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Salauds de pauvres !

01/02/2004 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

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Depuis le 1er janvier, plusieurs centaines de milliers de français et donc de dijonnais sont concernés par le nouveau texte de réforme des droits à  l'assurance chômage, mais aussi par la mise en place du RMA, successeur annoncé du RMI. Une situation que les associations de chômeurs jugent catastrophique…

Les versements du RMI qui incombent à  la CAF ont été assurés normalement pour les deux premiers mois de l'année.

La durée d’indemnisation de certains chômeurs qui passe de 30 à 23 mois, le transfert progressif des allocataires du RMI vers le RMA (Revenu Minimum d’Insertion), et la réforme de l’Allocation Spécifique de Solidarité (ASS) prévue pour le 1er juillet prochain. Au moment où le président de la République martelait que « le progrès économique devait profiter à tous », la réalité a pris un tout autre sens pour les milliers de personnes concernées par une mesure qu’il serait difficile de ne pas cataloguer comme dramatique pour ses « heureux bénéficiaires ». Car, au nom de la réduction du déficit de l’UNEDIC (estimé à 3,7 milliards d’Euros), ce sont justement ceux qui sont déjà particulièrement défavorisés qui ont commencé à essuyer les plâtres depuis le début de l’année. « Cette réforme, ce n’est rien d’autre que le plus grand plan de licenciement jamais organisé en France », ironise Claude Ponsâa, président de l’association de défense des chômeurs Le Toit de Chôme à Dijon. « En Côte-d’Or, avec les nouveaux calculs des allocations, ce sont près de 2 000 personnes qui risquent de se retrouver sans ressources. A ce rythme-là, il ne faudra pas s’étonner de voir de plus en plus de gens sous les ponts. C’est la voie ouverte à l’explosion sociale. Le gouvernement veut limiter au maximum sa politique sociale pour faire plaisir à une catégorie plus aisée. Alors, que l’on ne vienne pas me parler du progrès économique qui doit profiter à tous ». Et d’insister sur « ces personnes déboussolées, qui ont déjà basculé dans le violence ou le vol parce qu’elles sont totalement démunies. Et j’ai bien peur que la situation empire rapidement ».
Cette situation, le Conseil Général de la Côte-d’Or estime l’avoir anticipée, du moins dans sa partie technique, puisque personne n’ignore que cette réforme oblige désormais les départements à gérer le RMI (il y a actuellement plus de 6 000 Rmistes en Côte-D’or). Le gouvernement, au nom de la décentralisation leur a hâtivement refilé le bébé sans trop s’encombrer de discussions préalables. Et si certains présidents de conseils généraux (droite et gauche confondues) ont tenté –en vain – d’inciter Jean-Pierre Raffarin d’attendre un an avant d’opérer le transfert aux départements du RMI, le Conseil Général de la Côte-d’Or s’était organisé pour faire face à cette nouvelle situation. « Depuis le mois de juillet, nous avons beaucoup travaillé, notamment avec les Caisses d’Allocation Familiale (CAF) et la Mutualité Sociale Agricole (MSA) », explique Dominique Blin, responsable du service de développement social et de l’insertion au Conseil Général.   « Nous avions un objectif, celui de permettre aux allocataires du RMI de percevoir les sommes prévues le 5 janvier puis le 5 février. Les versements ont été assurés et continueront à l’être ».

Au plaisir du recalcul

Le RMI sera financé définitivement au 1er janvier 2005 par la Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers (TIPP), et il ne serait donc pas étonnant que l’essence augmente de façon spectaculaire assez rapidement pour faire face aux besoins. Les chômeurs, qui possèdent aussi des véhicules, seront une fois de plus pénalisés. Selon le Toit de chôme, la réforme des duettistes Raffarin-Fillon devrait faire augmenter les bataillons de nécessiteux, puisque la prochaine mouture relative au calcul de l’Allocation Spécifique de Solidarité devrait concerner entre 300 et 500 personnes dans le département. « Cette application de la décentralisation donne du travail supplémentaire aux Conseils Généraux, et génère de nouveaux besoins. Nous avons embauché du personnel chargé notamment de gérer le RMA. Le président Louis de Broissia est très attentif à la bonne application de ce RMA », un RMA qualifié de « faveur concédée aux entreprises qui pourront employer des gens parfois qualifiés à un tarif ridicule », selon Claude Ponsâa.
La situation actuelle risquerait selon les pourfendeurs de cette réforme de devenir vite intenable et expédier dans les rues des personnes qui ne pourront bientôt plus payer loyer et factures. Dans d’autres départements, les services sociaux sont au taquet, puisque le système dit du recalcul qui déterminera si ces recalculés auront droit à quelque chose (RMI, ASS) n’est pas encore au point. « Cela pourrait arriver en Côte-d’Or », affirme Claude Ponsâa, qui prédit une affluence massive aux portes des services sociaux et autres Restos du cœur. Même que du côté du Conseil Général, dont le président est plutôt proche de l’UMP « et sensible à la situation », dixit Claude Ponsâa, on se dit prêt à faire face aux besoins « grâce à nos services sociaux », insiste Dominique Blin. Et même si « le système profite à une partie infime de tricheurs et de fraudeurs », explique-t-on à la mission RMI, autrement dit à quelques professionnels de l'oisiveté qu'il n'est pas inutile de secouer vigoureusement, cette réforme pénalise avant tout une majorité. Celle composée de ceux qui vivent une situation personnelle (santé, problèmes familiaux, faible niveau de qualification.) telle que leur place dans la société est fatalement difficile à trouver.
Une pauvreté endémique, une fracture sociale qui s’élargit, des chômeurs basculés au RMI et qui disparaissent donc des statistiques officielles : Jean-Pierre Raffarin parlait de se rapprocher de la  « France d’en bas ». Avec des mesures aussi spectaculaires, on a plutôt l’impression qu’il l’expédie un peu plus en bas…

