La Chartreuse, cette méconnue
01/11/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

L’espace –25 ha – est vaste, au moins autant que le halo de mystère qui entoure cet endroit qui génère sa litanie d’interrogations, de certitudes, vraies ou fausses. Curiosité touristique presque rituelle, la Chartreuse de Champmol, en qui Philippe le Hardi voyait la future nécropole des Ducs de Bourgogne a été presque entièrement rasée à la Révolution. Et si les touristes y affluent toujours aussi régulièrement, c’est parce que deux monuments, le Puits de Moïse et le Portail de la Chapelle sont toujours debout. Mais la Chartreuse n’est pas qu’une simple curiosité touristique. La réalité est beaucoup plus terre-à-terre, nettement moins ludique. Le CHS est un hôpital psychiatrique, et ce seul terme suffit à entretenir les fantasmes les plus variés sur ce qui s’y passe réellement à l’intérieur. « Pour le commun des mortels, un hôpital psychiatrique est un endroit où l’on enferme les fous », regrette Michel Lair, directeur de l’établissement depuis 1997. « Pourtant, et même si le mot « fou » est employé avec un peu plus de discernement qu’avant, il faut savoir que la folie est l’un des aspects mineurs des problèmes traités ici. Car nous recevons des personnes dépressives, d’autres qui souffrent de troubles du sommeil ou des problèmes d’addiction. Ce sont des pathologies qui ont de plus en plus tendance à se développer ». L’imaginaire collectif est ainsi fait d’images où les « dingues » se promènent avec un entonnoir sur la tête, encadrés de deux malabars en blouse blanche. « Il y a en effet des patients qui souffrent de pathologies très lourdes, que l’on peut considérer comme déficients mentaux et pour lesquels il n’existe aucun espoir de guérison possible. Mais ils ne sont que trente, et leur cas devrait davantage relever de maisons d’accueil spécialisées que d’un établissement comme le nôtre… » Car l’un des principaux problèmes d’un CHS, dont la vocation est davantage sanitaire (financement par le budget de l’Assurance Maladie) que médico-sociale, est justement lié à une utilisation des lits assez peu rationnelle mais dictée par la réalité. Hormis les 75 lits du service de longue durée réservés aux personnes âgées en fin de vie et dont l’état physique et mental nécessite une assistance permanente, 365 lits dits de psychiatrie sont disponibles, ce qui, aux yeux de Michel Lair, est suffisant. « Je ne suis pas tout à fait d’accord avec les médecins quand ils disent manquer de lits. Simplement, faute de place dans le médico-social, nous devons accueillir des patients en sanitaire, et c’est ce secteur qui est souvent saturé », explique le directeur en rappelant qu’un lit coûte 300 € par jour. « Certains lits sont occupés par des patients qui sont touchés par des problèmes sociaux. Or, la psychiatrie n’a pas forcément vocation à traiter de ce genre de problèmes », faisant allusion à ces patients qui refusent de prendre leurs traitements et qui font régulièrement des séjours au CHS parce que leur cas nécessite une surveillance régulière. Ou à ces personnes souffrant de quelques altérations psychologiques et vivant dans le dénuement le plus total « et qu’il faut s’en occuper », alors que les listes d’attente de patients atteints de réelles pathologies psychiatriques s’allongent d’autant plus vite que la Chartreuse est régulièrement obligée d’accueillir des patients d’autres départements.
Des structures dans l’ensemble adaptées
Les structures actuelles du CHS, qui fonctionne avec un budget annuel de 52 millions d’€ – bâtiments rénovés et récents – autant que le personnel – une cinquantaine de médecins, 400 infirmiers et infirmières et une trentaine d’aides-soignants en plus des « administratifs » – apparaissent relativement adaptées aux besoins, comparé à la situation d’autres CHS en Bourgogne (Auxerre, Chalon, La Charité). « Je pense que les conditions d’accueil des patients sont bonnes, et cela quelle que soit la durée de leur séjour », qui varie selon l’état de santé de patient. « Nous avons beaucoup de personnes qui n’ont besoin que d’une hospitalisation de courte durée, une journée par exemple, ou qui passent quelques heures ici avant une hospitalisation plus longue. Et il existe des services d’hospitalisation de jour pour enfants, notamment les autistes. Mais les lits de pédopsychiatrie ont été transférés au CHU ». A Dijon, quelques structures transversales ont été instituées, notamment pour des personnes souffrant de troubles psychiatriques sévères laissant toutefois entrevoir une possible réinsertion, et qui ont été installées à l’écart, en nombre restreint, dans un cadre propice à l’amélioration de leur état mental, puisque l’environnement hospitalier peut constituer un obstacle à leur « guérison ». « Ils sont logés dans un bâtiment en appartements individuels, ils payent leur loyer, leur nourriture, et sont régulièrement suivis par le personnel médical du CHS. Cela fait partie des avancées sur la recherche en psychiatrie… » .
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