Tabac, sécurité et marché noir, quel mélange…
01/12/2003 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault
Chacun peut penser ce qu’il veut des augmentations chroniques du prix des cigarettes – plus rapides que celles de l’essence, une spécialité pourtant bien française – depuis un an, en attendant la hausse prévue pour janvier et qui sera vraisemblablement étalée sur plusieurs mois. Limiter la consommation de tabac et donc sauver des vies, résorber le trou de la Sécu, mais aussi engendrer quelques recettes supplémentaires pour l’Etat, qui a le monopole de la vente de ce produit, faire chuter le chiffre d’affaires des buralistes, aiguiser l’appétit des braqueurs et autres trafiquants : les questions se multiplient en même temps que les problèmes apparaissent, obligeant les pouvoirs publics et les débitants de tabac à multiplier les initiatives. Aussi, avons-nous laissé la parole à trois acteurs essentiels de ce débat d’enjeu national.
Bernard Lallemand (Président de la Chambre Syndicale des Débitants de Tabac de la Côte- d’Or) :
« C’est à l’Etat d’assumer et d’assurer notre sécurité. Il n’y a pas de psychose, mais nous savons que ces augmentations entraînent une hausse des braquages et des cambriolages, même si à ce jour, la situation n’est pas critique en Côte-d’Or. Simplement, pour mieux assurer la sécurité, il faut investir pour équiper les débits de tabac de grilles, de systèmes vidéos, etc… Nous avons eu des réunions à la Préfecture pour demander des rondes de police et de gendarmerie de jour comme de nuit, notamment dans des zones sensibles ou rurales. Il faut que le gouvernement sache que certains d’entre nous vont bientôt être sinistrés, et que nous envisageons de communiquer, au moment des élections régionales, sur les nombreuses raisons de ne pas voter pour la majorité. Car ces hausses profitent surtout à l’Etat, qui taxe les cigarettes à 80 %. Or, nous ne voulons pas prendre de risques importants pour assurer les produits de l’Etat ».
Commandant Jean-Michel Bocquin (DDSP, chef du service d’ordre public) :
« Nous n’avons pas constaté ces dernières semaines d’augmentation significative des faits de délinquance, mais nous restons vigilants. Il y a davantage de patrouilles, nous avons redéployé nos moyens pour rassurés les débitants de tabac qui sont parfois apeurés. En règle générale, les établissements sont bien protégés. Nous avons demandé aux policiers de proximité d’être au contact des buralistes et de vérifier les structures. L’essentiel des actes de délinquance ont lieu la nuit. Mais dans le cas d’une attaque à main armée, nous conseillons aux buralistes de ne pas résister, car cela peut avoir des conséquences dramatiques ».
Sylvain Carpentier (adjoint du directeur interrégional des douanes) :
« On parle beaucoup de trafic, de contrebande, mais en Bourgogne, nous n’avons pas prouvé l’existence de réseaux organisés. Maintenant, il ne faut pas être dupe, nous savons que des revendeurs de rue circulent, proposant des cigarettes à des tarifs plus bas. Paradoxalement, il y a davantage de trafic en Italie ou en Espagne, alors que les taxes y sont moins élevées. Il faut aussi savoir que les buralistes frontaliers sont plus touchés économiquement. Les douanes, lors d’opérations inopinées, peuvent demander des explications à des particuliers par rapport aux quantités de cigarettes qui franchissent la frontière, déterminer s’il s’agit d’achats faits pour la consommation personnelle. Enfin, on parle beaucoup d’achats faits par Internet, via des pays où le tabac est moins cher qu’en France. Cela existe, mais il faut savoir que nous avons des services qui surveillent les sites concernées, et que les colis postaux peuvent faire l’objet de fouilles inopinées. La marchandise saisie est brûlée, et des amendes sont dressées à l’encontre des personnes qui achèteraient des cigarettes par Internet ».
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