Société

Catholiques de Dijon : une communauté en phase avec son siècle ?

01/06/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Emmanuel Razavi

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Souvent discrets, parfois moqués, les catholiques se disent pourtant plus que jamais en phase avec les réalités de la société. Une société en pleine mutation dont ils appréhendent les difficultés et à  laquelle ils apportent leur contribution par le biais d'associations diverses ou à  travers la vie paroissiale. Qu'en est-il à  Dijon ?

A l'heure de la messe dominicale à  l'église Saint Bénigne de Dijon
A l'heure de la messe dominicale à  l'église Notre Dame de Dijon

Elle fait finalement assez peu parler d’elle. Et pourtant, ses membres ne manquent ni de projets ni d’initiatives. A Dijon par exemple, la communauté catholique a réussi à mettre en place en quelques années, sous l’impulsion de Monseigneur Balland puis de Monseigneur Coloni un projet de radio associative à grande échelle au niveau départemental. Une radio dont l’équipe – elle compte aujourd’hui près de cent vingt bénévoles et cinq salariés – a réussi le pari insensé de l’institutionnaliser au même titre que les autres grands médias locaux. Pour Christophe Lapostolle, 38 ans, journaliste en charge des infos sur RCF – il faut comprendre Radio Chrétienne en France – une personnalité incontournable de la communauté catholique dijonnaise, cette dernière   « est en phase avec son siècle. La radio est là pour le faire savoir, tout en mettant en avant des projets  qui ne sont pas forcément cathos mais qui mettent en lumière l’humain et le respect de celui que l’on va rencontrer ». Et RCF est en quelques sortes le reflet d’une communauté en pleine mutation qui implique chaque jour davantage des bénévoles, parmi lesquels de plus en plus de laïcs.

Moins de prêtres, plus de laïcs ?

Mais l’implication croissante des laïcs, que ce soit à RCF comme dans les équipes d’animation pastorale, autrement appelées EAP, est-elle en relation avec le fait qu’il y ait de moins en moins de prêtres ? Car s’il est une réalité inquiétante pour cette communauté, c’est bien la forte diminution des vocations à la prêtrise. Un phénomène sans doute dû – entre autres – au célibat imposé aux Ministres du Culte et qui peut passer pour quelque peu  « anachronique » aujourd’hui. D’après le Père Emmanuel Pic, 45 ans, qui exerce son Ministère à la paroisse Sainte Bernadette, l’explication tient à autre chose : «  S’il n’ y a actuellement en France qu’ une centaine d’ordinations environ par an, c’est un phénomène dû en grande partie à la déchristianisation. Mais la réalité est que nous sommes passés d’une pratique de type sociologique à une pratique en conscience ». On l’aura compris, si les laïcs s’investissent davantage aujourd’hui, c’est qu’ils pratiquent leur foi sans contrainte. Et le Père Emmanuel Pic de reprendre : « La foi chrétienne a de beaux jours devant elle, même si comme ailleurs, il est plus difficile de transmettre certaines valeurs. Preuve en est qu’actuellement 33% des jeunes français passent à un moment de leur scolarité par l’enseignement catholique ». Mais pour Emmanuel Pic, si l’Eglise est à un tournant, c’est aussi  parce qu’ « elle se situe différemment dans la société. Aujourd’hui, on a plus besoin d’être prêtre pour servir l’église… Il n’y a qu’à prendre l’exemple des diacres. Et puis celle-ci n’est plus une association qui tourne sur elle-même. Elle est au service du monde ». Et si l’on se réfère à l’activité de la paroisse Sainte Bernadette située aux Grésilles, on se rend compte à quel point la vie paroissiale est importante dans la vie d’un quartier. Ne serait-ce que par la dimension du service qu’elle apporte, qu’il s’agisse de l’aide aux familles désemparées lors de décès ou tout simplement des baptêmes, quand il ne s’agit pas de soutien aux jeunes. Toutefois, à quelques exceptions près, l’Eglise Catholique semble avoir perdu pied dans les banlieues difficiles de l’agglomération dijonnaise, contrairement à l’Islam par exemple, qui en fait un terrain d’action sociale et de prosélytisme. On ne peut ignorer par ailleurs qu’à trop vouloir aller dans le sens de la société, l’Eglise a aussi perdu des fidèles de la première heure qui ne se reconnaissent plus dans ses pratiques actuelles. Marie-Josèphe C., une ancienne enseignante du privé aujourd’hui à la retraite, avoue « une certaine nostalgie de l’Eglise d’autrefois, de son enfance. On a voulu tout changer – dit-elle – mais je crois que le constat à faire aujourd’hui est que les églises sont désertées et les séminaires vidés ». Et de reprendre : « Notre religion est une religion d’amour. Il ne faut pas l’oublier, bien que l’on ait le sentiment que l’on se batte de plus en plus pour des problèmes religieux, comme en Irlande ». Quant au mariage des prêtres, Marie Josèphe C. se dit « ouverte à cela. De toute façon, on y viendra, c’est une question de temps. Et mieux vaut un prêtre marié qui exerce bien son Ministère qu’un prêtre qui a du mal à assumer son vœu de célibat ». Une question de fond qui reste bien sûr au cœur de nombreux débats. Reste que si  l’Eglise Catholique se dit en phase avec son siècle, nombreux sont ceux qui pensent qu’elle n’a pas répondu clairement aux aspirations d’une société en pleine mutation. Mais après tout, est-elle là pour ça ?



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