Société

La percée des extrêmes ?

01/12/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Emmanuel Razavi

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A l'approche des élections régionales et cantonales de mars 2004, notre rédaction a choisi de s'intéresser à  la montée des mouvements d'extrême gauche et d'extrême droite. Pour tenter de comprendre les mécanismes de leur percée politique, nous avons choisi de donner la parole à  deux leaders de formations politiques régionales décriées - la LCR et le Front National- perçues par une grande partie de l'opinion comme dangereuses pour la démocratie.

Jean-Claude Cinquin : « L'impôt sur les grandes fortunes devra être augmenté ».
Pierre Jaboulet-Verchère : « Nous voulons que les immigrés qui  deviennent français le fassent par adhésion à  nos coutumes et à  nos moeurs. Les étrangers qui voudront s'insatller en France devront avoir un contrat de travail ».

Alors que le gouvernement Raffarin dégringole dans les sondages et que le parti socialiste n’en finit pas d’essayer de se « reconstruire », les mouvements politiques d’extrême gauche et d’extrême droite progressent. De plus en plus de Français semblent en effet séduits par le chant des sirènes, qu’elles s’appellent Olivier Besancenot, Arlette Laguiller ou Jean-Marie Le Pen. La raison de cet état de fait ? Une majorité qui aura finalement eu du mal à réformer l’Etat tel qu’elle l’avait promis. Mais aussi l’affaire du voile, la hausse de l’insécurité et du chômage ces deux derniers mois, tout comme l’augmentation du prix du tabac qui ont eu pour effet de porter un coup dur à l’action de Jean-Pierre Raffarin. Sans compter que la France a évité de justesse d’entrer en récession et que le pouvoir d’achat des Français ne cesse de diminuer. Ainsi la fracture entre la « France d’en haut et la France d’en bas » semble plus que jamais d’actualité.
Par ailleurs, beaucoup de Français pensent que les leçons du 21 avril 2002 n’ont pas porté. Pour beaucoup, les politiques que la France a connues depuis 20 ans ont failli et les extrêmes restent le seul refuge de la contestation. D’ailleurs, la force de ces mouvements ne repose-t-elle pas simplement sur leur capacité à exploiter les erreurs des partis traditionnels et la contestation populaire ? Ce n’est en tout cas pas l’avis des leaders bourguignons de la Ligue Communiste Révolutionnaire et du Front National qui présenteront des listes aux régionales et aux cantonales de 2004 et qui, au-delà de la contestation, affichent leurs projets politiques.
Ainsi, Jean-Claude Cinquin, 54, ans, porte parole de la Ligue Communiste Révolutionnaire 21, explique : «  Beaucoup de gens ont pu trouver anachronique qu’il existe encore un mouvement communiste révolutionnaire.
En réalité, nous nous situons plus à la gauche radicale qu’à l’extrême gauche ; bien sûr, nous ne nions pas notre passé, issu de l’opposition au Stalinisme. Quant au mot révolutionnaire, il y a des révolutions de velours et nous sommes très loin de toute action violente. De plus, nous nous situons comme un mouvement de réflexion, en quête de plus de justice sociale. Nous n’avons pas de gourou, et nous ne sommes pas là pour éduquer le peuple ». Un discours apaisant qui semble notamment séduire de plus en plus de jeunes, qu’ils soient étudiants ou en quête du premier emploi (ils sont environ une quarantaine de militants actifs à Dijon). Mais Jean-Claude Cinquin insiste sur le fait que la LCR a des propositions concrètes, qu’il illustre par l’exemple de son programme pour Dijon et son agglomération : « Nous pensons que la gratuité des transports est indispensable. La Région doit mettre cela en place, au moins à titre expérimental. Les gens prenant moins leurs voitures, cela induira des économies de voiries et de santé publique car il y aura moins de pollution ». En matière de sécurité, si les membres de la LCR se disent heurtés par la politique du « tout sécuritaire » de Nicolas Sarkozy, le ton est donné à la prévention et à l’éducation. Quant au problème du voile à l’école qui divise les Français, à la LCR, on reste fidèle au principe de laïcité, insistant sur le fait que « le cadre actuel de la loi devrait régler ce problème ». Concernant la fiscalité, la technique « Robin des Bois » reste de mise : « l’impôt sur les grandes fortunes devant être augmenté », explique Jean-Claude Cinquin. Bref, rien de très nouveau, si ce n’est que la LCR s’est dotée d’un discours plus « aseptisé » qu’il ne le fut en d’autres temps, et d’un programme aguichant pour les classes les plus défavorisées. Ses dirigeants ont surtout compris, à l’instar de ceux de Lutte Ouvrière, qu’il fallait sortir de l’ombre et offrir un discours plus édulcoré aux médias afin qu’il soit plus largement relayé. Toujours est-il qu’aux régionales, il faudra compter avec ce mouvement qui appelle en Bourgogne à « une coalition avec la gauche, l’objectif principal étant pour le porte-parole de la LCR 21 de battre Soisson ». Celui-ci précise en effet que « contrairement aux accords passés au niveau national entre LO et la LCR, en Bourgogne, il ne sera pas question de faire une liste seuls », tout en précisant qu’ « un vote commun n’empêchera pas une liberté d’action politique en cas de victoire ». Mais il ajoute : « Il n’en sera pas de même aux cantonales où nous comptons bien dépasser les 5% sur plusieurs cantons ».

