La campagne électorale : une passion avant tout
01/03/2004 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Dolorès Charles

J moins 4. A quelques jours des élections régionales et cantonales en Bourgogne, l’heure est au dépoussiérage des urnes. Huit candidats en lice. Parmi eux, l’UMP Jean-Pierre Soisson, président sortant du Conseil Régional, réélu en 1998 grâce aux voix du Front National, l’UDF François Sauvadet, le candidat d’Union à Gauche François Patriat et Pierre Jaboulet-Verchère, le représentant du Front National. De sensibilité politique distincte, ces quatre candidats ont un point en commun : « rafler » le maximum de suffrages au premier tour afin d’atteindre le second. Et pour y parvenir, tous n’utilisent pas les mêmes ficelles lors de la campagne électorale.
Une campagne de pro-xi-mi-té
Par manque de notoriété ou envie de prendre l’air politique avant les autres, certains sont partis en campagne en avance, dès la fin de l’année 2003. C’est le cas du candidat PS-PC-PRG-Verts, François Patriat. Selon son attachée de presse, Clarisse Guyonnet, « François anime une réunion publique par jour. Il est en général le lundi en Côte-d’Or, les mardi et mercredi en Saône-et-Loire, le jeudi dans l’Yonne et le vendredi dans la Nièvre. » Soit 500 kilomètres par jour. Une campagne fatigante, « de proximité ». Un qualificatif à la mode cette année. Tous les candidats et leur équipe n’ont que ce mot à la bouche, « pro-xi-mi-té ». A croire qu’aux dernières élections, ils faisaient campagne depuis leur bureau ! Proximité, c’est aussi le leitmotiv de l’UMP. Depuis le 23 février, date officielle de son entrée en campagne, Jean-Pierre Soisson occupe le terrain. Pour lui, « une campagne doit être avant tout marrante », glisse son directeur de campagne, Jean-François Dodet, dont le rôle est entre autres d’organiser les sorties, de mobiliser les militants et de coordonner l’équipe du candidat. Un staff constitué d’une dizaine de personnes sympathisantes. A la permanence de François Patriat, le « staff » se réunit tous les lundis matins. Il s’agit de se creuser les méninges pour informer les citoyens du programme de « Fanfan », du nouveau mode de scrutin et des compétences encore méconnues du Conseil Régional. Et là, à droite comme à gauche, une solution s’impose : les médias. Mais faut-il encore les séduire car le politique n’est pas très vendeur (faute avouée à moitié pardonnée !). « Nous sommes obligés de créer de l’événement pour intéresser les médias locaux. Nous avons par exemple envoyé 500 000 exemplaires d’un questionnaire aux Bourguignons afin de connaître leurs aspirations. Une information marketing, relayée dans la presse », indique Clarisse Guyonnet. Mais en terme d’impact, c’est la couverture de l’Express, placardée dans toutes les villes de la Bourgogne, qui a le mieux fonctionné. Le magazine mettait en opposition le socialiste Patriat et l’UMP Soisson. « Cela a permis aux gens de visualiser la gauche et la droite en Bourgogne et nombreux sont ceux venus à la permanence pour se renseigner à la suite de cette parution ». Le pouvoir de l’image
médiatique.
La flamme du Front National
Au Front National, la réunion publique ne fait pas vraiment partie de la stratégie offensive. Franck Gaillard, en cinquième position sur la liste de Pierre Jaboulet-Verchère, n’y trouve pas beaucoup d’utilité. « Les personnes qui assistent aux réunions publiques sont souvent des militants, déjà convaincus. […] La solution du FN coule de source, vu que la politique de droite s’auto-détruit et que celle de gauche est inexistante ». Et toc ! La campagne c’est aussi des tacles verbaux à l’encontre de ses adversaires.
Si la communication du Front National reste peu ou prou discrète sur le terrain, humainement parlant, le parti compte sur sa campagne d’affichage pour marquer des points. Objectif : faire du 21 mars un 21 avril bis (*). « L’important sur une affiche », explique Franck Gaillard, « n’est pas le slogan, mais notre emblème (NDLR : la flamme tricolore) et le nom de notre candidat. Un message marketing, simple et direct ». A l’UMP, les slogans « 100% Bourgogne », « La Bourgogne au cœur » sont le résultat d’une décision collégiale. « Il fallait montrer l’enracinement de Jean-Pierre Soisson à la Région », argumente Frédéric Rousse, directeur de communication. D’autres ont préféré voir les choses en grand. François Sauvadet, proche de François Bayrou, n’a pas hésité à s’afficher en 4 par 3 sur les panneaux publicitaires de la région pour faire connaître ses ambitions régionales dès la fin 2003. L’UMP y voit un manque de notoriété à contrecarrer. « Jean-Pierre Soisson n’a pas besoin de ça ! », tranche son dircom.
Euphorie, doute et attente …
De loin, la campagne électorale apparaît comme une période d’affrontement politique. De l’intérieur, elle est une alternance de moments de joies, de doutes, de déceptions. Pour le directeur de campagne de l’UMP, « tous les moments forts de la vie y sont réunis ». « Elle est faite de hauts et de bas. Quand ça va mal, quand le doute s’installe, il y a toujours quelqu’un pour remonter l’autre ». Même son de cloche au PS. « Parfois, je me dis qu’on ne peut pas perdre en regardant notre programme, et parfois… […] Le doute alimente l’espoir et la passion ». Côté chiffres, le FN table en Bourgogne entre 20 et 28% de suffrages au soir du premier tour, et promet un difficile report des voix de droite pour le second. Verdict les 21 et 28 mars…
Revenir en haut de page






























