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Caroline Aigle, la bien nommée

01/09/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Roald Billebault

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Certaines professions laissent admiratif. Et encore plus quand ce sont des femmes qui les exercent. Caroline Aigle est l'une de ces personnes hors normes au métier hors normes. Rencontre sur le tarmac de la BA 102 avec la première femme pilote de chasse.

En 1999 Caroline Aigle fà»t la première femme à  devenir pilote de chasse.

Son visage angélique y contribue peut-être, mais lorsque l’on rencontre le capitaine Aigle pour la  première fois, difficile de croire qu’elle est l’une des femmes les plus courageuses du monde qui passe le plus clair de son temps aux commandes d’un mirage 2000-5, véritable fleuron de l’aviation militaire française. Car il faut bien avouer que Caroline n’a pas grand-chose à voir avec le cliché du pilote de chasse auquel s’est attaché le commun des mortels, surtout depuis 1986, date de sortie du pitoyable Top Gun. Maverick et Iceman (incarnés respectivement à l’écran par Tom Cruise et Val Kilmer) peuvent aller se rhabiller. Aujourd’hui, le pilote n’est plus forcement un mâle, fort et beau qui fait suffoquer toutes les midinettes. Cela dit, il aura fallu attendre 1984 pour que le ‘beau sexe’ ait enfin accès aux cockpits des avions de l’armée de l’air. En 1998, les quotas qui limitaient le recrutement des femmes sont supprimés, faisant tomber du même coup l’un des derniers remparts du machisme militaire. Une aubaine pour Caroline qui n’envisageait pas d’autre carrière :  « J’ai baigné toute mon enfance dans un milieu militaire avec mon père, j’ai su rapidement ce que je voulais faire », précise t-elle.  Elle n’attendra pas longtemps pour se lancer corps et âme dans l’aventure. Elle a seulement 14 ans lorsqu’elle quitte sa ville natale de Montauban pour rejoindre le Lycée Militaire de St-Cyr. L’expérience durera  trois ans, labeur compris. Des choix s’imposent alors à la jeune femme. Sa     « passion »  pour les avions l’emporte. « Un jour, songe t-elle,  je serai pilote de chasse ».  Caroline  reste cependant lucide. Dans ce milieu  les places sont chères et la sélection « impitoyable ». Pour toucher à son rêve de gosse, la jeune femme fait une entorse au cursus  traditionnel.  Un parcours « atypique » souligne t-elle. Après Polytechnique, d’où elle sort major de sa promotion, elle intègre l’Ecole de l’Air directement en troisième année. Une période de travail intense durant laquelle tout excès est prohibé. « Les tests sont très éprouvants. Au début, on fatigue sur chaque vol. Il est évident qu’il faut avoir une hygiène de vie irréprochable ». Bannis, les agapes calorifiques et autres délices épicuriens.  Tout se concrétise enfin au printemps 1999 lorsqu’elle reçoit, à 24 ans, son brevet de  pilote de chasse sur la base aérienne de Tours.  Elle est alors la première femme à obtenir cette qualification. La date est historique, autant pour elle que pour les annales militaires françaises. « Ce jour, précise t-elle,  je ne l’oublierai jamais ». Son affectation tombera quelques mois plus tard : ce sera l’escadron de chasse 2/2 basé à la BA 102 de Longvic. Dès lors, rares sont les journées qu’elle ne passe pas aux commandes d’un mirage 2000. « Notre quotidien est rythmé par les vols. Il faut compter 4 à 5 heures par jour. Une patrouille se prépare environ 2 heures à l’avance pour environ 1 heure 30 de vol. Après quoi un débriefing d’une heure est nécessaire ». « Malgré tout, insiste-elle, les horaires sont stables, on peut concilier facilement notre vie privée ». Tout est relatif.  Si à ce jour Caroline n’a jamais eu à intervenir sur un conflit extérieur,  elle quitte ses proches plusieurs fois par an pour des destinations aussi lointaines que variées, notamment les Etats-unis et tout dernièrement le Canada. «  L’objectif de ces exercices à l’étranger, explique t-elle,  est d’arriver à travailler ensemble malgré la barrière de la langue. Aujourd’hui, cela est plutôt bien rodé ». L’occasion également de rencontrer des collègues femmes au gré de ses voyages. « Dans les pays nordiques on trouve de plus en plus de femmes pilotes. Par contre, c’est loin d’être le cas quand on va vers le sud….. ». On l’aura compris, au sud, même si « le temps dure longtemps » (dixit Nino Ferrer) rien ne change, les phallocrates restent légion. Pour sa part, Caroline affirme n’avoir jamais avoir eu à essuyer de remarques désobligeantes. « Les pilotes sont jeunes. Ils n’ont pas plus de 35 ans et ils sont habitués à la mixité. Ils me jugent sur mes vols et pas sur le fait que je sois une femme. Et puis, ils sont bien élevés », ajoute enfin la jeune officier en souriant. Quatre ans après sa nomination  Caroline se dit « tout à fait satisfaite » de ses choix passés. A tel point qu’elle n’envisage pas (pour l’instant) un retour au civil quand son âge ne lui permettra plus de voler. Mais avant d’intégrer un poste de commandement, consécration ultime pour un pilote, il reste encore à Caroline à écrire plusieurs chapitre d’une carrière débutée sous le signe de l’exception. 



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