Quand t’es dans le désert…
01/10/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

Les dernières nouvelles, toutes fraîches, sont excellentes : « C’est encore mieux qu’au Qatar », s’exclame Jean-Paul Rossignol, qui s’offre, aux frais des Princes, une nouvelle jeunesse à cinquante balais. Mieux, ce sont les Emirats Arabes Unis, oasis de fric et de démesure où le pétrole coule à flots, à la réputation footbalistique incertaine que seule une participation à la Coupe du Monde 1990 sauve de l’anonymat le plus profond. Mieux, c’est Al-Aïn, meilleur club du pays, finaliste de la Ligue des Champions d’Asie, mais surtout entraîné par Bruno Metsu, le sélectionneur cool-chevelu-baroudeur du Sénégal lors de la dernière Coupe du Monde. Jean-Paul Rossignol, lui, n’aura jamais la réputation de Metsu. Il le sait et il s’en fout. « Moi, ce que je vis ici, c’est une expérience à laquelle je n’aurais pas songé il y a encore trois ans. Quand je suis revenu de Corte, en Corse après avoir été CTD sept ans pour le District de Côte-d’Or et que je me suis retrouvé au chômage, j’ai été alerté d’une éventuelle ouverture sur le Qatar, j’ai sauté sur l’occasion ». Aimé Jacquet, Directeur Technique National très proche de ses éducateurs n’oublie pas ceux qui, comme Rossignol, n’ont plus de job. La fédération qatarie, qui cherche à développer son football en faisant appel à des techniciens étrangers en général et français en particulier, se retrouve en possession d’une liste de noms que Jacquet lui a transmise. Celui de Jean-Paul Rossignol y est inscrit. « J’ai été convoqué pour des entretiens à Paris dans un palace avec un membre de la famille royale. Il m’a présenté, ainsi qu’aux autres candidats, le projet de la fédération, en nous demandant nos exigences salariales ». Jean-Paul Rossignol, pas chien, avance la somme de 6 500 dollars mensuel s’ajoutant aux « cadeaux » compris dans le contrat (maison, voiture, billets d’avions) pendant que d’autres, pas plus réputés que lui, se fourvoient dans la mégalomanie en réclamant 15 000 dollars par mois, primes, avantages en nature et tout le toutim. « J’ai ensuite rencontré Alain Laurier, le DTN du Qatar (NDLR : qui fut entraîneur du CF Dijon il y a quelques années). Ils recherchaient des formateurs pour les 18 ans nationaux. Le 17 août 2002, après avoir été choisi, j’ai pris un avion pour Doha, la capitale du Qatar. Sans savoir dans quel club j’allais être affecté… »
Viré par un compatriote
Le pied à peine posé sur le tarmac de l’aéroport, Jean-Paul Rossignol apprend son affectation à Al-Wakrah, un patelin posé en plein désert, à trente kilomètres de Doha. Là-bas, il apprend à travailler dans un environnement nouveau, « avec des jeunes réceptifs, disciplinés », communiquant en anglais, aidé d’un assistant qatari , pour proférer la bonne parole de la formation made in France. « La vie, là-bas, n’est pas compliquée pour un expatrié. Parfois, c’est vrai, on a tendance à s’ennuyer, car le Qatar est un tout petit pays. Tous les entraîneurs français habitaient dans un quartier résidentiel, à Doha, dans des villas identiques. Professionnellement, c’est intéressant. Avec les Qataris, cela se passait bien. Quand j’avais besoin de quelque chose d’utile pour le club, je l’obtenais ». Mais ce ne sont ni l’indifférence relative entourant le football qatari – « les stades sont souvent vides » – ni la chaleur, ni les restrictions imposées par l’application d’un islam assez strict qui finiront par mettre Jean-Paul Rossignol dans l’avion du retour. Ni même les résultats assez moyens qu’il obtient avec ses jeunes, où la proximité du conflit irakien déclenché au printemps. Plutôt une incompatibilité d’humeur avec son compatriote (forcément… ) Alain Laurier, qui lui signifie que l’expérience s’arrêtera là. « Je le sentais venir », raconte Jean-Paul Rossignol, que Michel Hidalgo, ancien sélectionneur de l’équipe de France (1976-1984) qui jouit d’une planque dorée de conseiller spécial à Al-Aïn, branche sur le club émirati. « Les dirigeants m’ont appelé le vendredi matin, le lendemain, tout était réglé alors que l’objectif sportif me concernant n’était pas complètement défini. Soit je bossais directement avec Bruno Metsu, soit je m’occupais de la formation. Finalement, on m’a confié les 17 ans. Pour le même salaire qu’au Qatar ». Là-bas, Jean-Paul Rossignol a trouvé ce qu’il longtemps cherché. « Metsu est un mec bien..J’aime bien cette partie du monde, je m’y sens bien. Oui, je gagne de l’argent, mais il n’y a pas que ça. A cinquante ans, j’ai réussi à me remettre en question, à me lancer dans une expérience nouvelle. Je ne suis pas pressé de retravailler en France… ».
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