Société

Antibiotiques : pourquoi il faut lutter contre la pharmaco résistance

01/11/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Emmanuel Razavi

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La France est semble-t-il malade, d'une consommation trop importante de médicaments, à  commencer par les antibiotiques. Mais quels en sont les risques ? Et comment peut-on lutter efficacement contre ceux-ci ?

Antibiotiques

La guerre contre la surconsommation d’antibiotiques fait rage. Après le tabac, la vitesse, notre gouvernement – qui souhaite « des français responsables » – ne serait-il pas en fait en train de décider à la place du citoyen de ce qui est bon ou pas pour lui ? Telle est la question que l’on pourrait  se poser au vu de la campagne de sensibilisation relative à la consommation d’antibiotiques qui envahit nos ondes radios et télés. En résumé, mis à part l’éternel « trou de la Sécu » dont le déficit paraît toujours plus dur à boucher, quelle est la motivation réelle du Ministère de la santé à vouloir nous faire consommer moins de petites gélules ? Car faute de réponse claire, les gens s’interrogent. Pourtant un début de réponse tout à fait alarmant existe si l’on s’en réfère au rapport “Vaincre la résistance microbienne” qui fut rendu public en  juin 2000 par l’OMS. Celui-ci indiquait déjà à l’époque que des maladies aujourd’hui guérissables comme l’angine pourraient devenir incurables. Pourquoi ? Simplement parce que les germes d’une grande partie des maladies infectieuses commencent à résister aux médicaments existant sur le marché. Et ce phénomène de « pharmaco résistance » semblait déjà, il y a 3 ans en pleine croissance. En résumé, notre société qui se croyait à l’abri de tous les maux pourrait ne pas le rester longtemps. Certains spécialistes considèrent en effet que de nombreux antibiotiques utilisés actuellement pourraient se révéler inefficaces d’ici 20 ans. Pour l’Organisation Mondiale de la Santé, une guerre est donc déclarée contre la surconsommation de certains médicaments. A contrario, la surmédiatisation du combat « anti » antibiotiques ne risque-t-elle pas de produire un effet exagéré et de pousser certains médecins à prescrire moins, simplement par peur du gendarme ? Une question qu’il est légitime de se poser. De même, la non prescription d’antibiotiques – pourtant justifiés dans certains cas – ne poussera-t-elle pas des patients à consulter d’avantage ? D’où une augmentation des actes, ce qui n’arrangera pas plus le déficit de la sécurité sociale ! A tort ou à raison, plusieurs familles se retrouvent dans ce cas. Parfois mal informées, elles n’hésitent pas à consulter différents médecins, notamment en ce qui concerne leurs enfants !  « Récemment, raconte une jeune maman dijonnaise, ma fille a été malade. Elle avait des pics de température qui allaient régulièrement jusqu’à 40 de fièvre. Impossible de faire tomber la température plus de trois jours de suite pendant trois semaines. J’ai consulté sa pédiatre 3 fois d’affilée durant cette période. Sa seule réponse fut de lui donner de l’Efferalgan et de l’Advil. Lorsque je lui ai demandé s’il ne serait pas prudent de la mettre sous antibiotiques, la réponse a cinglé : « Cela n’a rien d’infectieux ! Et puis à cet âge là, tous les gamins sont malades ! » Bilan : En changeant de pédiatre, il s’est avéré que l’enfant en question était atteinte d’une angine infectieuse, et des examens plus approfondis ont même révélé qu’elle avait une mononucléose !

L’exemple dijonnais

Le docteur Pierre Métral est médecin spécialiste en Santé Publique au Département d’Information Médicale au CHU de Dijon. Pour lui, il est clair qu’il faut prendre en considération le fait que l’on consomme des médicaments dont on n’a pas toujours besoin, « ce qui, au-delà du facteur économique, favorise une résistance aux germes, surtout si l’on prend des traitements incomplets ou mal indiqués ». Et d’ajouter : « Le problème de la résistance est lié en premier lieu à ce que l’on consomme « en ville », mais aussi à l’hôpital où il y a une concentration de maladies graves et de germes. De fait, en milieu hospitalier, on teste la sensibilité d’un germe par rapport aux individus, ce qui permet de choisir le bon antibiotique ». Et si on l’interroge sur le rapport qu’il pourrait y avoir entre reprise de la mortalité infantile aux USA et la diminution des antibiotiques comme l’ont évoqué récemment plusieurs publications américaines, la réponse est claire : « Pour l’instant, les problèmes de mortalité infantiles aux USA sont plutôt liés à des conditions sociales parfois difficiles telles qu’un déficit de prise en charge ou des problèmes de toxicomanie… Il est donc difficile d’établir un lien de causalité. Et la France est loin du système américain ». La Bourgogne, par exemple, dispose du meilleur réseau de périnatalité de France, dont les équipes ont notamment travaillé sur les antibiotiques donnés au bébé quand il y a suspicion d’infection chez la mère. Si l’on savait depuis longtemps que le traitement préventif  était important, on s’est rendu compte, grâce à leurs travaux, qu’il fallait le faire de façon mieux ciblée. En d’autres termes, au lieu de donner 3 antibiotiques comme c’était l’usage, n’en donner plus que 2. Une expérience dijonnaise visiblement très concluante et dont le Ministère de la santé s’inspire afin de la proposer aux autres CHU de France.



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