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Avoir vingt ans dans Tsahal

01/06/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Emmanuel Razavi

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Ils ont pour la plupart entre 18 et 22 ans. Comme la majeure partie des jeunes de leur à¢ge, ils ont intégré Tsahal, l'armée israélienne. C'est à  Gaza, dans l'une des unités combattantes les plus dangereuses de cette armée mythique - qui s'attendait alors à  être prise dans la tourmente de la deuxième guerre du golfe- que trois d'entre eux ont accepté de confier leur témoignage à  nos envoyés spéciaux. Une façon pour notre rédaction de renouer avec le grand reportage, pilier historique de la presse régionale.

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Josh se repose dans sa chambre de la base.
Josh dans un des couloirs du bunker de la base.

Josh, 21 ans, est soldat dans une unité combattante. Ainsi qu’il le dit: Nous sommes encore des enfants. Bien qu`il soit sergent, Josh n’a pas d`hommes sous ses ordres. Il doit ses gallons à son ancienneté – 2ans – et à son courage. Celui-ci appartient en effet à une compagnie d’élite spécialisée dans le sabotage basée à Dir Il Balah, la plus grande base de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, réputée pour être la plus dangereuse. De toutes façons, dit Josh, ici, nous sommes tous logés à la même enseigne car nous prenons tous les mêmes risques. C’est peut-être la raison pour laquelle il n’y a pas de distance entre nous. Ainsi nous nous appellons tous par nos prenoms, quelque soit notre grade. La seule différence entre un simple soldat et un officier, c`est le salaire. Josh effectue son service militaire, dont la durée totale est de trois ans.  Je n`ai pas choisi de venir a Gaza. Je suis seulement un fermier. Comme tous les autres appelés, j`attend de rentrer chez moi, dans le kibboutz où je vis, dans le nord du pays. Josh, qui est d’origine californienne, aime rappeler que Tsahal est l’armée la plus cosmopolite du monde. Chez nous , il y a des russes , des français, des éthiopiens… Pourtant, si celui-ci est fier de l’armée dans laquelle il sert, ce qui revient le plus souvent lorsqu’il parle, c’est que la vie y est extrêmement dure. Nous n`avons pas de temps pour nous reposer. C’est à peine si nous en avons pour nous entraîner ! Aujourd’hui, cela fait deux jours que je n’ai pas dormi. Nous sommes toujours en opération ou en train de monter la garde afin de prevenir une attaque. Un soldat de notre unité dort en moyenne trois heures par nuit. Juste en face de son poste de garde, il y a un bâtiment criblé d’impacts de balles. C`est une ancienne école qui sert d’ abri aux snipers palestiniens. Il peut se passer des semaines sans qu’il se passe quoi que ce soit et puis tout à coup, ils nous tirent dessus tous les soirs. Cet endroit est extrêmement dangereux…Tout le monde dans ce camp a au moins un ami qui a été tué ou blessé. Mourrir comme ça, à la guerre, c’est un véritable gachis. Mais le plus dangereux, reprend-il, c`est la routine. Il faut la casser, car autrement nous commençons à avoir des idées noires… Afin de veiller au moral des troupes, il y a une travailleuse sociale au sein de l’unité. Son rôle : écouter et gérer les problèmes des soldats qui viennent se confier à elle. Selon elle, le plus dur pour eux est d’être loin de leurs proches. Mais pour Josh comme pour les autres soldats, Tsahal est devenue une deuxième famille. Mes meilleurs copains sont ici. Je sais que je peux toujours compter sur eux, quoiqu’il arrive. Concernant sa vie privée, Josh avoue avoir une petite amie qu’il voit peu. Quand j’aurai terminé mon service, je la retrouverai. Mais il faudra du temps pour que nous apprenions a vivre à nouveau ensemble. Il s’est passé trop de choses depuis que je suis dans l’armée. Pour le moment, ajoute-t-il, ma seule amie c’est mon arme. Et pas question pour lui de s’en séparer car à chaque instant la mort peut frapper. Je suis préparé à mourir, mais pas à voir mes copains se faire tuer…Puis il reprend, tristement: Le plus fou, c’est que lorsque l’un de mes amis se fait tuer par des palestiniens, je n’arrive pas à leur en vouloir. Après tout, la guerre, c’est notre job ! Et ce job, chaque homme de la compagnie l’effectue quotidiennement avec la même application. La journée, qui commence a cinq heures du matin et finit à vingt et une heures se déroule toujours en trois temps : Garde, nettoyage, patrouille. La seule chose qui change, c’est que maintenant nous patrouillons de plus en plus en char, car rouler en jeep de jour est devenu trop dangereux. Durant la journée, une chaîne stéréo installée en plein milieu de la base rythme la vie des soldats au gré de chansons rock ou de musiques d’inspiration indienne. A Dir Il Balah, certaines scènes de la vie quotidienne rappellent les films d’Oliver Stone sur la guerre du Viet-Nam. Surtout, quant au lever du soleil, apparaît un soldat torse nu, chaussé de tongs, M16 sur l’épaule et serviette de toilette à la main…Enfin, dès la nuit tombée, des soldats tirent régulièrement en direction des maisons palestiniennes qui jouxtent le camp. Juste pour signaler notre présence, affirme l’un d’entre eux.

