Société

Psychiatrie : chroniques de la vie quotidienne

01/12/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

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Directement ou non, n'importe quel citoyen français peut être concerné par la psychiatrie. La seconde partie du reportage consacré à  la Chartreuse ne propose rien d'autre qu'une plongée dans cet univers dur et émouvant, mais qui ne peut pas laisser insensible, o๠toutes les pathologies se retrouvent. Des plus légères aux plus lourdes…

L'unité ouverte accueille les patients souffrant de pathologies légères.

Simple hasard plutôt que fait exprès, sans doute. C’est un peu comme si la géographie interne de la Chartreuse épousait les contours de la logique médicale. Les unités de soins où sont hospitalisés des patients qui ne restent – et parfois reviennent – que quelques jours ou quelques semaines sont là, deux cents mètres à peine une fois passée l’entrée principale. Comme pour mieux symboliser l’espoir d’une guérison, totale ou partielle. Et puis il y a les unités Oasis, Régis, Aquarelle ou Arc-en-ciel, ces bâtiments réservés à ceux que l’on identifie comme des déficients mentaux profonds et installés loin d’une sortie qui leur est définitivement proscrite. C’est là, dans ces locaux austères mais pas trop défraîchis, que la déficience mentale lourde et irréversible se vit au quotidien pour quelques dizaines de patients. Certains, la cinquantaine bien sonnée, sont là depuis leur enfance. « Et ils n’en sortiront plus, sinon pour terminer leur vie dans des unités de longue durée. Leur état de santé est tel qu’il n’est pas envisageable de les mettre ailleurs. Ici, les patients sont complètement dépendants. Nous nous inscrivons davantage dans une logique de soins d’accompagnement », explique Pascal Liebaut, cadre infirmier à l’unité Arc-en-ciel. « Bien sûr qu’il n’y a aucune chance de guérison pour ces personnes. Mais en jouant sur l’espace, en organisant des sorties, nous parvenons à diminuer les actes de violence entre patients, à atténuer les tensions ». Ici, le confort est spartiate, le mobilier rare, la sécurité maximale. Les piliers sont cernés de mousses, les fenêtres protégées, les couverts en plastique. Les vêtements parfois adaptés, pour éviter certains gestes d’automutilation. « Quand nous faisons une sortie, il faut faire attention à tout, aux cailloux, aux feuilles qu’ils sont susceptibles d’avaler ». Le personnel, qui ne se précipite guère pour venir travailler dans ces unités éprouvantes nerveusement, mais dont on ne sort jamais blasé, est expérimenté et souvent affecté pour au maximum quatre ans. « Même avec l’expérience, devenir insensible à la souffrance des patients et à celle des familles est impossible », ajoute Pascal Liebaut. Et puis, même si les progrès de la génétique permettant de mieux déceler les lésions cérébrales irréversibles sont évidents, « rien ne pourra jamais empêcher des enfants de naître avec des handicaps importants », explique Jacques Thévenin, coordinateur des soins infirmiers. « Ces patients vieillissent mieux, mais ils restent fragiles ».

Ne plus stigmatiser la santé mentale

A l’unité Régis, où sont hospitalisés une quinzaine de patients souffrant de schizophrénie, d’autisme, en tout cas de pathologies empêchant toute réinsertion, on se contente de les stabiliser. « On maintient les acquis, avec des posologies de traitement assez lourdes », reprend le Docteur Christine Pommier au milieu des couloirs où les patients déambulent librement entre la salle de télé et le coin détente, en attendant le repas obligatoirement pris en commun. « Ils sont calmes, mais tout peut changer en quelques secondes, parce qu’ils sont sujets à des comportements violents, qui nécessitent l’intervention du personnel (NDLR : toutes les unités sont reliées entre elles afin de pouvoir faire face à toute situation dangereuse). Et puis, à quelques centaines de mètres de là, dans des locaux refaits à neuf sont hospitalisés dans les unités ouverte et fermée des patients orientés après un passage à l’UMAO (Unité Médicale d’Accueil et d’Orientation) de 24 heures, durant lesquelles le patient est écouté, surveillé et pris en charge avant d’être affecté à l’une des deux unités. A l’unité ouverte, où la durée d’hospitalisation n’excède que très rarement trois semaines, sont soignés des patients qui ont besoin d’une attention toute particulière. « Certains ne viennent qu’une fois, d’autres effectuent plusieurs séjours par an », explique François Rey, cadre infirmier. « Ce sont des personnes qui peuvent traverser une passe très difficile, mélancolique ». Cette mélancolie qui conduit presque toujours à la tentative de suicide et qui peut potentiellement toucher chacun d’entre nous. Au rez-de-chaussée, à l’unité fermée, un homme « très cultivé », dixit une infirmière, ne quitte pas de la journée son saxophone, errant dans les couloirs, croisant une jeune femme qui demande à ce qu’on l’attache, puis une autre, plus âgée, qui ne lâche pas le personnel soignant. « Ces patients sont affectés dans cette unité parce qu’ils ont eu un comportement violent, susceptible de mettre en danger leur vie ou celle d’autrui », précise le Docteur Pommier. Certains, au bout de quelques jours, sont parfois transférés à l’unité ouverte, parce que leur état s’améliore. « La moitié des patients hospitalisés ici ne sont pas des grands malades », insiste le Docteur Larôme, médecin chef de service du quatrième secteur de psychiatrie générale de Côte-d’Or. « Le problème est que les gens ont souvent des difficultés à faire face à des problèmes comme le divorce, la perte d’un proche, le chômage. Cela peut générer des troubles plus ou moins important. Les patients qui souffrent de troubles névrotiques (dépression, troubles de la personnalité), peuvent mener une vie à peu près normale. Mais surtout, nous savons qu’aujourd’hui, la psychiatrie fait moins peur. Les gens viennent parfois au CHS pour faire une coupure, soigner leur mal-être. Souvent de leur propre gré ». L’image de l’asile de fous, tellement inscrite dans l’esprit collectif, a sérieusement jaunie…



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