FOOTBALL : Nicolas Dyon, le béguin vert
01/02/2004 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

Peut-être n’en serait-il pas là si un joueur de Gueugnon ne lui avait pas brisé la jambe, il y a un peu plus de huit ans. Ce jour d’août 1995, qui expédia Nicolas Dyon rejoindre le purgatoire des éclopés du football lors d’un anonyme match amical d’avant-saison, l’intéressé le qualifie à posteriori de bénéfique. « J’arrivais du centre de formation de Louhans-Cuiseaux, où l’on m’avait refusé un contrat pro pour jouer avec le Dijon FC, en National 3 (NDLR : le CFA2 actuel). Et c’est juste avant le premier match de championnat que j’ai été victime de cet accident. Un véritable déclic, quand j’y pense… »
Huit ans et demi plus tard, alors que les supporters stéphanois viennent s’arracher aux guichets du stade Geoffroy-Guichard les derniers billets disponibles pour LA demi-finale que le chaudron n’en peut plus d’attendre (NDLR : ce reportage a été réalisé à Saint-Etienne le 3 février, veille du match contre Sochaux en Coupe de la Ligue), Nicolas Dyon ne veut plus regarder par dessus son épaule, regretter cette honnête carrière de footballeur qui s’est refusée à lui. « De toute manière, j’en avais marre. Et puis, même si je ne joue plus, je vis du football, de ma passion. C’est cela qu’il faut retenir… » Depuis un peu plus deux ans, l’étudiant passé par l’UFR-STAPS de Dijon, formé par Gilles Cometti, le directeur du Centre d’Expertise de la Performance et Georges Gacon, alors Maître de Conférences s’occupe de l’effectif professionnel de Saint-Etienne. Là où il s’était déjà fait les dents, au centre de formation, cornaqué par Christian Lariepe, son ancien entraîneur à Louhans, une fois son cursus universitaire (presque) achevé. Même que Robert Nouzaret, l’ancien taulier qui vient de rejoindre Montpellier, lui avait proposé de s’occuper des pros. Rudi Garcia, alors adjoint et qui est devenu depuis entraîneur du Dijon FCO, lui avait conseillé de saisir sa chance. « J’ai refusé », précise Nicolas. Trop tendre, selon lui. « J’avais besoin d’apprendre encore ».
Le Qatar, l’Ouzbékistan et Antonetti…
Ce qu’il n’a pas accepté lors de la saison 2000-2001, Dyon l’a saisi au vol en revenant du Qatar à l’automne 2001, où il avait inauguré avec quelques autres l’exil persique, devenu très à la mode depuis que les émirs sont dingues des Français. « Les dirigeants qataris m’avaient repéré à l’Etrat, le centre de formation et d’entraînement de l’ASSE lors d’un stage de leur sélection nationale. Je suis parti six mois là-bas, pour préparer l’équipe du Qatar qui participait au second tour des éliminatoires de la Coupe du Monde 2002 ». Le Qatar et son luxe ostentatoire, les stages à l’étranger, un salaire princier et quelques primes en dollars, un entraîneur bosniaque qui lui laissait carte blanche. Et puis les déplacements en Chine et à Dubaï, l’aéroport de Tachkent, capitale de l’Ouzbékistan quadrillé par des flics aux mines patibulaires « avec des flingues partout », le temps libre occupé par des heures au téléphone « à 14 balles la minutes » pour entendre la voix de sa copine restée en France ou à flamber quelques billets au casino de Doha, juste à côté de Sheraton « où j’ai habité durant tout mon séjour ». Le Qatar ne s’est pas qualifié pour la Coupe du Monde et Nicolas Dyon est revenu en France, assez vite pour qu’un coup de fil de Frédéric Antonetti l’arrache à une semaine en amoureux au bord du lac d’Annecy. « Il a demandé à me rencontrer. J’ai fait mon sac pour le voir à Saint-Etienne. C’était la fin de mes vacances, ma copine n’a pas trop fait la gueule… » Antonetti, qui vient d’arriver dans un club plombé par une descente en Ligue 2, des finances exsangues, l’affaire des faux passeports et une ambiance interne à couper au couteau, lui propose de s’occuper de la préparation physique des professionnels. « J’ai dit oui sans hésiter, alors que Frédéric n’avait jamais bossé avec un préparateur physique. Un jour, je lui demanderai pourquoi il m’a choisi… »
Aujourd’hui, Saint-Etienne vise ouvertement la Ligue 1. Le club rame derrière son histoire, assez pourtant pour faire encore rêver plusieurs générations de supporters. « C’est une ville de foot. Et j’aimerais vraiment connaître la Ligue 1 avec cette équipe ». Nicolas Dyon, qui s’astreint à n’avoir que des rapports professionnels avec des joueurs qui ont pour la plupart son âge, sera en fin de contrat fin juin. Comme son entraîneur, avec qui il aimerait poursuivre l’aventure. « A Saint-Etienne ou ailleurs. Avec lui, j’apprends beaucoup et je ne me vois pas travailler avec quelqu’un d’autre. C’est un raisonnement peut-être risqué, mais j’entends m’y tenir… ».
Revenir en haut de page


























