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Une indienne dans la ville

01/10/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Emmanuel Razavi

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Telo Abing vient du pays Sarawak, en Malaisie. Une région o๠la déforestation entraà®ne une véritable catastrophe écologique, aboutissant progressivement à  la disparition de son peuple, les Penan. Rencontre avec une Dijonnaise du bout du monde.

Telo Abing jouant du Pagang, flà»te Penan.
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Tepun Si'i

Agée de 38 ans, Telo Abing  est arrivée en France en 1994. « Je suis née dans la forêt, explique-t-elle, je suis une Penan. Dès mon plus jeune âge, j’ai appris à vivre dans la nature. Tout comme dans les films de Tarzan, s’amuse-t-elle, j’ai appris à jouer avec les lianes, à nager comme un poisson ». Telo vient du pays Sarawak, en Malaisie, où elle vivait avec sa famille. « Là-bas, j’ai tout appris, dit-elle. A me nourrir comme à jouer du Pagang, la flûte locale, mais aussi à fabriquer des objets d’artisanat. Lorsque j’ai grandi, je suis allée à l’école, puis un jour je me suis rendue à la ville pour travailler. D’abord dans un restaurant, ensuite comme aide soignante. Pour moi, c’était important d’apprendre à soigner mon peuple ». Les années passant, Telo rencontre celui qui va devenir son mari, Eric. « Il était venu faire  du tourisme. Lorsque nous avons décidé de vivre ensemble, il est venu s’installer dans la forêt, avec moi. C’était surprenant, raconte-t-elle, car les femmes de notre peuple n’ont pas pour habitude d’épouser des hommes blancs. Mais ma famille a trouvé qu’il était gentil et j’ai pu l’épouser…simplement ». Puis Eric m’a convaincue de le suivre en France. Lorsque je suis arrivée à Dijon, c’était très dur pour moi. Il faisait froid, j’étais toujours malade. Maintenant, je me suis habituée ».
Si Telo est aujourd’hui séparée d’Eric, elle a cependant choisi de rester à Dijon pour ses deux filles qui sont scolarisées. Elle retourne maintenant tous les deux ans en Malaisie afin d’y rejoindre son peuple, le temps des vacances. Pourtant, même loin de siens, Telo reste solidaire de celui-ci et tente de faire connaître son combat pour survivre.

« Si la forêt disparaît, mon peuple mourra »

Si aujourd’hui Telo vit à Dijon, elle n’en demeure pas moins une militante active de la défense des Pénans. Ceux-ci – ils sont près de dix mille – voient leur mode de vie menacé par la déforestation entreprise par des sociétés japonaises, chinoises ou malaises, qui exploitent le bois et l’exportent à travers le monde. La forêt du Sarawak, qui est la plus vieille forêt primaire fluviale du monde est en effet dotée d’arbres qui offrent un bois d’une qualité exceptionnelle. En clair, un bois précieux. Ce qui explique son exploitation à outrance, qui amène à la déforestation…et à la destruction d’un peuple !
« Il faut comprendre que les Penans ont toujours vécu en symbiose avec la nature », dit Telo. « Si la forêt disparaît, mon peuple mourra ». « Mais, reprend-elle, ce qui est terrible, c’est que les autorités de mon pays ne se soucient pas de nous. Que peut-il nous rester si nous n’avons plus de forêt ? Imaginez qu’à Dijon on vous enlève tous vos magasins, votre eau, que deviendriez-vous ? Car la forêt, pour nous, c’est le magasin naturel qui nous permet de nous nourrir, de boire, de nous vêtir…Aujourd’hui, le seul projet de société que l’on nous offre se résume à des bulldozers, des coups de bâtons ou  la prison. Pourquoi ? »  Et de reprendre : «  Si on  nous laisse la forêt, nous n’avons besoin de personne. Mais si on  nous l’enlève, il faut nous aider à survivre. Aujourd’hui, on a plus de quoi manger. Il n’y a plus de poissons dans les rivières ». En effet, certains arbres comportent des fruits toxiques pour l’homme. Lorsque ces arbres sont abattus, leurs fruits terminent dans les rivières, ce qui revient à les empoisonner. Telo en sait quelque chose, elle qui a perdu un cousin par empoisonnement. Il lui est donc devenu nécessaire de se faire entendre par la communauté internationale et de sensibiliser l’opinion publique à la catastrophe écologique qui se produit chez les Penans. « Afin qu’ils ne soient pas les seuls à se battre, car ce combat concerne tout le monde » conclue-t-elle. Un combat qu’elle mène depuis Dijon, dont elle est devenue une figure incontournable.

 

Tepun Si’i : La forêt est le poumon du monde 

Tepun Si’i – comprenez Petit Tigre en Penan – n’a que seize ans et déjà la volonté farouche de sauver le peuple de ses ancêtres de la catastrophe écologique. Mais lucide, elle explique que « les Pénans ne combattent pas uniquement pour eux, car la forêt est le poumon du monde ». Et d’ajouter : « Si j’ai décidé de rester à Dijon avec ma mère, c’est pour faire des études. Je serai peut-être médecin un jour. Ainsi, je pourrai retourner aider ma tribu ».
 



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