Lieutenant dans Tsahal et professeur de salsa

En Israel, les femmes doivent aussi effectuer leur service militaire. Celui-ci dure au minimum deux ans. Après quoi elles peuvent regagner leur foyer ou choisir de rester dans l’armée pour y faire carrière. C’est le cas de Dvora. Agée de dix neuf ans, la jeune fille est lieutenant et a été affectée au service de presse de l’armée. Ce qui ne m’empêche pas d’aller souvent en zone de combats, précise-t-elle. S’il y a  trente pour cent de femmes dans Tsahal, seulement un pour cent d’entre-elles sont dans des unités combattantes. Je serai de celles-la, affirme-t-elle. Dvora est d’origine russe. Elle est arrivée en Israël en 1997. Elle avait tout juste quatorze ans. J’ai toujours voulu être officier dans Tsahal. C’est pour moi une façon d’aider mon pays. Et puis je crois que le danger m’excite. Tout comme Josh, elle assure ne pas avoir peur de la guerre. J’ai grandi dans un contexte difficile. Mon meilleur ami est mort dans un attentat a Ben Yehuda, la rue principale de Jerusalem. Je suis donc prête à tout. Malgré son attachement à l’armée, la jeune fille avoue qu’il est difficile de concilier vie privée et activités militaires. J’ai un petit ami qui est également officier dans une unité de combat. Nous nous voyons très peu. C’est parfois dur car il me manque. Pour se changer les idées, Dvora troque tous les lundi soirs son treillis contre une tenue plus « légère » pour aller donner des leçons de salsa au Glasnost, un night club de Jérusalem.  Déjà à l’école d’officiers, j’apprenais à mes copains à danser dès que nous avions du temps libre, s’amuse-t-elle. Et mon rêve est de partir un jour faire une tournée mondiale avec un groupe de salsa .

Tsahal est partie intégrante d’Israël

La centaine de soldats basés à Dir Il Balah est sous les ordres de Dani, leur capitaine, âgé d’à peine vingt quatre ans, auquel ils vouent une admiration sans limite. Cet homme au caractère trempé dans l’acier a été promu commandant de leur compagnie. Pour lui, Tsahal est la meilleure armée du monde. Et sa misssion est simple : assurer la protection des civils israëliens qui vivent dans les environs contre les attaques “terroristes”. Mais à Gaza, passée l’heure du couvre feu – dix neuf heures – tout palestinien peut être suspecté d’être un terroriste . Celui qui transgresse la règle, explique Dani, prend le risque de se faire tuer. C’est tout ! La majeure partie des attaques “terroristes” a lieu la nuit. La base a même subi des assauts du Hamas. Nous avons tué les assaillants. De toutes façons, on finit toujours par les avoir ! Confie-t-il froidement. Dans son bureau, il y a la photo d’un jeune homme. C’etait l’un de mes meilleurs amis. Il a été tué par un terroriste. Cela a été très dur pour moi. Mais nous savons tous ici que cela peut arriver, car c’est la guerre. Bien qu’il soit dévoué corps et âme à Tsahal, Dani sait qu’il n’y restera pas toute sa vie. Quelque soit la solution, nous devons arriver à  un point ou il n’y aura plus de conflit. Et puis lorsque la paix sera revenue, j’espère pouvoir me marier. Quand on demande à ce jeune chef de guerre comment il perçoit sa vie dans Tsahal, celui-ci répond sans hésitation : Déjà, avant de devenir officier, je savais que le danger faisait partie de ce boulot. Nous pouvons mourir n’importe où, n’importe quand. Il faut donc être sur ses gardes 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. C’est pourquoi nous sommes tous au top ! Et il conclue: Depuis la création de notre pays, Tsahal fait partie intégrante d’Israël et Israël fait partie intégrante de Tsahal ! Dans ce pays, nous sommes tous frères! Dans la paix comme dans la guerre…            



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