Dijon et la mendicité organisée
01/11/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault
Des mendiants parfois mutilés ou simplement très souples, laveurs de pare-brises ou vendeurs de journaux, plantés aux principaux carrefours de la périphérie dijonnaise ou au centre-ville. Roumains, Kossovars surtout, Kurdes parfois, jamais là de leur propre volonté. Simplement parce que la précarité, dans leur pays d’origine les a poussés dans les filets de réseaux mafieux spécialisés dans le trafic d’êtres humains. L’explosion du bloc de l’Est à la fin des années quatre-vingt-dix a offert un boulevard à ces esclavagistes modernes, qui envoient par camions entiers des milliers d’hommes, de femmes et parfois d’enfants en France, en Italie ou en Allemagne ou plus généralement dans les pays “riches”pour les obliger à mendier, à voler, pire, à se prostituer. A Dijon, les visages de ces exploités sont très rarement les mêmes. « Nous avons à composer avec des réseaux internationaux très bien organisés. Les personnes qui mendient ou lavent les pare-brises ne restent en général qu’un temps assez limité dans chaque ville. Il existe un véritable roulement qui gêne le travail des forces de police, lesquelles doivent s’adapter à chaque nouvelle situation. Ils choisissent des endroits stratégiques, où il y a beaucoup de passage, motorisé ou piétonnier », explique Martine Nauté, Directrice Départementale de la Sécurité Publique (DDSP). « De plus, la situation géographique de Dijon est un atout pour ces réseaux. C’est un site ferroviaire et également une ville d’accueil ».
Systématiser les contrôles
La plupart de ces étrangers – « qui sont le plus souvent en situation régulière » – précise Martine Nauté, viennent principalement d’Europe de l’Est. Et certains réseaux se sont spécialisés dans certaines catégories d’infractions. « Les vols à l’étalage, par exemple, sont organisés par tel réseau de tel pays. La mendicité est surtout exploitée par des réseaux venant de Roumanie ou du Kosovo. A Dijon, où les cas avec les mineurs sont quasiment inexistants, ce sont essentiellement des hommes qui sont obligés de mendier. Ils sont déposés le matin par des convoyeurs qui viennent les rechercher le soir », poursuit la directrice départementale de la DDSP. Avec, comme on peut l’imaginer, tout un arsenal de menaces et autres pressions employé par les têtes pensantes de ces réseaux à l’encontre de ces mendiants à qui il est demandé de substantielles rentrées d’argent quotidiennes. « On peut supposer toutes sortes de choses sur les méthodes de ces réseaux, contre lesquels il est difficile de lutter ». Cet été, dans le cadre de la loi Sarkozy, la police a procédé à plusieurs interpellations pour mendicité agressive, après que plusieurs personnes se soient plaintes de comportements agressifs, notamment de la part de laveurs de pare-brises, et qui sont passibles d’une contravention ou d’un jugement en correctionnel. « Et quand nous les interrogeons, ils ont un discours bien rôdé : ils font mine de ne pas bien comprendre le français parce qu’ils viennent d’arriver en France et disent qu’ils sont hébergés dans un foyer de la Croix-Rouge à Paris. Mais d’une façon générale, notre arsenal juridique est renforcé par la loi Sarkozy. Pour mieux lutter contre ce type de mendicité, il faut occuper le terrain, multiplier les contrôles, exercer une pression constante, ne pas abandonner la voie publique à ces réseaux. Nous obtenons des résultats intéressants. D’ailleurs, la délinquance a baissé de manière significative le mois dernier (NDLR : moins 17 %). mais c’est un travail long et difficile », insiste Martine Nauté. Comme cela avait été le cas au printemps avec les prostituées, quand les forces de police dijonnaises avaient multiplié les contrôles, dissuadant les clients potentiels et faisant en corrélation baisser notoirement le chiffre d’affaires des proxénètes, contraints de migrer dans d’autres villes. En sachant qu’il est impossible de tendre vers la délinquance zéro…
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