Député : le marathon de Paris
01/11/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Xavier Gauthier




7h40
Le temps est humide et froid en ce début de journée encore drapée du noir châle de la nuit. Armé pour ses deux journées et demi à Paris d’une simple valise en bandoulière, d’une sacoche en cuir noir, et vêtu d’un costume et d’un pardessus sombre, Bernard Depierre nous attend paisiblement au milieu du hall de la gare de Dijon encore engourdi.
7h52
Dans l’ambiance studieuse des premières classes, Bernard Depierre commence sa journée par la lecture de la presse locale. Le député profite de ce trajet pour rencontrer d’autres parlementaires (ce matin des élus de la Franche-Comté) et des décideurs de la vie économique bourguignonne. « Le TGV du mardi matin permet de faire l’économie de 5 à 6 rendez-vous ». (NDLR : l’agenda de Bernard Depierre compte en moyenne vingt rendez-vous par semaine)
9h30
Sous un ciel plombé, le taxi, mis à la disposition des députés à Paris, glisse sans encombres le long des quais bordés des éventaires encore clos des bouquinistes. Bernard Depierre jette un dernier coup œil à son agenda. Aucune place à l’improvisation, chaque heure de son séjour y est programmé. « Député est vraiment un métier où on ne chôme pas. Le travail à l’Assemblée Nationale est très organisé, structuré et encadré. Ce côté planifié est assez usant ».
10h
Le taxi nous dépose au 101, rue de l’Université derrière le vaste ensemble du Palais Bourbon, au pied d’un imposant et terne building de verres et de métal très années soixante-dix. Ce bâtiment abrite les bureaux des 577 élus à l’Assemblée Nationale.
Le bureau de Bernard Depierre, le n° 7211, se niche tout au bout d’un long couloir feutré. Un nid exigu mais douillet couleur caramel, aux allures de loge. Chaque mètre carré est exploité : deux bureaux, un téléviseur suspendu, un cabinet de toilette et un lit replié dans les huisseries au cas où l’hôtel dévolu aux parlementaires soit complet. Marie-Xavière, sa jeune assistante de 22 ans, à mi-temps, en DEA de sciences politiques, l’informe des derniers courriers et rapports législatifs. Sans oublier les innombrables et diverses sollicitations des lobbyings, des syndicats professionnels et autres groupes de pression. « Il faut prendre garde à ne pas se laisser aller à toutes ces sollicitations, à ne pas courir les nombreux cocktails et réunions. Sinon, on risque de ne pas tenir longtemps ». Outre les affaires courantes, Marie-Xavière l’entretient de la question au gouvernement prévue pour l’après-midi mais qui doit au préalable recevoir l’aval du président du groupe UMP, Jacques Barrot. Elle est jugée pour l’heure un peu trop complexe…Les questions au gouvernement sont l’un des hauts-faits de la vie d’un parlementaire au Palais Bourbon. Au cours de ces joutes oratoires publiques, sous les feux des médias, il a la possibilité d’interpeller directement le ministre concerné. Un moment rare à ne pas rater.
12 h
La ruche bourdonne du va-et-vient des parlementaires et des membres du gouvernement dont Jean-Pierre Raffarin, très courtisé à son entrée.
Réunion à huis-clos dans les sous-sols du navire du Palais Bourbon du groupe UMP en présence du Premier ministre et de François Fillon, ministre des affaires sociales, du travail et de la solidarité. Il y est question des droits des chômeurs en fin de droits et de leur réinsertion dans le monde du travail par le biais du RMI – RMA et de l’ASS*.
13h
Bernard Depierre est invité pour un déjeuner-réunion, sous les lambris vert-anis de la Maison d’Amérique Latine, par le LEEM, le puissant lobby des entreprises de médicaments. Le LEEM convie les députés influents en matière de santé pour qu’ils se fassent l’écho de leurs propositions à quelques jours du vote du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2004 (NDLR : Bernard Depierre est membre de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales).
Avant la fin des débats, Bernard Depierre s’éclipse pour préparer la question au gouvernement prévue à 15 heures. En route vers l’assemblée, il prend connaissance par téléphone d’une nouvelle question. La sienne n’étant finalement pas retenue, l’UMP lui propose d’être le médiateur d’une question pour l’ensemble du groupe.
15h
Séance publique des questions au gouvernement. Bernard Depierre a le temps de préparer sa question puisqu’il n’intervient qu’en douzième et dernière position. Lors de ce jeu des questions-réponses, les marbres blancs des colonnades et les draperies pourpres de l’hémicycle sont le théâtre d’une commedia dell’arte où les sifflets d’un bord le disputent aux applaudissements de l’autre bord. Un jeu où l’importance de l’orateur se mesure à l’intensité du charivari qu’il suscite.
16h30
Retour au bureau. Discussion avec l’administrateur-adjoint des finances qui gère également plusieurs groupes d’amitié dont celui de France-Singapour auquel appartient Bernard Depierre. L’administrateur lui fait part des fortes attentes de l’Asie du sud-est en matière de TGV. Un entretien collet-monté au débotté. « A Paris, reconnaît Bernard Depierre, on a tendance à régler les affaires courantes par manque de temps. Il y a un problème de fond dans le fonctionnement de l’Assemblée qui est de ne pas donner la capacité aux assistants de représenter leur député au Palais Bourbon dans les commissions et les groupes de travail. Un parlementaire n’existe que s’il a de bons collaborateurs ».
17h
Nouvelle navette dans l’hémicycle pour prendre part au vote de la première partie du projet de loi de finances pour 2004.
18h
Nomination du bureau et du rapporteur de la commission d’enquête sur les conséquences sanitaires et sociales de la canicule dont Bernard Depierre est membre.
21h30
Discussion et examen des amendements de la deuxième partie du projet de loi de finances pour 2004. Il est 3h15 quand la séance est levée. Le lendemain, Bernard Depierre attaque sa journée à 8h30 par un petit-déjeuner avec les membres de la commission des affaires sociales.
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