Politique

Congrès du Parti Socialiste à  Dijon : le rendez-vous de la dernière chance ?

01/05/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

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C'est à  Dijon que se tiendra les 16, 17 et 18 mai prochains le Congrès national du Parti Socialiste. Un congrès organisé à  l'initiative de François Rebsamen, Maire d'une ville devenue l'un des symboles d'un P.S à  peine remis de sa défaite des élections du 21 avril 2002 et qui a pour ambition de (re)devenir un grand parti.

François Rebsamen (à  gauche) et François Hollande (à  droite) lors d'une cérémonie au siège du Parti Socialiste, rue de Solferino à  Paris.
François Hollande dans son bureau de la rue de Solferino à  Paris.
PIERRE PERTUS

Tourner la page ». Telle pourrait être la devise du Congrès national du Parti Socialiste qui se tiendra à Dijon les 16, 17 et 18 mai prochains. Celui-ci  constitue en effet un rendez-vous historique pour les militants, qui doivent définir un nouveau cap et surtout trouver le capitaine qui les aidera à tenir la barre d’un navire P.S en quête d’un second souffle. Pour François Hollande, Premier Secrétaire du Parti Socialiste, « ce congrès doit être plus que celui des militants. Il doit aussi être celui de toute la gauche ». Et ce dernier envisage tout à fait la probabilité qu’émerge du congrès « l’idée de la création d’une Fédération des Gauches, mais dans une structure non partisane ». Toutefois, si l’on se risque à demander à François Hollande s’il se voit à la tête d’une fédération de ce type, il s’empresse de préciser « que l’on ne devrait pas personnaliser cette institution ». L’objectif premier du Congrès est en effet de construire un grand parti socialiste « en mettant en place un nouveau type de relations avec les syndicats et les associations dans les différentes régions de France ». Quant au choix de Dijon, la raison, pour François Hollande, tient au fait que « celle-ci est devenue un symbole, car pour la première fois depuis l’après guerre, un maire socialiste travaille pour l’ensemble des dijonnais. De plus, François Rebsamen, qui a organisé le congrès étant le Secrétaire National aux Fédérations, cela fait donc de lui le premier des militants socialistes ».
Autre symbole pour François Hollande, qui n’est pas à négliger, celui de « la bonne vie que représente Dijon ». Et de conclure : « Nous avons un devoir vis-à-vis de Dijon, c’est que le Congrès se passe bien. Celui-ci devra montrer que nous sommes ouverts sur les préoccupations des Français, qu’il s’agisse du problème des retraites, de l’Europe ou de l’avenir de la démocratie. Enfin, le P.S doit être porteur d’un projet ». Le Congrès de Dijon marquera donc, on l’a compris, un tournant important dans l’histoire du Parti Socialiste. Il sera probablement aussi celui de la dernière chance, même si François Hollande considère qu’ « il y a toujours la possibilité de se racheter ».

La méthode Rebsamen

Le Maire de Dijon, ardent défenseur de la motion du Premier Secrétaire du P.S, à tel point qu’il n’envisage rien d’autre « qu’une large majorité pour François Hollande lors du Congrès », est également persuadé que la « Grande Dispersion » du 21 avril n’est plus que la sinistre incarnation d’un passé révolu. « J’espère vraiment que tout cela est terminé. La gauche plurielle correspond à la fin d’une méthode. Le Congrès de Dijon doit marquer le vrai retour d’une gauche porteuse d’espoir, capable d’opposer une alternance crédible. Le P.S devra en sortir rassemblé et fier de son identité ». La longue période d’introspection nécessaire à une gauche traumatisée par la déroute du printemps 2002 lui aura permis d’en comprendre les raisons et de tourner le dos à un passé encore très (trop ?) pesant. François Rebsamen, qui devine très vite à qui l’on fait allusion n’est pas loin de penser que tourner la page est une nécessité impérieuse. « Le P.S a une histoire avec Lionel Jospin, qui correspond à une période (1997-2002) de prospérité. Il ne faut surtout rien renier, mais Lionel Jospin a décidé de se retirer. Il convient de regarder devant nous ». L’homme qui a mis fin à trente ans de règne de la droite à Dijon n’élude pas la possibilité d’élargir au plan national ce qui peut être réalisé au niveau municipal. « Il faut donner du sens à l’action politique. Cela est bien sûr plus facile à mettre en pratique dans une ville, mais les gens sont en attente d’actions concrètes », explique celui qui ne se considère pas comme le maire socialiste de Dijon, « mais comme celui des Dijonnais, sans chercher à masquer mes préférences partisanes ». Considérant que l’action qu’il mène depuis deux ans est en phase avec son programme d’inspiration humaniste, « libéré d’une vision dogmatique incompatible avec la vie municipale », François Rebsamen, très proche de Bertrand Delanoë, l’autre grand vainqueur de mars 2001, insiste sur ces valeurs que la gauche ne doit cesser de défendre : « Rassembler, vivre en harmonie sans oublier personne, proposer une vision moderne de la société, se concerter avec les associations, les syndicats, etc…»
« Cette gauche qui est à un tournant » montre que le P.S, François Rebsamen en tête, n’envisage pas d’autre issue que celle du rassemblement. « Si le Parti Socialiste sort divisé de ce Congrès, j’ai peur que les Français perdent confiance en l’alternance. Et ce serait très grave… ». Reste à savoir si la notion de « gravité » est la même pour tout le monde…

PIERRE PERTUS :

« La gauche doit se reconstruire d’elle-même »

Pierre Pertus attend le Congrès National du Parti Socialiste (du 16 au 18 mai à Dijon) avec impatience. Mais surtout, le Conseiller Général de Dijon VI et secrétaire général national de l’Association pour une Gauche Républicaine (AGR) espère que ces trois jours décisifs se transformeront en un long week-end en amoureux. Car depuis la “claque” du 21 avril 2002 et le coup de grâce porté lors des législatives deux mois plus tard, la gauche française – et ses leaders ne s’en cachent pas – éprouve le besoin de se recomposer. Pierre Pertus, qui a appartenu avec le Mouvement Des Citoyens (MDC) de Jean-Pierre Chevènement à la gauche plurielle, estime que « de ce congrès dépendra la future structure de la gauche, qui doit tirer les leçons du 21 avril et de la difficulté rencontrée par Lionel Jospin à rassembler autour d’un projet mobilisateur ». Convaincu de l’importance du rôle qu’a le PS pour fédérer les Français, Pierre Pertus insiste sur l’obligation pesant sur la gauche de « se reconstruire d’elle-même car je suis convaincu qu’elle ne renaîtra pas grâce à l’échec de la droite », agitant la menace de l’extrême-droite. « La gauche a une tradition progressiste, et c’est pour cela qu’il lui faut proposer un projet pour la relance économique et donc l’emploi, ce qui ne me semble pas être la priorité du gouvernement Raffarin, trop dogmatique et surtout très influencé par le MEDEF ». Estimant positive la tenue de ce congrès à Dijon, Pierre Pertus, qui y assistera en observateur privilégié, en profite pour porter un avis sur l’action menée par François Rebsamen depuis son élection à la mairie de Dijon en mars 2001. Un premier bilan qu’il juge « positif », insistant sur le fait que « deux ans ne suffisent pas à tout mettre en œuvre ». S’autorisant un tacle appuyé à une opposition municipale « qui a la critique facile, mais qui oublie qu’elle est restée trente ans au pouvoir », Pierre Pertus attend de François Rebsamen « un peu plus d’audace sur certains projets, et notamment le développement du Grand Dijon et de mieux positionner la ville dans l’Europe ».
 



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