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Y a-t-il quelqu’un pour sauver le centre-ville dijonnais ?

01/11/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Dolorès Charles

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Le match petits commerçants/grandes enseignes - services bat son plein à  Dijon. Comme dans de nombreuses villes en France, la cité des Ducs connaà®t une raréfaction de commerces indépendants dans son centre-ville au profit notamment d'enseignes connues du grand public. Un phénomène accentué par le coà»t prohibitif des locaux commerciaux.

Une banque devrait s'installer prochainement au coin de la rue du Bourg et de la rue Dauphine.

La place Darcy à Dijon va-t-elle rester sans vie ? Il suffit de jeter un coup d’œil de gauche à droite pour se rendre compte combien les petits commerçants ont fui le centre-ville. En face, un hôtel-restaurant, de part et d’autre de la place, des agences bancaires, une brasserie, un cinéma… mais guère de petits commerces. A Dijon, la place Darcy n’est malheureusement pas la seule concernée par ce sombre constat. Le quartier de la gare est aussi touché, tout comme les rues du Bourg et de la Liberté. Progressivement, ce qui fait le cœur d’une ville disparaît au profit de banques, grandes enseignes et… sandwicheries éphémères. Et preuve que cela ne va pas s’arranger, une banque devrait bientôt s’installer au croisement de la rue Dauphine et de la rue du Bourg. Une autre a prévu de se loger rue Berbisey. Une autre encore rue Monge. Enfin, des rumeurs courent quant à la fermeture des Galeries Lafayette et des Jardins du Grand Café, mais là, rien de sûr. Selon les Galeries, cette allégation est fausse. D’ailleurs, pour étayer sa thèse, l’enseigne informe qu’elle poursuivra l’an prochain les travaux entamés cet été. Pas de fermeture non plus du côté des Jardins du Grand Café qui admettent cependant un redressement judiciaire prononcé fin octobre.
Après la preuve du terrain donc, celle des chiffres. Selon l’observatoire économique de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Dijon (CCI), le nombre d’établissements recensés dans le centre-ville atteint 1258 en 2001, date de leur dernière étude, dont 682 établissements commerciaux (marchands) et 576 établissements de services (hôtels, cafés, banques, etc). Et l’on constate que depuis 1993, la tendance est à l’augmentation légère mais constante du nombre de services aux dépens de
commerces. Il y a 10 ans, la CCI comptabilisait 726 magasins commerciaux et 519 établissements de services. La tertiarisation de l’hyper-centre, compris entre les 4 places de Dijon *, se confirme. Pour Gilles Durand, conseiller commerce à la CCI, « Dijon n’échappe ni à la tendance générale ni à l’économie de marché. Le consommateur lambda souhaite avant tout pouvoir se rendre dans les enseignes qu’il connaît et retrouve dans les autres villes de l’hexagone – c’est le phénomène de standardisation – et dénicher la perle rare chez un petit commerçant. Le panachage des deux est indispensable. La cité n’échappe pas non plus à l’économie de marché car lorsqu’un local se libère dans le centre à un prix   « x », plus la demande sera importante et plus le prix enregistrera une hausse. Et puis, il est toujours préférable d’avoir un établissement de service comme une banque que rien du tout ».

La folie des prix

Principale cause avancée par les professionnels de l’immobilier à Dijon, pour expliquer la désertification des petits commerces, le prix des locaux. Selon la dernière enquête de L’Express, « la Belle Endormie s’est réveillée avec un marché immobilier en forte hausse depuis 2000. La capitale bourguignonne s’est hissée au dixième rang des villes de province de plus de 150 000 habitants les plus chères ». **
Pour l’agent immobilier de Bourgogne Transactions, Bernard Kellermann, « cette situation est la conséquence d’un manque de projet global à long terme des responsables locaux. Depuis 20 ans, la ville a fait preuve d’inaction pour le petit commerce. Et aujourd’hui, à Dijon, l’offre commerciale est devenue mal organisée. Dans le centre-ville, les pics de valeur locative peuvent atteindre 61 000 € (400 000 F) annuel pour un local de 100m2 ! » Difficile dans ces conditions tarifaires de s’installer, d’autant plus que chaque commerçant doit acheter un pas de porte, un droit d’entrée obligatoire, pouvant varier entre 300 000 et 760 000 € (entre 2 et 5 millions de F) afin d’acquerir le droit au bail. Pour expliquer cette flambée de l’immobilier, Gilles Durand avance une autre interprétation, celle de dire que tous les commerçants veulent obtenir le meilleur emplacement pour faire leurs affaires (logique !) et du coup plébiscitent l’hyper-centre au centre-ville. ***
Pour mettre un coup d’arrêt à cet appauvrissement du cœur de la cité des Ducs, « Dijon aurait besoin d’un baron Haussman (à l’initiative des grands boulevards à Paris) pour aménager le centre et développer le commerce. Les mesures ponctuelles comme l’aménagement de terrasses place de la Libération ou l’augmentation de zones piétonnières n’avancent pas à grand chose  ». Enfin, la circulation des bus rue de la Liberté et la nette baisse des places de parking ne favorisent pas la venue des clients. « Qui veut recevoir une bonne bouffée d’air de pot d’échappement de bus en sortant d’un magasin ! » Notez  que la Comadi prévoit de repenser le trafic des bus rue de la Liberté. Afin de lutter contre le bruit dans le centre-ville, la collectivité a décidé de retirer les bus dits “de transit”. Conséquence : à l’automne 2004, 40% des bus de la STRD n’emprunteront plus l’artère principale de Dijon.

Pas facile d’ouvrir boutique !

Alors que les grandes enseignes fleurissent allègrement et sans difficulté dans le centre-ville (Promod, Jennifer, Armand Thierry, etc), des petits commerçants, tel Hervé Montaron, peinent à ouvrir boutique. Récemment installé rue Jules Mercier, ce jeune gérant a rencontré des difficultés pour ouvrir son magasin de vêtements et chaussures. « Je connaissais la forte valeur locative de Dijon mais trouver un local n’a pas été facile. Dans les galeries commerciales, une société multinationale est préférée au commerçant indépendant ». Hervé Montaron a pu le vérifier, « il est moins risqué de donner sa chance à un succursaliste aux reins plus solides ! J’ai pu constater aussi que toutes les rues ne sont pas traitées de la même manière. Je ne vois pas de containers dans les rues principales. Dans la mienne, les poubelles font partie du décor !» Dernier grief exprimé par ce tout nouveau commerçant, « l’animation du centre-ville. Le manque de vie, à Noël par exemple, pénalise la fréquentation et draine les clients vers les centres commerciaux situés à l’extérieur de la ville »… Mais là, c’est une autre polémique…



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