Sport

HOCKEY SUR GLACE : Sylvain Lucas, la vie de rêve

01/12/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

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Trois Olympiades, des championnats du monde et d'Europe, des voyages, le haut niveau, un cabinet à  faire tourner et une baraque à  finir : Sylvain Lucas, dijonnais de 33 ans installé à  Grenoble, kiné de l'équipe de France de hockey sur glace, sa troisième expérience du genre après le ski acrobatique et le bobsleigh, n'a guère le temps de souffler. ça tombe bien, puisque c'est la vie qu'il voulait mener…

Sylvain Lucas (en bas à  droite), entouré du staff technique et médical de l'équipe de France de hockey sur glace

A Vif, petite commune nichée à quinze bornes de Grenoble, sur la route de Sisteron, personne ou presque ne sait que ce gros pick-up japonais qui doit s’y reprendre à deux fois pour pénétrer dans une cours pleine de gravats – rénovation oblige – appartient au kiné de l’équipe de France de hockey sur glace, l’un des sports les plus appréciés par les Isérois. « Le Docteur Lucas », comme le surnomment ironiquement certains de ses potes, fréquente plusieurs semaines par an ceux qui enflamment la patinoire municipale de Grenoble quand la sélection daigne venir y user ses patins. Pas à temps plein, non, puisque ce parisien de naissance mais dijonnais d’adoption – études au lycée Montchapet puis école de prépa kiné – a ouvert avec deux associés un cabinet à Saint-Égrève, de l’autre côté de la rocade.   « Le hockey m’occupe environ deux mois par an, entre les stages, les tournois et les compétitions. Cela entraîne beaucoup de déplacements à l’étranger, mais c’est exactement ce que je voulais faire : participer à la vie d’une équipe de haut niveau ». Depuis cinq ans qu’il est l’un des deux kinés de la sélection nationale, Sylvain Lucas est parvenu a se faire apprécier d’un groupe qui l’avait vu arriver plein de défiance avec son étiquette de protégé de Nano Pourtier. « J’ai intégré l’équipe en 1998, quand le hockey ne se portait pas très bien. J’avais assisté quelques mois plus tôt au championnat du monde du groupe B a Grenoble et j’avais proposé mes services à Pourtier, que je connaissais depuis mon passage en équipe de France de ski acrobatique. Il était devenu entre-temps manager du hockey, et quand il m’a rappelé en me disant qu’il fallait être opérationnel tout de suite, j’ai eu deux minutes pour me décider ». Accueilli froidement par les internationaux français à forte personnalité qui lui balancent quelques vannes un peu déstabilisantes « pour me tester », précise-t-il, le Dijonnais ne fait rien d’autre que son travail, cherchant à gagner la confiance d’un groupe gangrené par la morosité ambiante. « Progressivement, les relations se sont améliorées, car les joueurs ne sont pas dupes : ils ont compris que j’étais là pour leur bien, pour les aider. Je n’étais plus le petit pistonné ». Et puis, l’équipe de France n’a pas d’autre objectif que les Jeux Olympiques d’hiver de Salt Lake City en 2002, où les Bleus espèrent faire un coup. « Ca ne s’est pas vraiment bien passé aux Etats-Unis, du moins au niveau des résultats. Dommage, car tout avait été axé sur ces Jeux ».

Encore une Olympiade ?

Les JO, Sylvain connaît. Salt Lake City a été sa troisième expérience du genre après Lillehammer en Norvège en 1994 et Nagano (Japon) quatre ans plus tard. A chaque fois avec des disciplines différentes, le ski acrobatique en 1994, le bobsleigh en 1998. « En 1994, j’étais appelé du contingent. A l’époque du service militaire obligatoire, les meilleurs de chaque promo étaient détachés pour partir avec une sélection nationale ». Plutôt que de se farcir pendant un an les réveils au néon à 5 h 45 du mat’, les bivouacs, une discipline militaire et une promiscuité qui ne l’inspirent pas plus que ça, le lascar préfère le grand air, les voyages et bosser avec des sportifs de haut niveau.   « Je suis arrivé dans ce groupe en 1993, un an avant les JO, où Edgard Grospiron a décroché une médaille de bronze. J’étais intimidé, mais je devais garder les pieds sur terre. Même si, à Lillehammer, je ne me suis pas vraiment rendu compte de ce qui m’arrivais, d’être présent sur l’un des évènements sportifs les plus importants de la planète ». Là-bas, il fait la connaissance de Nano Pourtier, qui manage Grospiron en même temps que l’équipe de France de bobsleigh, et lui propose dans le courant de l’année de le rejoindre. « C’était cinq mois par an. Les reste du temps, j’étais à Grenoble, à faire des remplacements dans des cabinets ». Le bob et sa mentalité particulière le font un peu flipper, « car les mecs passent pas mal de temps à soulever de la fonte », avec une nouvelle Olympiade à préparer, des liens à tisser, une confiance à gagner. « Celle des athlètes et des entraîneurs. Mais tout s’est bien passé. On formait un vrai groupe, il y avait une ambiance super entre nous ». Lors des différentes compétitions, Sylvain croise le Prince Albert de Monaco, capitaine de l’équipe de la Principauté engagée aux JO. « Je l’ai rencontré plusieurs fois. C’est un type charmant, qui se souvient des personnes qu’il croise plusieurs fois dans l’année ». Les JO de Nagano, auxquels il s’était mieux préparé qu’en 1994, lui laissent un souvenir mitigé, « parce que les Japonais sont moins extravertis que les Norvégiens, ce qui ne produit pas la même ambiance ». Aussi, sans doute, parce que les bobeurs Français sont tellement concentrés sur leur sujet que tout le staff est envahit par le stress. Le bob à quatre arrache une médaille de bronze, mais l’expérience de Sylvain Lucas s’arrêtera net six mois plus tard, « pour des raisons financières ».
Aujourd’hui bien installé professionnellement, il se verrait bien prolonger le plaisir avec le hockey, au moins jusqu’aux JO de Turin en 2006. Célibataire pas vraiment endurci, guère tenté par une expérience dans des sports comme le foot ou le rugby qu’il apprécie pourtant – « le rapport au pognon dans le foot me dérange un peu » – , « le Docteur Lucas » n’a guère envie de voir ce rythme de vie s’atténuer. « Même si les voyages et l’éloignement, c’est parfois éprouvant… ».



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