CINEMA : David contre Goliath, sauce moutarde…
01/01/2004 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault


La question soulève plus ou moins l’enthousiasme des personnes concernées. Le cinéma est devenue une véritable industrie, et tout ce qui touche à l’argent génère – vieille habitude française – une gêne palpable. Pourtant, sans être dans le secret des Dieux, n’importe quel dijonnais qui s’intéresse (un peu) à la vie culturelle de sa ville a vite fait de comprendre que tout n’est pas limpide dans le microcosme de l’exploitation des salles à Dijon. L’Eldorado (3 salles), qui a fait sa réputation grâce aux films d’art et essai, juge même la concurrence agressive, visant du même coup le groupe Davoine (Multiplex le Cap-Vert et le Devosge). « Ce groupe très puissant cherche à nous couler, c’est la vocation même des gros face aux petits », constate Alain Cramier, le propriétaire de l’Eldorado. « Pourquoi ce groupe vient-il nous concurrencer sur la programmation de l’art et essai, qui est notre fonds de commerce ? L’art et essai, c’est une programmation annuelle, et on nous en retire certaines. On nous reproche aussi de pratiquer des tarifs trop bas, mais l’ordonnance de 1986 garantit la liberté des prix. Simplement, le groupe Davoine veut le monopole, et ce n’est pas simple pour nous de résister », poursuit Didier Besnier, le directeur de l’Eldo. « Les gros groupes négligent le culturel, et dans une ville comme Dijon, il n’y a pas de place pour deux cinémas d’art et essai ».
Du côté du Cap-Vert, la direction s’empresse de refiler la patate chaude à sa maison-mère, le groupe Davoine, où les réponses sont un brin laconiques. « L’Eldorado se plaint, alors que l’art et essai va plutôt bien. On ne veut tuer personne. C’est facile de tenir le rôle de l’opprimé, sauf que ce cinéma obtient de bons résultats en terme d’entrées, alors que nous perdons des spectateurs. La situation du cinéma à Dijon est semblable à celle de beaucoup d’autres villes françaises ».
Quid de la Grande Taverne ?
Le groupe Massu (Olympia, Darcy et ABC), qui compte le même nombre de salles que Davoine (dix-sept), préfère quant à lui ne pas trop se mêler des désaccords entre ses deux concurrents. « « Nous avons des rapports polis et courtois avec eux », insiste Sylvie Duparc, l’adjointe de direction du groupe dirigé par Marcel-Jean Massu. « Je sais qu’ils sont en désaccord sur la question de l’art et essai. La réflexion que l’on entend souvent, c’est d’un côté l’Eldorado qui ne doit pas être forcément le seul à projeter des films d’auteur, et de l’autre, un groupe comme Davoine qui a des salles partout et qui veut à tout prix exploiter l’art et essai. Nous suivons cela de loin, sans nous en mêler… »
Le groupe Massu, qui reconnaît perdre des spectateurs avec l’Olympia « parce que la clientèle la plus jeune est davantage attirée par les Multiplex, et aussi parce que l’avenue Foch n’est pas très attrayante », n’a pas encore complètement décidé de l’avenir de la Grande Taverne tue dans l’œuf la rumeur parfois entretenue concernant la fermeture de l’ABC. « La Grande Taverne, fermée il y a un peu plus d’un an, a fermé provisoirement, et des projets de rénovation sont à l’étude. Quant à l’ABC, il n’est pas question qu’il ferme. Les rumeurs, vous savez… » s’amuse Sylvie Duparc.
A l’Eldorado, Alain Cramier confirme avoir voulu reprendre le Gaumont quand celui ci a fermé. « Du moins le fonds de commerce dans l’hypothèse ou les collectivités locales achetaient les murs. Cela ne s’est pas fait, mais nous voulons nous renforcer. Nous avons le potentiel pour espérer davantage que trois salles ». L’image de l’Eldo, qui ne diffuse pas uniquement des films ouzbeks en VO – « on a parfois été associés à cela », s’amusent Alain Cramier et Didier Besnier – a évolué, cassant son côté élitiste. « La barrière entre art et essai et films à succès est mince, et les mentalités évoluent. Nous attirons depuis plusieurs années un public beaucoup plus vaste ».
Donc, la situation du cinéma à Dijon ne serait ni meilleure ni pire que dans les autres villes françaises. « Il y a trop de production et pas assez de spectateurs, tout simplement », analyse-t-on à l’Eldorado, chez Davoine et chez Massu. Ils sont au moins d’accord sur quelque chose…
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