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Badieh Nabavi : Histoire d’une iranienne à  Dijon

01/01/2004 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Emmanuel Razavi

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C'est à  Dijon que Badieh Nabavi, infirmière d'origine iranienne, a choisi de faire sa vie. A l'instar de la communauté iranienne installée depuis près de 25 ans dans la capitale bourguignonne, celle-ci est un parfait exemple d'intégration. Portrait d'une dijonnaise d'adoption qui nous livre son regard sur la société.

«â€‚Nous avons choisi de nous installer à  Dijon parce que c'était à  la fois une ville de taille moyenne et qu'elle était proche de Paris ».

C’est en 1976 que Badieh Nabavi arrive en France avec son ex mari, qui prépare alors un doctorat de sciences politiques. Ainsi qu’elle le raconte : « Nous avons choisi de nous installer à Dijon parce que c’était à la fois une ville de taille moyenne et qu’elle était proche de Paris. Si mon mari parlait très bien le Français, j’étais, quant à moi, de culture anglophone, comme beaucoup d’iraniens de l’époque. Il a donc fallu que j’apprenne le français ». Mais deux ans après leur arrivée dans la capitale bourguignonne, la révolution iranienne éclate. « Je savais que beaucoup d’iraniens en avaient assez de subir un régime totalitaire. Mais franchement, je ne pensais pas que les religieux resteraient au pouvoir aussi longtemps ». Devant l’ampleur que prend la révolution islamique, plus question pour Badieh de retourner dans son pays. « Ce fut une période très dure pour nous. Comme beaucoup d’étudiants, nous n’avions pas de gros moyens  et nos parents ne pouvaient plus nous envoyer d’argent ». Elle ajoute : « Avec l’arrivée des mollahs au pouvoir, les Iraniens qui étaient appréciés de tous pour leur grande culture ont commencé à être perçus comme des terroristes. Il devenait difficile de trouver du travail ». Mais qu’à cela ne tienne ! Badieh, qui a fait des études d’infirmière à l’université de Chiraz (jumelée à l’époque avec la prestigieuse université de Pennsylvanie) et qui est également titulaire d’une maîtrise de Santé Publique, entend bien ne pas se laisser abattre. « A Téhéran, j’étais cadre supérieure de santé au service de chirurgie de l’hôpital Général. J’avais une réelle compétence ». Grâce à un ami iranien qui est chirurgien dentiste, elle entre en contact avec la clinique de Fontaine où, grâce à lui, elle peut commencer à exercer, dans l’attente de faire valider son diplôme iranien. Elle y restera neuf mois, puis ira ensuite travailler en tant qu’infirmière aux urgences de l’Hôpital Général de Dijon .

Une dijonnaise d’adoption, exemple d’intégration

Aujourd’hui âgée de 54 ans, Badieh est totalement intégrée à la vie française, comme la majeure parti des iraniens qui vivent à Dijon (ils sont près de trois cents). Récemment affectée aux urgences psychiatriques de l’Hôpital Général, elle gère sa vie de femme et sa vie professionnelle de façon tout à fait équilibrée. En phase avec son temps, elle porte un regard lucide sur la société française et sur l’actualité. Si on l’interroge sur ce qu’elle pense du voile, elle rétorque : « J’étais fière d’entendre Chirac dire clairement qu’il fallait respecter la laïcité en France. Etre obligée de porter le voile est une atteinte à la  liberté d’une femme. Et même si je respecte les croyances de celles qui le font, elles doivent aussi respecter les institutions du pays dans lequel elles vivent ». Badieh sait de quoi elle parle. Elle qui est originaire d’un pays où les femmes sont encore obligées de se voiler pour sortir. Parlant des femmes, elle voue également beaucoup d’admiration à Shireen Ebadi, première iranienne et surtout première femme musulmane à avoir reçu le Prix Nobel de la paix en 2003. « Cette femme fait beaucoup pour l’Iran. Je suis certaine qu’elle est capable de changer la mentalité politique actuelle ».Elle ajoute : « C’est paradoxal, mais en Iran les femmes ont peut-être beaucoup plus de pouvoir qu’il n’y paraît, car elles sont plus nombreuses à occuper de bons postes. De plus, 65% de la population étudiante est composée de femmes ». Enfin, lorsque l’on parle de la communauté iranienne de Dijon à Badieh, elle ne manque pas de faire remarquer que la majeure partie de ceux qui la composent s’est parfaitement intégrée. Beaucoup sont en effet médecins, dentistes ou commerçants. « Ils sont à l’image de notre culture », conclue Badieh. « Une culture ancestrale qui a connu beaucoup d’invasions et qui a toujours appris à s’adapter ». Ainsi, la communauté iranienne de Dijon serait-elle un exemple à suivre, pour ceux qui seraient tentés de s’enfermer dans le communautarisme ? Badieh semble en être le plus bel exemple.



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