Cocaà¯ne à Dijon : état des lieux
01/05/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Roald Billebault

Apparue concrètement en France au milieu des années soixante-dix, la consommation de cocaïne ne cesse depuis près de 30 ans de poursuivre sa triste progression. Hier encore réservée à une élite, cette substance, issue du célèbre arbre à Coca, semble aujourd’hui s’immiscer dans le quotidien de plus en plus d’individu. Les chiffres publiés* par l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT) confirment bien cette croissance : entre 1995 et 1999, pour la tranche d’âge la plus concernée, celle des 18-44 ans, l’usage de cocaïne au cours de la vie est passé de 3,3 % à 4,9 %. Mais les données les plus spectaculaires sont sans conteste celles concernant les interpellations et les saisies effectuées par les services de police et des douanes. En 2000, sur l’ensemble du territoire, 2323 personnes ont été arrêtées pour consommation-revente contre environ 500 en 1990, soit près de cinq fois plus. La quantité de cocaïne saisie donne quant à elle le vertige : de 1845 kilos en 1990, le compteur est passé à 3687 kilos rien que pour l’année 99, avec toutefois un recul notable en 2000. Pour autant, la capitale Bourguignonne n’affiche pas de statistiques alarmantes : sur les deux dernières années, seulement une vingtaine de grammes ont été saisi pour environ 21 interpellations. Mais ces chiffres ne reflètent pas forcément la réalité. Pour le Capitaine Peeters, de la brigade des stupéfiants de Dijon, « le milieu de la cocaïne reste très fermé, même si sa consommation à tendance à se démocratiser » ; difficile par conséquent d’estimer les quantités qui circulent réellement.
L’affaire de tous
Une drogue certes, nettement plus consommée qu’il y a quelques années, mais pour le Docteur Salvé, médecin praticien au service de psychiatrie et d’addictologie du C.H.U. de Dijon, « les cocaïnomanes purs et durs sont extrêmement rares. On vie dans une société où les jeunes sont consommateurs de plusieurs produits. D’ailleurs, la cocaïne est souvent associée à l’alcool… Personnellement, j’ai rarement vue une personne venir nous voir pour une dépendance à un seul produit ». En effet ! Sur les 848 patients accueillis au CHS « la Chartreuse » en 2001 pour des troubles liés à la consommation de produits psychoactifs, seul trois l’étaient pour un « problème » avec la cocaïne comme produit principal. Une poly-consommation qui ne peut, à fortiori, qu’augmenter le désastre sanitaire et social auquel doit faire face le pays depuis plusieurs années, essentiellement avec l’alcool et le tabac. La praticienne confirme par ailleurs qu’aujourd’hui la cocaïne est l’affaire de tous. « Il n y a plus désormais de catégorie socioprofessionnelle particulièrement concernée. Toutes les couches sont touchées ». Un phénomène d’expansion sociale qui peut s’expliquer très simplement. Avec un prix d’achat au gramme compris de nos jours entre 50 et 100 € en fonction de la qualité, contre 180 € il y a une petite décennie, cette drogue est désormais à portée de toutes les bourses, même des plus minces. Ben, vingt-cinq printemps passés à Dijon et sans profession, nous confirme qu’il est facile de se procurer de la « cécé » à prix raisonnable : « Dans les grosses soirées techno, je peux capter un gramme pour environ 45 €, et elle vient directement des Pays-Bas ». Et lorsque l’on demande au jeune homme à quelles occasions et pour quelles raisons il consomme de la cocaïne, sa réponse semble toute faite : « En général, je consomme en soirée avec les potes, mais il peut m’arriver de consommer en journée. En prenant un rail de coke, je prends de l’assurance, je crois même que je pourrais faire un concert devant 200 000 personnes. Pour autant, je n’ai pas l’impression que l’on peut en être dépendant comme à l’héroïne ». L’erreur est humaine, mais la dépendance et les risques liés à la consommation d’une telle substance sont bien réels : infarctus, hémorragie cérébral, atteinte vasculaire, perforation de la cloison nasale, transmission du VIH (si injectée)….et dans le pire des cas le décès par surdose.
Dijon à la croisée des chemins….de la drogue ?
Selon le rapport 2001 du dispositif Tendances Récentes Et Nouvelles Drogues** (TREND) Dijon serait, de part sa relative proximité à l’Allemagne, la Suisse ou les Pays-Bas, une agglomération où le trafic disposerait d’un potentiel de diffusion important. Le capitaine Peeters émet toutefois un bémol sur cette affirmation : « Je ne pense pas que la position géographique de Dijon soit liée à l’importance du trafic ou de la consommation. Il est vrai qu’un pays comme les Pays-Bas est une bonne source d’approvisionnement, mais on s’aperçoit que les saisies importante réalisées sur autoroute sont destinées aux marchés espagnol ou italien et non ou marché local. Souvent, d’ailleurs, les produits viennent d’autres grandes villes comme Lyon ou Paris ». Quoi qu’il en soit, que Dijon soit ou non une plaque tournante, l’augmentation quasi quotidienne de la consommation de drogue, tant au niveau national que local, profite pleinement aux trafiquants qui peuvent engranger
« plusieurs dizaine milliers d’euros pas mois ». Et même s’ ils ont parfois l’impression « d’écumer la mer avec une petite cuillère », le combat continue pour le Capitaine Peeters et ses collègues des stups, car pour eux, contrairement aux fictions cinématographiques, il n’y a pas de générique de fin.
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