Société

QUOI MA GUEULE ?

01/03/2004 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

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Le problème du logement n'est pas uniquement la conséquence d'une offre insuffisante par rapport à  la demande, ou aux exigences grandissantes d'agences ou de propriétaires. Le fléau de la discrimination raciale existe, mais dans des proportions souvent difficiles à  évaluer, faute de preuves…

La discrimination raciale fait chaque jour son lot de victimes.

A l’entrée des boîtes de nuit, sur le marché de l’emploi, dans l’immobilier, la discrimination raciale, traduction politiquement correcte de « délit de faciès » ou de « délit de sale gueule » fait chaque jour son lot de victimes. La plupart restent anonymes, souvent confrontées au manque de preuve. Et le sujet dérange, forcément. Dans l’immobilier comme ailleurs, l’aborder n’entraîne souvent que des refus polis au mieux, effarouchés parfois du genre « mais monsieur, cela n’existe pas dans notre profession ! »
A voir…Un agent immobilier dijonnais, qui préfère conserver l’anonymat aurait plutôt tendance à affirmer le contraire. « Attention », prévient-il. « Cela reste assez rare, mais que l’on ne vienne pas me dire qu’il n’y a pas des agences ou des propriétaires qui refusent de louer à des candidats parce qu’ils sont blacks ou maghrébins. J’ai même vu des gens demander à leurs agents immobiliers de ne pas vendre leur bien à des acheteurs dont les noms ne sonnaient pas bien français, alors que ces candidats présentaient toutes les garanties nécessaires. Déjà que certains savent que la couleur de leur peau risque d’entraîner un refus…» Et la majorité des personnes refoulées à cause de la couleur de leur peau préfèrent ne pas porter plainte ou avertir des organisations de défense des droits de l’homme faute de preuve, ou tout simplement à cause de la honte qu’un tel affront peut provoquer. « Les choses tendent à évoluer très lentement », explique Samuel Thomas, vice-président de SOS Racisme à Paris. « Récemment, un jugement a été rendu en faveur d’une personne française d’origine algérienne vivant en Côte-d’Or et qui s’était renseignée sur un appartement à louer. Tout allait bien jusqu’à ce que la propriétaire demande le nom de cette demoiselle. En l’entendant, elle a dit que son logement était loué. Deux jours plus tard, mademoiselle Zitouna I… a demandé à une amie au patronyme bien français de téléphoner à cette même propriétaire. Et celle-ci à répondu que son logement était libre… »

La méthode du testing se développe

Sur la foi d’un témoignage recevable et une fois la plainte déposée, l’enquête à réussi à prouver que la candidate locatrice avait été effectivement victime d’un cas de discrimination avéré. « La propriétaire a été condamnée à une amende et à verser des dommages et intérêts à la plaignante. A SOS Racisme, nous travaillons sur plusieurs procédures dans d’autres villes », précise Samuel Thomas. La méthode dite du testing, aujourd’hui validée par les tribunaux, commence à se développer.  A Dijon, Marie-Dominique Jourdes, directrice de l’ADIL 21 (Centre d’Information sur l’Habitat), n’a pas connaissance de cas avérés. « Nous savons que cela existe, mais il y a relativement peu de remontées d’informations. Parfois, des personnes nous contactent en précisant qu’elles avaient eu l’impression que, du fait de leur origine, le logement pour lesquelles elles postulaient n’était d’un seul coup plus disponible. Souvent, les gens qui se font refouler avec ce sentiment de discrimination préfèrent passer à autre chose et poursuivre leur recherche de logement ». Et à l’idée reçue – et parfois entendue – avançant comme une certitude l’hypothèse d’une certaine couche de population infestée de mauvais payeurs, Samuel Thomas balaye l’argument en invoquant une enquête de la Caisse d’Allocations Familiales (CAF) qui démontre que ceux-ci ne sont pas toujours ceux que l’on croit.
Bien sûr, comme l’explique Jean Perrin, président de la Chambre des Propriétaires, « chacun est libre de pouvoir choisir la personne à qui il va louer son logement. Mais il ne faut pas que cette décision puisse être fondée sur les seuls critères raciaux Nous avons eu quelques cas pour lesquelles nous demandons les sanctions légales ». Et Samuel Thomas fait aussi référence à ses syndicats de copropriété qui font pression sur des propriétaires, « afin que    ceux-ci ne louent pas leurs logements à des personnes étrangères ou d’origine étrangère ».
A cela s’ajoute parfois une discrimination financière qui touche essentiellement les jeunes. « Déjà que ce n’est pas toujours facile pour des jeunes qui s’installent, et surtout s’ils débutent dans la vie professionnelle », soupire Marie-Dominique Jourdes. Certains propriétaires, en plus des deux mois de garantie et du loyer du mois en cours, poussent même l’exigence jusqu’à demander deux cautions solidaires à des candidats locataires qui ont des salaires assez élevés. « Bien sûr que cela est courant. Alors, imaginez si le candidat ne s’appelle pas Dupond… » ironise l’agent immobilier, qui, s’il rappelle les devoirs du locataire, insiste aussi sur ces propriétaires qui « devraient avoir plus d’obligations vis-à-vis des locataires ». En clair, plus un appartement sera vétuste (NDLR : et on peut facilement trouver quelques taudis à des loyers prohibitifs à Dijon, nous en avons eu la confirmation), plus les locataires risquent d’être peu fiables. « Et cela concerne toutes les catégories de population », reprend le même agent immobilier. « Parfois, les agences tentent d’arrondir les angles. Il ne faut pas dramatiser la situation, mais le racisme existe dans notre profession comme dans d’autres… ».



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