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une ville toujours sous influence bourgeoise

01/02/2004 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Dolorès Charles

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1477, c'est la chute des Ducs de Bourgogne. Dijon devient une ville très importante pour le commerce. Placée sur la route des épices, la cité des Ducs accueille de grandes familles commerçantes. Depuis, Dijon reste symboliquement sous l'emprise de cette bourgeoisie artisanale.

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La fabrique Lejay-Lagoutte est installée à  Dijon depuis 1836.

Bref retour en arrière. Nous sommes au XVè siècle, en 1477, époque à laquelle la Bourgogne est rattachée à la couronne de France. La région devient moins menaçante vis-à- vis de l’Empire et le commerce s’empare alors de Dijon. Il est vrai que la ville est placée idéalement sur la route des épices. « Dijon et la Bourgogne vont profiter de leur position stratégique et géographique pour développer leurs commerces », indique la généalogiste professionnelle Martine Vedrenne. L’apogée économique arrive au XVIII et XIXè siècles avec l’essor du vin, de la moutarde et du cassis, trois produits nobles. C’est à cette époque que de grandes familles s’installent au cœur de la cité des Ducs.

La ville s’embourgeoise…

En 1836, la famille Lejay-Lagoute est à l’origine d’une fabrique de liqueurs et d’un entrepôt d’absinthe. Elle revendiquera cinq années plus tard la création de la célèbre crème de cassis, fidèle compagne du Bourgogne aligoté. Les établissements Pascal-Chapat, négociants en vins et originaires du sud de la France, investissent la cité dijonnaise en 1856. « De 1850 à 1950 », selon Jean-François Bazin, dans son ouvrage Le Tout Dijon, « la ville compte huit à douze fabriques de pain d’épice… Toutes regroupées de nos jours par Mulot-et-Petitjean ». Notez qu’à Beaune, les familles Patriarche et Latour créent leur entreprise de négoce en vins à la fin du XVIIIè. (cf : encadré).
Au début du XXè siècle, la première guerre mondiale et surtout la crise de 1929 provoquent la ruine de certaines familles, aux reins financiers fragiles comme les Etablissements Pascal-Chapat, installés aux 23-29 rue Vannerie. Terminés le grand train et les fêtes pour ces ex-nouveaux bourgeois, qui ont cru un instant « pénétrer l’ancienne aristocratie dijonnaise », explique Martine Vedrenne. D’autres familles, la majorité, sont elles restées et ont inscrit, depuis, dans le marbre leur notoriété sociale et renommée commerciale.
Depuis, rien n’a vraiment changé. « La ville  a conservé ce côté bourgeois sur le long terme », souligne André-Pierre Syren, directeur de la Bibliothèque Municipale de Dijon. Trois explications à cela. « D’un, Dijon a été moins bousculée par l’Histoire que d’autres villes françaises. De deux, elle n’a pas connu d’évènements majeurs, ni d’intenses mouvements de population. Et de trois, la ville n’a pas été marquée par l’industrialisation ». Le prolétariat y est quasi-inexistant. La puissance du secteur industriel remonte seulement à la fin du XIXè et au début du XXè siècle. Preuve de cette absence ouvrière, « la Bourse du travail de Dijon est tout à fait modeste pour une ville de cette taille », note Michel Visteaux de l’ICOVIL (*). Le renouvellement des élites s’est donc fait par reproduction naturelle, préservant prospérité économique et statut social. Dans l’histoire récente, la longévité des  « règnes » de Félix Kir et Robert Poujade ont favorisé l’immobilité sociétale de Dijon.

La richesse dans les cantons viticoles

Nouvelle bourgeoisie égale richesse. Le rapprochement est un peu facile mais une étude récente de l’INSEE démontre une certaine connivence entre ces deux « mondes ». D’après ce rapport paru en décembre dernier sur les revenus des Bourguignons, on observe que  les plus élevés se retrouvent dans les cantons péri-urbains résidentiels et … viticoles. « Ainsi, la ville de Dijon affiche un revenu fiscal médian certes élevé (15 500 euros**) mais moins bien que les cantons qui l’entourent comme Fontaine-lès-Dijon (18 300 euros) […] Par ailleurs, …le seuil de hauts revenus dépasse 33 000 euros par unité de consommation dans les cantons de Fontaine-lès-Dijon et Beaune-Nord ». Pour Chantal Berthier, auteur de l’étude, « Dijon répond au schéma traditionnel d’urbanisation du territoire, plus marqué dans les grandes agglomérations. Les personnes aisées s’installent dans les banlieues résidentielles, en périphérie. Tandis que la ville centre, mieux pourvue en logements sociaux et HLM, accueille les personnes plus âgées, ménages en difficulté et jeunes ». Et dans cette optique réduite et simplifiée des riches cantonnés en périphérie et dans les vignobles, Dijon peut ainsi être assimilée à Bordeaux.

La Bourgeoisie, ça se paie

Truffée d’hôtels particuliers, l’Hôtel de Vogüe, Legouz-de-la-Berchère, Le Compasseur, Bouchu, Bouhier-de-Lantenay (actuelle préfecture), etc… et marquée par la splendeur architecturale du Palais des Ducs et des Etats de Bourgogne, inspiré par Jules Hardouin Mansart, un des maîtres d’œuvre de Versailles s’il vous plait (!), la cité des Ducs a le juste revers de la médaille. L’immobilier y est plus cher qu’ailleurs. La richesse du patrimoine civil et du secteur sauvegardé fait grimper les prix de la cité.   « Et ne fait que renforcer   l’image bourgeoise, ou plutôt conservatrice de Dijon. Le sens du mot bourgeois ayant un côté parfois péjoratif », remarque Michel Visteaux.
Autre côté noble et pourrait-on dire insolite de la ville, son campus. D’après la généalogiste Martine Vedrenne, « l’université de Bourgogne est connue et réputée pour ses filières en droit et notariat, des matières liées à la bourgeoisie et à la noblesse ».

Bourgeoise hier, conservatrice aujourd’hui

L’histoire, l’architecture, les mentalités, la population méfiante et difficile à intégrer font de Dijon une ville qui reste sous influence bourgeoise. Et même si la cité affirme sa modernité avec notamment le parc technologique de la Toison d’Or, elle conserve des atouts nobles. Et les entretient. Ne serait-ce que pour attirer les touristes. Qui n’est pas admiratif devant le secteur sauvegardé ? C’est un argument de vente ? Pas tout à fait pour Didier Martin, président de l’office de tourisme de Dijon, qui préfère séduire les touristes en leur parlant de       « gastronomie locale, art de vivre et de mixité sociale du centre-ville ».
L’arrivée du chemin de fer avait à l’époque entraîné Dijon sur les rails de la modernité avec l’essor de l’industrie. L’aboutissement de la liaison TGV Rhin-Rhône à venir pourrait exhorter Dijon à laisser sur le quai son âme … disons conservatrice.



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