Crèches : le casse-tête des parents
01/09/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Dolorès Charles


Tout est complet. Plus une place disponible. Ne reste plus comme alternatives que la liste d’attente ou la débrouille. Dès l’annonce d’une naissance, les futurs parents demeurant à Dijon décrochent leur téléphone et réservent une place dans une crèche pour leur petite tête blonde, conséquence directe de la forte pénurie de places en crèche et autres halte-garderie. En chiffre, la mairie compte au total 817 places en crèche. Dont 639 en crèches municipales et 178 en crèches privées. Et d’ajouter 236 places en halte-garderies. Selon l’ajointe au maire de Dijon, Françoise Tenenbaum, environ 500 couples sont inscrits actuellement en liste d’attente (800 sur l’agglomération de Dijon). Soit autant d’enfants à prendre en charge.
Ce nombre est toutefois à relativiser car il ne prend pas en compte les gardes occasionnelles. Elles consistent en l’accueil d’un enfant un ou plusieurs jours par semaine. Ce principe satisfait les parents travaillant à mi-temps, adeptes des 35 heures, les mères en congé parental, etc. A titre d’exemple, la crèche de Montchapet peut accueillir 48 enfants d’environ 3 mois à 3 ans, mais satisfait 58 familles avec ce système.
Des carences à corriger
Malgré ce bémol, il existe bien une carence dans ce domaine. Pour Françoise Tenenbaum, chargée de la petite enfance, la municipalité dijonnaise souffre d’un héritage politique. « L’ancienne majorité n’a pas construit les infrastructures nécessaires face à l’évolution de la démographie et au changement sociétal de la population. Les parents placent leur enfant en crèche par commodité financière mais aussi par souci de socialisation », explique l’adjointe. Un argument confirmé par la responsable de la crèche Montchapet, pour qui « leur placement favorise l’entrée en maternelle ». D’après Odile Simond, le choix de prendre tel ou tel enfant s’établit suivant le profil des parents. Travail, disponibilité par semaine, revenu, etc. La priorité est donnée aux familles défavorisées. Le piston fait aussi partie du système. Mais là, où, quand et de quelle façon il s’organise, difficile d’en dire plus, peu de langues se délient sur ce sujet…
500-80= 420
Dans son édition de Juin, le magazine L’Expansion mettait 60 villes au banc d’essai en France et les classait selon leur niveau de dépenses en matière de sécurité, de sport et… de petite enfance. En 2002, Dijon pointait à la 5ième place avec un budget de 72 € par habitant dans ce domaine, derrière Paris (113 €), Troyes, Bordeaux et Besançon. Il faut dire que cette année-là, la ville avait inscrit dans ses comptes la construction de la Maison Delaunay. Depuis son installation dans les murs du Palais des Ducs, la municipalité tient à souligner quelques nouveautés, notamment la création de la Maison de la Petite Enfance Delaunay ouverte en septembre dernier, la rénovation de la crèche Voltaire, la requalification de celle de Tarnier et l’embauche de quatre assistantes maternelles. La situation devrait s’améliorer avec la création de 12 places dans le quartier des Varennes l’an prochain et la construction d’une autre Maison de la Petite enfance, à la caserne Junot (70 places) pour 2006. Une amélioration somme toute légère. Si les calculs sont bons, 500 moins 80, égale 420. Si rien n’est fait, plus de 400 foyers connaîtront les mêmes problèmes de pénurie dans trois ans. Face à ce constat, l’adjointe de François Rebsamen en appelle au gouvernement. Jean-Pierre Raffarin avait annoncé au printemps neuf mesures consacrées à la petite enfance. Un plan qui consiste à créer davantage de places en crèche et à verser une prestation unique de 800 € pour chaque nouveau né. Il s’appliquera au premier janvier 2004 et coûtera à terme 1,2 milliard d’ € supplémentaire par an. Dijon attend également des mesures gouvernementales en matière de financement de crèches en entreprise et un coup de pouce du conseil général de la Côte-d’Or. Un enfant en crèche coûte chaque jour 70, 67 €, financés à 60% par la mairie et à 4% par le département. « Trop peu », s’exclame l’adjointe Tenenbaum.
Le casse-tête des parents continue
Faute de papa poule ou de mère au foyer, une autre solution : les « nounous », au nombre de 4 784 en Côte-d’Or au 1er janvier 2003. Les assistantes maternelles à titre non permanent sont agréées par le Conseil Général. L’an dernier, la collectivité départementale a lancé une campagne de communication afin de susciter des vocations pour cette profession. Résultat, la campagne, non renouvelée cette année, avait permis le dépôt de nombreux dossiers. Mais le nombre d’agréments sollicités s’était révélé insuffisant pour répondre à la demande.
Les assistantes maternelles sont rémunérées par les parents, selon un barème non défini. La loi impose un salaire minimum mais c’est à l’assistante maternelle de fixer ses tarifs journaliers. En crèche, un enfant coûte 12,73 € à ses parents en moyenne. Leur part est déterminée par la Caisse d’Allocations Familiales. Elle varie à Dijon entre 1,94 et 22,87 €. Tout dépend en fait de leurs revenus : plus les parents gagnent bien leur vie et plus ils payent. Faute de place en crèche, les plus aisés choisissent la garde à domicile, encore plus onéreuse. Enfin dernière solution la moins chère sur le marché : les grands-parents…
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