Audrey Cousin : une Dijonnaise à Kaboul
01/02/2004 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Emmanuel Razavi

A Kaboul, la pauvreté et le désordre continuent de régner. Pourtant, il n’y a pas un endroit où l’on ne croise des soldats ou des policiers tentant de faire leur travail. Des ONG françaises, américaines ou australiennes aident de leur mieux à la reconstruction. Mais les choses avancent lentement et le président Amid Karzai, surnommé par beaucoup « le maire de Kaboul » n’a aucune autorité sur les gouverneurs des différentes provinces. Alors les occidentaux redoublent d’efforts. Il faut essayer d’en faire plus. D’aller plus vite, plus loin. Mais c’est oublier que l’Afghanistan reste un pays profondément ancré dans ses mœurs. Un pays de tradition musulmane, avec un régime islamique. Un pays ou les femmes n’ont presque aucun droit. Sans compter que les Afghans ne cachent pas leur peu d’affection pour les occidentaux. C’est dans ce contexte qu’Audrey Cousin, une dijonnaise de 23 ans, née à Chenôve en 1980, a choisi de venir travailler en Afghanistan. Cette diplômée de l’Ecole Supérieure de Commerce de Lille est contrôleuse de gestion au sein de la fondation AINA (reflet en afghan). Une fondation en charge de la reconstruction des médias en Afghanistan qui comprend différentes structures dédiées au photo-journalisme, à la presse magazine, à la télévision et au cinéma. Celle-ci est supportée par l’UNESCO et parrainée entre autres par des grandes rédactions comme National Géographic ou Time Magazine. L’organisation est composée de journalistes issus de différents médias (Radio France Internationale, France 3, CorbisSygma, Le Monde) qui mettent leur expérience au service de l’Afghanistan tout en continuant leur mission d’information. A la tête de ce projet des noms prestigieux tels que celui du grand reporter Reza Deghati ou encore Bernard Henri Lévy, Claude Lelouch… Une expérience extraordinaire pour une jeune femme de l’âge d’Audrey, qui supervise au quotidien la gestion administrative du « Média Center ».
Le choix d’une vie différente
Audrey explique : « Je suis venue à Kaboul parce que je voulais faire quelque chose qui avait un sens. J’avais écrit un mémoire sur l’humanitaire dans le cadre de mes études. J’avais le sentiment que c’était ma voie. Bien sûr, mes critères de recherche pour un job étaient très larges, mais je voulais avoir l’expérience de l’étranger. A vrai dire, étant passionnée par l’image, je cherchais à mettre en place un cinéma itinérant. J’ai fait des recherches sur Internet. C’est ainsi que je suis entrée en contact avec AÏNA qui, en plus du journalisme, s’occupe du cinéma en Afghanistan ». Des Afghans, elle reconnaît qu’elle est « étonnée par leur générosité. Alors que ce sont des gens qui vivent pour la plupart dans la pauvreté, ils vous invitent facilement chez eux. Cette expérience est un grand choc pour moi, mais dans le bon sens ». De la situation des femmes en Afghanistan, elle reconnaît qu’ « elles ont un statut difficile. Mais à force d’être victimes d’inégalités, je me demande si elles les perçoivent comme anormales. Ce qui est sûr, c’est qu’elles ne sont plus passives. Certaines retournent au travail alors que cela leur était interdit sous les talibans. Elles ont une vraie force. Ce sont des battantes ». Mais Audrey fait aussi preuve de courage. Car à Kaboul, la vie reste dangereuse, surtout pour les occidentales. Il leur est également déconseillé de sortir seules ou de prendre un taxi sans être accompagnées. Plusieurs ont en effet essuyé des avances « musclées », quand il ne s’agissait pas de tentatives de viol. Sans compter les menaces de violences ou d’attentat dont AÏNA peut être parfois l’objet. Mais cela ne fait pas peur à Audrey. Elle s’est habituée à vivre en respectant les consignes de sécurité fixées par la fondation, qui permettent de limiter considérablement les risques. Aujourd’hui, Audrey a pour projet de partir en Amérique latine. « Je connais déjà le Pérou où j’ai séjourné lorsque j’avais 20 ans. Et puis, c’est une passion que je partage avec mon copain ». Mais avant de repartir vers de nouvelles aventures, Audrey prévoit de repasser par Dijon afin d’y retrouver sa famille. Notamment ses grands-parents paternels et maternels. « A Dijon, je passe des moments extraordinaires avec eux. J’espère qu’ils verront l’article.. ».
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