Jérôme Golmard : « Je me pose des questions »
01/06/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

Dans une petite salle de presse, les paroles d’un Jérôme Golmard triste et ironique à la fois et défait en quatre sets par le Lorrain Olivier Mutis (6-2, 6-7, 6-2, 6-3) tranchent avec celles proférées quelques minutes plus tôt par Arnaud Clément, tout à sa joie d’avoir enfin réussi à passer le premier tour face à Enqvist. Le « Djé », lui, ne connaît pas cette félicité. Quelques semaines plus tôt, Golmard, en revenant des Etats-Unis et du Mexique où il avait participé à plusieurs tournois Challenger, remportant notamment celui de Calabasas, s’était montré assez optimiste avant d’entamer la saison sur terre battue, une surface dont il ne raffole pas. « Je n’ai pas joué les premiers mois de l’année, et ces tournois, même s’ils ne sont pas d’un haut niveau, m’ont permis d’enchaîner les matchs. Physiquement, entre mes problèmes de dos et à l’épaule, je ne suis pas au top. On verra… », nous confiait-il une dizaine de jours avant Roland-Garros. En ce mardi de première semaine du tournoi le plus prestigieux du Grand Chelem, devant un public nombreux et curieux d’assister à l’affrontement entre deux des joueurs français les plus baroques du circuit ATP, Jérôme Golmard (29 ans) a cédé. Il n’a pas abandonné, parvenant même à tenir quatre sets, ce qui ne lui était pas arrivé depuis plusieurs mois. « Tu vois en cela un point positif, mais moi, je n’y arrive pas. Je n’ai pas forcé, et de toute manière, sur la durée, je ne peux pas. Encore moins sur terre battue. Sur du rapide, grâce à mon service, je peux m’en sortir. Ici, non…Ce match, c’est un peu le reflet de ce que je vis depuis des mois. Des années, même, depuis que je galère… Sur des tournois Challenger, j’arrive encore à embrouiller des mecs. Mais au haut niveau, cela devient de plus en plus difficile. En un peu plus d’un an, je suis passé de la quarante-cinquième place à la cent quatre-vingtième. Je me pose des questions ».
« Pouvoir faire une saison pleine »
Des questions forcément liées à la poursuite ou non de sa carrière, lui qui joue presque systématiquement sous anti-inflammatoires. « Heureusement qu’ils existent ». Physiquement et mentalement usé, fatigué de ne jamais pouvoir s’exprimer sur la durée et de faire complètement exploser ce potentiel énorme, le « Djé », heureusement bien entouré, notamment par sa femme Cécile, s’est souvent posé la question de savoir s’il ne serait pas préférable de tout arrêter. « Bien sûr que j’y pense. Mais pour quoi faire ? Alors, peut-être qu’il vaut mieux continuer comme ça pendant deux ou trois ans, en faisant mon classement sur cinq ou six mois dans l’année. Tu sais, c’est vraiment difficile à envisager de devoir arrêter alors qu’il y a encore peu de temps, j’arrivais à battre des mecs comme Sampras, Ivanisevic ou Chang. Mais franchement, ça me gave. Tu restes sans jouer pendant trois ou quatre mois, tu reviens avec l’envie de compenser ce manque, et le physique ne tient pas. J’ai essayé de travailler avec des kinés. Avec le dernier, François Ribeyre, cela n’a rien changé. Et pourtant, on était tout le temps ensemble. Putain, je ne demande rien d’autre que de pouvoir faire une saison pleine… »
Alors, en attendant de fuir cette terre battue pour laquelle il n’a pas de sympathie particulière et de participer au tournoi sur gazon de Wimbledon, Golmard va pouvoir se reposer, soulager un corps qui demande une attention particulière. « Cela ne sert à rien de forcer. Et puis, heureusement que dans ma vie de tous les jours, cela est plus sympa. Avec ma femme Cécile, nous attendons un deuxième enfant pour cet automne. Ces joies permettent de relativiser un peu tous ces moments qui ne sont pas faciles à vivre sportivement. Je vais essayer de gérer cela du mieux possible. Essayer malgré tout de prendre encore du plaisir sur les courts. Car je n’ai pas envie d’arrêter. Et puis, à part jouer au tennis, je ne sais rien faire d’autre… ».
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