 

 

François-Xavier Dugourd : L’assistanat n’est pas une solution »

«Tout d’abord, il faut se souvenir que ce dispositif est le fruit du dialogue social, puisqu’il a été adopté par l’ensemble des partenaires sociaux. Je crois qu’il fallait faire un effort au regard de la situation de l’UNEDIC. Cet effort a été partagé par les entreprises qui ont vu leurs charges augmentées, et par les demandeurs d’emploi, dont certains ont vu la durée de leurs allocations passer de trente à vingt-trois mois. Je comprends parfaitement que cette mesure puisse générer des inquiétudes chez les personnes concernées, mais personne n’est laissé sans ressources, puisque les demandeurs d’emploi visés par ce dispositif vont percevoir le RMI. Seulement, en France, on avait tendance à laisser se développer l’assistance systématique, et il me semble que la décision du gouvernement de favoriser un retour progressif à l’emploi via le RMA est une démarche constructive. Il y a en France des gens qui préfèrent rester au chômage plutôt que d’exercer une activité professionnelle, et je suis convaincu que l’assistanat n’est pas une bonne solution. Le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin a hérité d’une situation davantage orientée vers l’assistanat, comme ce fût la cas avec le dernier gouvernement socialiste, que vers le retour au travail. Le RMA a été institué pour justement permettre à des personnes qui ne travaillaient plus depuis plusieurs années de retrouver leur place progressivement dans le monde du travail, puisque le RMA est défini sur la base de 20 heures par semaine. Le fait d’exercer une activité professionnelle régulière aide à mieux trouver sa place dans la société. Je crois cependant que toute réforme doit être encadrée par un certain nombre de garde-fous sociaux. Personnellement, je suis persuadé que le gouvernement agit dans le bon sens, et que l’ensemble de ce s mesures, dont je peux comprendre l’impopularité aux yeux de certains, seront profitables au pays ».

Françoise Tenenbaum : « Une mesure qui favorise la précarité »

« Cette décision du gouvernement n’a pas d’autre effet que d’enfermer un peu plus dans la précarité des centaines de milliers de français, alors que le Président de la République parle sans cesse de réduire la fracture sociale et que le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin se voulait proche de la France du bas. Avec ce dispositif injuste, des milliers de français qui percevaient les allocations chômage vont devenir Rmistes. A Dijon, le CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) a versé en 2003 des aides en nette augmentation par rapport à 2002 à des personnes en grandes difficultés financières (par exemple, le CCAS a versé 22 052 € en 2003 pour aider ces personnes à régler leurs factures EDF-GDF contre 11 684 € en 2002). Cela est la preuve évidente que la politique sociale de ce gouvernement pénalise ceux qui sont les plus démunis, et pour qui la situation ne fait que se détériorer. Il y a de plus en plus de demandes effectuées par des personnes dont la situation financière est de plus en plus alarmante.  Il y a actuellement en Côte-d’Or plus de 6 000 personnes qui touchent le RMI. Avec ce dispositif qui tend à prouver que le gouvernement de Raffarin s’attaque davantage aux pauvres qu’à la pauvreté, nous nous attendons à Dijon et en Côte-d’Or à voir affluer de plus en plus de gens confrontés à la misère. Le gouvernement baisse les impôts sur le revenu, ce qui profite essentiellement aux classes les plus aisées, mais n’agit pas pour les plus démunis. Avec la suppression des emplois-jeunes, la réforme engagée contre les intermittents du spectacle et la chasse aux 35 heures notamment, le gouvernement s’est directement attaqué à l’emploi, alors qu’il est supposé le défendre. Comme d’habitude avec une telle politique, ce sont les plus modestes qui vont trinquer. Quant au RMA, ce n’est rien d’autre que de la main d’œuvre bon marché pour les entreprises, qui vont pouvoir très largement en profiter à moindre coût. Le RMA qui, au passage, ne permettra pas aux travailleurs de cotiser sur l’intégralité des heures effectuées. Une autre aberration de ce dispositif…. Il faut que ce gouvernement prenne conscience que les gens qui sont au RMI sont souvent confrontés à un problème social important, et que beaucoup aimeraient travailler. Et que personnellement, en tant que vice-présidente du CCAS (NDLR : qui est présidé par François Rebsamen en tant que maire de Dijon), j’ai remis des gens au travail. Il n’y a pas que des oisifs qui n’occupent pas un emploi, bien au contraire ».



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