Espace autogéré des Tanneries : une solution d’équilibre précaire
01/06/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

Cela faisait plus de quatre ans que l’affaire traînait en longueur. Quatre ans que des jeunes, qui ont fait le choix de vivre à leur façon, occupaient les anciens abattoirs, boulevard de Chicago là-bas, vers l’entrée de l’autoroute de l’Est. Illégalement selon les textes, d’une logique morale évidente pour ces squatteurs recyclés en occupants légaux à titre gratuit, que la simple idée d’accumulation de biens par une minorité « bourgeoise » indispose. « Nous ne nions pas le titre de propriété de la Ville. Mais nous ne voyons pas ce qu’il y a de mal à occuper des locaux abandonnés, qui ne font l’objet d’aucun projet de réhabilitation ou de construction », explique Nicolas, un occupant de la première heure des Tanneries.
Le débat est vaste, les opinions forcément dissonantes. Du côté de la municipalité, qui a hérité du bébé en mars 2001, le choix s’est assez rapidement porté vers la négociation plutôt que de tendre à un recours légal mais long et fastidieux, celui de l’expulsion. « L’ancienne équipe municipale avait tenté de les faire expulser, sans y parvenir », explique Jean-Pierre Gillot, Maire-adjoint délégué au patrimoine. « Les mettre dehors n’était pas la meilleure solution, et c’est pourquoi nous avons opté pour le dialogue et cette convention d’occupation à titre gratuit. Ils payent leurs charges, l’assurance des locaux, et ils ont compris que c’était une bonne solution pour se stabiliser. Ils participent à l’amélioration du site. De cette façon, ils peuvent organiser des spectacles comme ils le font (NDLR : ce sera le cas avec une journée portes ouvertes les 13, 14 et 15 juin). Mais ils ne doivent pas oublier que cette convention coure encore sur deux ans, et qu’elle sera de toute façon temporaire, puisque l’utilisation de la surface des Tanneries est l’étude pour différents projets ».
Un espace ouvert
A l’abri d’une procédure d’expulsion, les locataires des Tanneries, s’ils ne cachent pas que les relations avec la nouvelle municipalité sont un peu moins tendues qu’avec la précédente ne se privent pas pour atténuer les propos qui s’échappent du Palais des Ducs. « Ils ont un discours politique, avec de belles phrases, mais nous sommes persuadés que s’ils trouvent une faille, ils en profiteront pour nous virer. Pour l’instant, ils nous laissent tranquilles et libres ». Libres de vivre en communauté, en s’éloignant le plus possible d’une société de consommation qu’ils abhorrent, où l’argent n’est pas une préoccupation majeure, même s’ils utilisent Internet, les téléphones portables, des automobiles et ne consomment pas uniquement les légumes du potager collectif planté de l’autre côté de la route. « Il y a des choses dont nous ne pouvons pas nous passer, ne serait-ce que pour communiquer avec les autres mouvements libertaires », expliquent-ils. En attendant, et si tout le monde peut ne pas partager leur point de vue et accepter de vivre en communauté dans un confort très relatif, les ex-squatteurs ont fait de l’espace des Tanneries un espace autogéré qui se veut ouvert et plutôt convivial, en organisant des concerts et autres spectacles dans une salle agrémentée par la commission de sécurité. « Cette façon de vivre nous convient. Certains des occupants sont étudiants, d’autres travaillent à mi-temps. Il n’est pas question de changer de rythme de vie ». La situation actuelle semble convenir à tout le monde, même si certains riverains râlent contre les tags qui recouvrent les facades des bâtiments des Tanneries (qui, au passage, sont
un peu plus réussis que ceux que l’on trouve au centre-ville, qui souvent ne ressemblent à rien). On en reparlera dans deux ans.
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