Pawel Storozynski : «â€‚Mon expérience américaine »
01/09/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

Le débit est toujours aussi rapide, quelques mots d’anglais s’invitent au milieu des phrases, quand ce n’est pas du polonais si par hasard son père passe par là… Quatre ans aux Etats-Unis, avec pratique quotidienne d’un anglais parfois revu et corrigé par les autochtones ont fait de Pawel Storozynski un parfait trilingue. Lui le franco-polonais né à Lodz, en Pologne en 1979 de parents basketteurs, débarqué à Auxerre puis à Dijon, là où le destin l’a définitivement converti au dogme sportif familial. Le CSLD, puis la JDA pour grandir en incorporant l’un des meilleurs centres de formation de France, et enfin quelques minutes disputées avec les pros « quand le score était acquis », se marre l’armoire à glace de 2,03 m et de 110 kg lovée dans un fauteuil qui plie mais ne rompt pas. C’était il y a quatre ans, l’âge choisi par « Sto » pour aller vivre le basket ailleurs, et écrire une nouvelle page atavique. Plein d’espoir, les yeux grands ouverts pour mieux apprécier son rêve d’Amérique, l’envie de bouffer jusqu’à satiété ce basket que le monde entier lui envie. L’atterrissage, pourtant, est un peu brutal, assez pour mettre en berne ses illusions. « Mais ça n’a pas duré longtemps. J’ai débarqué à Dodge City, une ville de 20 000 habitants, dans le Kansas. Au bout de deux jours, j’ai voulu me casser. Et puis, je me suis accroché, en me disant que maintenant que j’étais là… » Dodge City, son ennui, ses quelques ploucs américains qui regardent d’un œil torve tout ce qui n’est pas local, et puis l’équipe de Communauty Collège, estampillée NJCAA, où Pawel en bave des ronds de flan dans la salle de musculation, là où l’entraîneur l’expédie dès qu’il le voit. « Il m’a dit de prendre du volume, alors j’ai soulevé de la fonte ». Rapidement, l’Européen se met au niveau, intègre l’équipe en même temps qu’il suit ses études d’hôtellerie et essuie souvent les colères de son logeur, un beauf irascible que Pawel, parfois, rêve d’accrocher au mur. « Au bout d’un an, j’ai déménagé pour vivre sur le Campus ». Le basket, les études, les petits boulots aussi, pour gagner quelques thunes, histoire de vivre correctement. « Je lavais des bagnoles, je tondais des pelouses, des trucs de ce genre. Je ne voulais pas que mes parents m’aident ».
Deux ans avec un mythe du basket US
Malgré son emploi du temps de ministre, « Sto » se fait remarquer sur les parquets. Des équipes universitaires commencent à le draguer, l’incitant à remettre à plus tard le retour en France programmé au bout de deux ans. « Je voulais progresser, et jouer en Université, en NCAA, c’était idéal… » Des recruteurs se pointent dans la salle de Dodge City, certains le font venir dans les universités en sortant le grand jeu. « Il y avait parfois des posters de moi, ou des montages audio sur cassette, avec la voix d’un commentateur mélangée avec le bruit de la foule qui applaudit mon nom. Un truc de fou. Je devais rejoindre l’Université de Caroline du Sud, mais le coach qui me voulait a démissionné. Du coup, j’ai rejoint Texas Tech, dans la ville de Lubbock ». Pour y bosser avec un mythe toujours vivant, Bobby Knight, champion olympique avec la Dream Team en 1984, à Los Angeles. Knight, justement surnommé « Le général » pour son amour immodéré de la discipline n’abuse pas du triptyque poster-cassette-cirage de pompes pour convaincre Storozynski. Pas le genre de la maison. « Son aura est énorme. C’est un mec qui ne jure que par l’équipe. Travailler avec lui, c’était l’assurance d’apprendre des choses nouvelles ». En attendant, Pawel le guitariste, fan des Rolling Stones et de Keith Richards, improvise un concert lors du Madness Midnight, la soirée de reprise des entraînements. « Devant 9 000 personnes… Knight a trouvé ça sympa. C’était un bon moment… »
Avec son surnom, l’ex entraîneur de la sélection nationale et d’Indiana n’inspire rien d’autres que la sueur et le travail, « jusqu’à me faire repousser mes limites. Il n’hésite pas à aller au clash avec ses joueurs. Quand il gueule, personne ne bronche ». Malgré quelques savons et une suspension de 9 matches pour quelques minutes jouées en PRO A à Dijon, « Sto » est plutôt bien vu de son coach. Jusqu’à ce que les relations s’enveniment au cours de la deuxième saison, à cause d’une fissure au tibia droit que les médecins de l’équipe ne décèlent pas. Une opération qui lui fait rater une quinzaine de matches, des staphylocoques pris à temps pour une seconde opération fin mai dernier, et le spleen dans une chambre d’hôpital, à 400 mètres de la salle. « Je me suis retrouvé tout seul, et personne de l’équipe ne venait me voir ni ne prenait de mes nouvelles. Knight ne s’est pas manifesté. Pour un mec qui se dit proche de ses joueurs… »
Revenu en Europe avec son diplôme d’hôtellerie-restauration en poche et un tibia tout neuf, « Sto » s’est d’abord posé en Pologne où il a disputé quelques matches amicaux avec la sélection nationale cet été, et s’entraîne à Dijon avec la JDA en attendant de trouver un club. « J’ai eu des touches en Pologne, mais je préfèrerais rester en France. Pour, je l’espère, mieux revenir à Dijon dans un an. Je me suis aguerri aux Etats-Unis, j’ai appris beaucoup de choses tactiquement. Il faut mettre tout ça à profit… » .
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