Pierre Jaboulet-Verchère : « Pour un régime présidentiel à l’américaine »

En Bourgogne, le combat des régionales pourrait bien se révéler difficile pour Jean-Pierre Soisson et François Patriat, car celui-ci risque d’être une fois de plus perturbé par le Front National. Si ce dernier a conquis 9 sièges sur 57 en 1998, sa tête de liste en Bourgogne, Pierre Jaboulet-Verchère, espère obtenir en 2004 28 à 35% des suffrages, ce qui lui permettrait d’avoir une trentaine d’élus. Vue de l’esprit ? Pas si sûr pour Pierre Jaboulet-Verchère qui illustre son propos par l’exemple suisse où l’extrême droite a recueilli justement plus de 28% des suffrages aux dernières élections. « Les Suisses ont les même problèmes que nous. C’est pour ça qu’ils ont fait ce choix ». Sans compter le score de la présidentielle qui a vu Le Pen aller au second tour. Et ce dernier va plus loin : « imaginez que le Front National obtienne une moyenne de 25% des suffrages aux régionales et réussisse à prendre 4 régions. Ce qui est sûr, c’est que la CGT, FO et les autres syndicats de ce type retourneront dans la rue et paralyseront la France. N’ayant plus de marge de manœuvre, Chirac sera alors contraint de dissoudre l’Assemblée Nationale ». Scénario catastrophe ? Pas pour Pierre Jaboulet-Verchère, qui estime que l’ « on est arrivé à la croisée des chemins, l’utopie maçonnique totalement nulle (NDLR : selon ses propres termes), ayant conduit le pays au bout du rouleau tant sur le plan social, que judiciaire ou policier ». Et d’ajouter : « Notre système est en pleine faillite ». Un thème récurrent qui sert de fond de commerce au Front National depuis des années, tout comme le problème de l’immigration.Un point sur lequel revient avec insistance le leader du F.N en Bourgogne : « Nous voulons que les immigrés qui deviennent français le fassent par adhésion à nos coutumes et à nos mœurs. Les étrangers qui voudront venir s’installer en France devront avoir un contrat de travail ». Et il nuance son propos :
« Parallèlement, nous établirons des accords avec les pays d’immigration afin de les aider à faire en sorte que leurs populations se sentent mieux chez elles ». Bref, du côté du FN, là encore, rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est le fait est que son discours radical séduit de plus en plus d’électeurs (rappelons que près de 6 millions de français ont voté Le Pen aux présidentielles) et que contrairement à beaucoup d’autres formations politiques, il dispose de moyens financiers colossaux, étant l’un des rares partis à avoir des excédents de trésorerie, « signe de bonne gestion » pour Pierre Jaboulet-Verchère.
« L’objectif pour le Front National, explique enfin la tête de liste du FN aux régionales, sera d’instituer en France un régime présidentiel à l’américaine et donc de changer de constitution ». On l’aura compris, les extrêmes, contrairement aux idées reçues, ne se rejoignent plus, si ce n’est sur un point : celui de la contestation. A savoir si elle permettra aux uns et aux autres d’atteindre leurs objectifs…



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