Société

Responsabiliser… ou trouver des responsables ?

01/12/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Andrea De Cesaris

Réagir Télécharger le numéro

On le sait, la sécurité routière est une des grandes causes nationales du gouvernement et si les premiers résultats positifs se font sentir, le monde de la nuit commence à  se considérer comme le bouc émissaire des autorités.

En France comme en Côte-d’Or, la baisse de la mortalité sur les routes est réelle et la lutte contre l’insécurité routière concrète. Malheureusement, ces derniers mois, des drames ponctuels ont continué à endeuiller les routes du département, la faute à une consommation excessive d’alcool. On pense bien sûr à l’affaire du bar de Varanges et de la discothèque l’Opéra Night de Beaune qui eurent pour conséquence la fermeture administrative de ces établissements, définitive pour le premier, 10 jours pour le second. Mais attention ces deux cas sont très différents l’un de l’autre. En effet, si dans le café de Varanges, le patron a servi directement puis consommé avec son client qui provoqua par la suite le drame que l’on sait, le contexte du cas de l’Opéra Night est tout autre :     « Il y avait plus de 2000 clients dans la discothèque » explique son directeur Bernard Salva. « Je ne peux pas être derrière tous les consommateurs. Ce n’est pas comme si on avait poussé ce client à boire et pourtant on se retrouve légalement responsable du terrible accident dont il a été victime tout simplement parce que ce jeune homme sortait de notre établissement. Je veux bien, mais tout le monde sait que de nombreuses personnes consomment avant d’arriver dans les bars et discothèques et si un client vient à se tuer en sortant de notre discothèque sous l’emprise d’alcool, alors qu’il n’a pas forcément bu un verre chez nous, cela devient légalement de notre faute. C’est un peu facile ! Il va bientôt falloir s’excuser de faire notre métier. Quand je vois tout l’investissement que l’on a mis en place en terme de promotion pour la sécurité routière, ça me fait un peu mal au cœur ». En effet, ironie du sort, l’Opéra Night est considéré comme un des modèles français à suivre en terme de lutte contre l’alcool au volant.
« L’Opéra est un exemple, un moteur pour nous en terme de prévention », confirme “Boucif”, responsable du Privé Discothèque, « et ils se sont retrouvés avec une fermeture administrative. Il faut bien comprendre que même avec la meilleure volonté du monde, le risque zéro n’existe pas. Si tu vas acheter dix ou vingt bouteilles d’alcool dans un hypermarché, on ne te demande rien à la caisse, mais c’est tellement plus pratique de s’attaquer aux discothèques qui ne sont que de petites PME. C’est deux poids deux mesures, on va finir par nous tuer comme on vient de tuer les buralistes. Nous sommes obligés de travailler en permanence avec une épée de Damoclès au dessus la tête. On ne fait pas ce métier pour être considéré comme des criminels ».
Bachir Bakhti, chef de cabinet du Préfet de Côte-d‘Or, se veut au contraire rassurant pour les professionnels de la nuit. « Entendons-nous bien, nous ne leur reprochons pas de vendre de l’alcool. Ce que nous voulons, c’est construire avec eux l’avenir, qu’ils se responsabilisent et qu’ils nous aident à responsabiliser nos jeunes lorsqu’ils vont en discothèque, mais aussi en général lors de soirées festives chez des amis. Je milite pour une culture de la responsabilisation à l’image de ce qui se passe en Allemagne où la personne qui prend le volant en soirée ne consomme pas du tout d’alcool ».
« Le problème, c’est que l’on veut toujours trouver des responsables lors des accidents, souligne Jean-Louis Humbert Président  de l’UMIH (Union des Métiers des Industries Hôtelières). C‘est le schéma classique pour permettre aux familles de faire le deuil de ces drames, et forcément on tape sur les bars et discothèques. Bien sûr, il faut que les professionnels de notre métier prennent leurs responsabilités, mais à trop s’axer sur notre secteur, les autorités en oublient l’essentiel : responsabiliser l’usager. Certains pensent que cela passe par la tolérance zéro. En tout cas, cela permettrait de mettre les gens face à leurs propres responsabilités, que ce soit lorsqu’ils consomment de l’alcool chez eux ou dans un débit de boissons. Qu’on laisse les usagers se prendre un peu en mains ».
Ce que le monde de la nuit attend avec impatience…



Revenir en haut de page

Les commentaires pour cet article sont fermés.

Votre nom :
Votre email :
L'email de votre ami :
Votre message (facultatif) :
De retour à Alésia
En savoir plus [+]
Télécharger le numéro 282 de La Gazette de Côte d'Or au format PDF Archives
Revenir en haut de page