Sport

FOOTBALL : Arnaud Gonzalez, deuxième départ

01/11/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

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Dans son genre, Arnaud Gonzalez est presque une curiosité. Auxerrois depuis onze ans, le Dijonnais d'origine, hormis une infidélité d'une saison, n'a jamais quitté l'AJA. O๠son statut d'éternel espoir a évolué en celui, plus enviable, de membre à  part entière de l'équipe première.

Arnaud Gonzelez lors de la rencontre AJA - Neuchà¢tel Xamax en Coupe de l'UEFA.

Comme tant d’autres, son destin aurait pu se fourvoyer dans le tourbillon de l’anonymat, épouser la trajectoire de météorites du football aujourd’hui larguées devant l’incertitude du lendemain. La litanie des espoirs du football qui n’ont jamais poussé plus loin que le stade des espérances, Arnaud Gonzalez la connaît, parce qu’il a vu « des mecs vraiment doués échouer, par malchance, par excès de confiance, pour toutes les raisons que l’on peut imaginer ». Il aurait pu, lui aussi, passer à côté d’une carrière qu’on lui promettait belle, et qui ne semble vraiment avoir commencé que depuis deux ou trois ans. Le parcours des surdoués, Arnaud l’a emprunté vite, très vite, au sortir de coups d’éclat avec l’équipe des moins de 15 ans de Marsannay-la-Côte. Guy Roux, qui a ses indics partout, même là où personne n’irait chercher un observateur, se fait rencarder sur ce jeune attaquant gaucher, une denrée de plus en plus rare et qui colle parfaitement au système de jeu prôné à l’AJA, où les ailiers  « bouffent » la ligne. Quelques essais à Auxerre, un potentiel qui se confirme, et à seize ans à peine (NDLR : il a eu 26 ans en août dernier), Gonzalez intègre le centre de formation ajaïste, sorte d’usine à champions d’où sortent régulièrement quelques cadors qui rendent de gros services à l’AJA d’abord, au foot français ensuite. Vite surclassé, rapidement responsabilisé en CFA2 puis en CFA, Guy Roux lui tend en 1997 un bout de papier où est inscrit tout en haut « contrat de footballeur professionnel », alors qu’il a déjà joué quelques morceaux  de matches dans ce qui s’appelait encore la Division 1. Mais c’est après que les choses se sont un peu gâtées, envenimant un brin les rapports avec le Super Boss de l’AJA. « Ma progression a été normale jusqu’à 18 ans. Ensuite, et j’en suis encore plus conscient aujourd’hui, j’ai eu plus de mal à franchir un cap. J’ai un peu zappé la période 19-22 ans. Dès que je jouais en D1, je sentais bien que je manquais de rythme. J’étais devenu un bon joueur de réserve. Or, entre les deux divisions, la différence est énorme. Et en D1, il faut être tout de suite opérationnel. C’est un cercle vicieux… » Pour jouer,  Gonzalez demande à son entraîneur de le prêter à un club de Ligue 2. Mais Roux, qui aime bien avoir un effectif fourni sous le coude, refuse encore et toujours, poussant la logique jusqu’à l’absurde. « C’était un peu égoïste de sa part. On en discutait, mais il ne voulait pas entendre parler de prêt et encore moins de départ. J’avais un contrat, et il s’appuyait dessus ».

Guy Roux a revu son jugement

Jusqu’à ce que l’éleveur de champions accepte, enfin, d’expédier Arnaud Gonzalez à Beauvais, en Ligue 2, pour lui laisser l’occasion de s’exprimer autrement qu’en réserve ou en cirant le banc. Gonzalez, qui doute, vit ce prêt dans l’Oise comme un replâtrage psychologique salvateur, et tant pis si les structures de Beauvais sont loin des canons du professionnalisme à l’auxerroise, « où tout est fait pour que le joueur puisse se concentrer complètement sur le foot ». Arnaud en revient un peu plus sûr de lui. Plutôt introverti, guère revendicatif, bon camarade et pas vraiment agitateur de vestiaire, mais décidé à montrer qu’il a le niveau et que le CFA n’est plus fait pour lui, Gonzalez bosse, assez pour que Guy Roux apprécie son attitude et écrive régulièrement son nom sur la fameuse liste des seize. Rarement titulaire mais souvent présent dans le groupe, le Dijonnais joue en Championnat, en Ligue des Champions et prolonge jusqu’en 2006 son contrat avec un club qui tient plus à lui qu’on ne le croit. « J’ai envie de m’imposer, c’est clair. Malgré la concurrence ». Fadiga hier, Akalé et Benjani aujourd’hui. « Si je travaille, j’ai des chances de jouer, car Roux aligne ceux qui le mérite. Mais il est évident que je n’ai guère envie de retourner en CFA… »
Arnaud Gonzalez sera auxerrois jusqu’en 2006, comme le stipule son contrat. Il ne s’offusque pas quand on lui demande s’il ne serait pas parfois trop timide, pas assez audacieux. Si quitter le cocon de l’AJA ne serait pas pour lui l’occasion de vraiment éclater dans un autre club de Ligue 1, intéressé par son profil, et tant pis s’il ne marque pas beaucoup. « Partir, c’est toujours possible. Mais vu le marché actuel, les problèmes d’effectifs dans les clubs, il vaut mieux réfléchir », explique-t-il. La maison auxerroise lui convient bien. La fracture sociale entre les internationaux français aux sapes pas possible (Djibril Cissé surtout….) et les autres n’existe pas. Même si personne n’ignore que Guy Roux est, selon les cas, moins à cheval sur les horaires et les virées dans les boîtes parisiennes branchées. « Cela ne me regarde pas. L’ambiance est bonne entre joueurs. Après, on ne peut pas avoir des affinités avec tout le monde ». Radet, Jaurès, Perrier-Doumbé, ses potes de promo et le Finlandais Tainio, ceux qui, comme lui, sont entre deux générations –les PlayStation et les trentenaires -  font partie de son cercle un peu plus intime « Je me sens bien ici. Pour l’instant, j’ai envie de progresser et de jouer davantage, de faire partie de ceux sur qui l’on compte », se marre Gonzalez qui avoue que sa bobine de gendre idéal est devenue familière aux supporters de l’AJA. « On verra par la suite… » .



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