam de France conforme aux lois de la République et coupés des pays d’origine », il est donc nécessaire que certaines organisations offrent une plus grande transparence. C’est très certainement ce vers quoi veut tendre Nicolas Sarkozy en aidant à la constitution d’un Conseil Français du Culte Musulman. Car si l’Islam souffre parfois d’une certaine méconnaissance en France, celle-ci demeure une religion de tolérance. En ce sens, la ville de Dijon, où sont organisées de nombreuses réunions interconfessionnelles entre les différentes communautés, peut servir d’exemple à plus d’un titre.
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