Vivre son homosexualité à Dijon
01/07/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Xavier Gauthier


Selon un sondage réalisé par l’IFOP en juin dernier, les Français se montrent de plus en plus tolérants vis à vis de l’homosexualité. A la question suivante : si l’un de vos enfants était homosexuel, vous l’accepteriez très bien, assez bien, assez mal, ou très mal ? 61% des personnes interrogées répondent très bien ou assez bien, contre 41% en 1995. Dijon n’échappe pas à cette tendance. Patrick, 39 ans, a connu les années SIDA des années 80, période autrement moins tolérante : « A Dijon, il y a eu une grosse évolution. Il n’est pas rare aujourd’hui de croiser des couples homos main dans la main en plein centre ville. Ce qui, il y a une vingtaine d’années, était inconcevable. Vivre son homosexualité de nos jours est nettement plus facile ». Fini, le temps des luttes virulentes, des actions commandos à l’image de celles menées par Act-Up. Aujourd’hui, les homos aspirent à la tranquillité, à une banalisation de l’homosexualité.
Sébastien, 24 ans, président d’Aegl-lys, association étudiante gay et lesbienne sur le campus, explique : « Aujourd’hui, le militantisme est presque mort. Le débat sur le PACS et la vague de coming-out de personnalités de tous bords politiques ont fait évoluer les mentalités ces cinq dernières années. Maintenant, on veut se fondre dans la masse ». Et ne plus être étiqueté en fonction de sa sexualité.
Tous évoquent le rôle prépondérant joué par les médias pour faire tomber les préjugés. Mais certains dénoncent l’image caricaturale souvent renvoyée par ces derniers
: « A la gay pride, déplore Franck, 30 ans, employé dans l’hôtellerie, on montre souvent les grandes folles ». Et Thierry, 31 ans, de dénoncer le côté paillette des reportages : « On ne voit que les homos qui sont tendances, qui connaissent une belle réussite sociale comme le styliste. Mais ce n’est pas représentatif de la majorité. J’en connais beaucoup qui galèrent, qui vivent au SMIC. Il y a des homos dans la police, dans l’agriculture ».
Une pénurie de lieux de sorties
Si vivre son homosexualité à Dijon ne pose pas plus de difficultés qu’ailleurs en France, il est néanmoins un problème récurent : la pénurie de lieux de sorties dédiés aux homos. Un problème d’autant plus aiguë depuis la fermeture de la mythique discothèque l’An-Fer qui laisse le milieu homo comme orphelin. A Dijon, seul un bar est ouvertement homo, “ le Phaune “ et deux saunas clubs complètent le tableau. Besançon, ville de taille comparable, a les faveurs de bon nombre de dijonnais. Pierre*, juriste, dijonnais de souche et de cœur : « Le milieu homo ici est très restreint : on voit toujours les mêmes têtes. Besançon offre davantage de possibilités de rencontres. Peut-être que Dijon pâtit de son image bourgeoise marquée par des décennies de municipalité conservatrice. J’espère qu’avec une majorité de gauche à la mairie les portes vont s’ouvrir plus facilement ». L’ouverture probable à la rentrée prochaine d’un club qui leur sera dédié devrait élargir l’horizon des homos dijonnais. Dans le domaine associatif, la cité des Ducs semble mieux pourvue. A Aegl-lys, la lutte n’est pas tant contre l’homophobie que pour une meilleure intégration des jeunes homos dans la société. « On a remarqué, explique son président, qu’il y avait une gêne par rapport à l’homosexualité de la part des institutions -mairies, fac, etc… C’est aussi un lieu d’écoute pour les jeunes qui se font à la fois rejeter par leurs parents et le milieu scolaire ». La société a certes fortement évolué vers plus de tolérance mais des poches de résistance subsistent. Nombre de gays et de lesbiennes sont toujours en butte à l’incompréhension et au rejet de leur famille.
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