Le mal-être des étudiants bourguignons à l’Université
01/10/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Dolorès Charles

Au-revoir les parents, le bahut, l’autorité, et bonjour l’université, la grande ville, l’appartement, l’indépendance et… les soirées pizza entre potes. Mais le campus, ce n’est pas que ça. Le campus, c’est aussi un espace fourmillant de monde où les jeunes peuvent parfois se sentir seuls, isolés voire dépassés. Depuis septembre et jusqu’à février, c’est le rush au Crous de l’Université de Bourgogne. Sur cette période, les quatre assistantes sociales du Centre Régional des Oeuvres Universitaires de Dijon vont voir défiler entre 5000 et 6000 étudiants ; cela correspond à environ 20% de la population estudiantine.
Selon Françoise Clerc, responsable du service social, « un étudiant prend très souvent rendez-vous pour un problème bénin. Et en fait, je me rends compte au cours de la discussion que le problème n’est qu’une façade et qu’il existe un souci plus profond. La première qualité d’assistance sociale est donc d’écouter, de laisser venir les jeunes. Ils se confient alors plus facilement ».
Indépendance mal « digérée », gène financière, le passage lycée-fac, les problèmes personnels, le stress des examens et les soucis amoureux ponctuent la vie des étudiants. Autant de problèmes rencontrés par les assistantes sociales tout au long de l’année. « Six à sept rendez-vous par jour pour chaque conseillère, sans prendre en compte les « signes d’alerte ». En effet, des étudiants arrivent dans les couloirs parfois en pleurs et pour les cas les plus graves, sacs de voyage sur les épaules ».
Le coup de blues des étudiants étrangers
A l’Université de Bourgogne, la situation des étudiants étrangers , qui viennent de façon indépendante, est difficile. 324 sont arrivés depuis septembre à Dijon et 100 de plus sont attendus dès janvier. Malgré les avertissements donnés avant le départ de leur pays d’origine (Afrique, Moyen Orient, Pays de l’Est, etc…) et les critères pédagogiques de sélection exigés à leur encontre par l’université, environ 150 à 200 étudiants étrangers peinent à finir l’année scolaire à Dijon. Non boursiers de l’Etat, ils ne perçoivent pas d’aide financière de la France.
Face à ce contexte, Françoise Clerc se sent parfois impuissante et désarmée. « A Dijon, nous n’avons pas de ressources financières suffisantes pour leur apporter à eux et aux autres toute l’aide nécessaire. Le Fonds de Solidarité et de Développement des Initiatives Etudiantes (FSDIE) s’élevait l’an dernier à 56 000 euros, l’enveloppe du Centre National des Oeuvres Universitaires Sociales (CNOUS) à 68 754 euros (*). Cette année, le service social a décroché une rallonge de 7 600 euros de l’Université. « Depuis 20 ans, avance la responsable Françoise Clerc, le budget qui nous est alloué apparaît insuffisant ». Or, les effectifs de l’Université de Bourgogne sont en baisse et l’enveloppe pécuniaire destinée à notre service est en constante augmentation. Preuve que le malaise des jeunes existe bien.
Drogue, suicide, prostitution
L’argent n’est pas le seul souci des étudiants. Leur mal-être se caractérise également par un trafic « certain » de drogue sur le campus. Autres symptômes de leur détresse : la dépression, l’isolement, l’agressivité. « Les jeunes pris à temps et soutenus psychologiquement s’en sortent bien ». D’autres s’ils ne sont plus écoutés ou entourés peuvent recourir à des solutions extrêmes telles la prise de stupéfiants ou la prostitution. « Le mot n’est jamais dit ouvertement mais il est sur les lèvres.. et avec l’expérience, on le devine ».
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