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«â€‚Les sapeurs-pompiers, j’écoute… »

01/04/2004 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

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Les sapeurs-pompiers bénéficient d'une bonne image auprès d'une population qui fait de plus en plus souvent appel à  eux. Ce métier risqué, qui n'est paradoxalement pas reconnu comme tel par l'Etat suscite curiosité parfois, admiration souvent. Un pompier n'est plus seulement un combattant du feu. L'évolution de la société a largement élargi une mission dont la vocation sociale n'est pas prête de s'atténuer…

Sapeurs pompiers
Une intervention banale pour les sapeurs-pompiers : une personne à¢gée victime d'un malaise.
Alerté par une fumée suspecte dans un appartement du quartier Victor Hugo, les pompiers de la caserne du Tranvaal déploient la grande échelle.
En 2003, les pompiers dijonnais sont sortis à  11 800 reprises.

A grands renforts de deux tons, l’ambulance est arrivée en à peine cinq minutes rue Condorcet, devant un troquet, pour répondre à un appel* signalant un malaise. La victime, un homme d’une cinquantaine d’années, se tient debout, et son penchant prononcé pour le pastis se devine aisément à sa démarche incertaine et à une couperose prononcée.    « C’est une alerte légère, mais il faut se déplacer », explique le caporal Deschamps. « Cette personne sera en tout état de cause conduite au SAMU, puisque c’est le médecin régulateur qui prend le décision de faire examiner la victime. Et comme il s’agit de prendre le moins de risques possible… » Ce type d’intervention, communément appelée secours à victime, représente la part la plus importante de l’activité des deux cents vingt pompiers professionnels dijonnais répartis entre la caserne de la rue du Transvaal et celle de Fontaine-les-Dijon. « Ces deux casernes se partagent Dijon et couvrent quarante-six communes », précise le capitaine Chambrey, responsable du Centre de Secours Principal de Dijon. « Et aujourd’hui, nous intervenons beaucoup plus sur le secours à victimes ou sur des problèmes de fuites d’eau et des pannes d’ascenseurs que sur des incendies, notamment parce que les normes de sécurité s’améliorent… »
Les incendies, les pompiers su Transvaal viennent justement de s’en farcir en ce mercredi pluvieux de la fin du mois de mars. Pas un simple feu de friche, mais plutôt des feux volontaires allumés la nuit précédente dans le quartier de la Fontaine d’Ouche pendant de graves incidents entre des bandes rivales. « Des voitures, des poubelles, bref, que du grand classique… », évoque ce pompier qui n’oublie pas de préciser que quelques abrutis en profitent pour caillasser tout ce qui porte un uniforme. « Tous les jours, nous sommes confrontés à des situations très variées. Et beaucoup prennent une réelle dimension sociale », reprend le caporal Deschamps, en donnant ces multiples exemples d’agressions sur la voie publique ou comme celle constatée le matin même par une femme tabassée par son mari. « On touche du doigt la réalité, et on se rend compte que le quotidien de certaines personnes est très difficile ». Des personnes jetées en pâture à la solitude où à l’indifférence du voisinage, les pompiers en rencontrent presque quotidiennement, et pas seulement quand la canicule sévit.         « Des personnes âgées surtout », ajoute-t-il en arrivant dans l’appartement d’une octogénaire victime d’un malaise (NDLR : pour procéder à une ouverture de porte, les pompiers doivent être obligatoirement assistés par la police). « Là, une voisine s’est inquiétée, mais dans la société urbaine, c’est un peu chacun pour soi. Et puis, il y a des cas où l’on se rend compte que les gens ont tendance à se déresponsabiliser. Ils appellent parfois pour une fuite d’eau minime, et quand nous arrivons, ils regardent la télé en attendant que l’on essuie par terre… »

Formés à tous types d’interventions

L’image des pompiers-héros est toujours aussi bien ancrée dans l’imaginaire collectif. Et la profession s’est diversifiée, obligeant ces professionnels du feu généralistes à acquérir au moins une spécialisation. « La formation du pompier est en nette amélioration », insiste le Capitaine Moutard, capitaine de la caserne Dijon Nord. « Parce que nous devons être réactifs sur tous types d’interventions. Secours à victimes, incendies, ouvertures de portes, accidents de la circulation à partir du moment où il faut désincarcérer des personnes – en prenant d’infinies précautions car le moindre mauvais geste peut-être fatal – font partie des interventions classiques. Mais désormais, avec la chimie ou la radioactivité par exemple, nous devons parfois travailler sur des sites très spécifiques. Et cela demande formation et entraînement », poursuit-il au moment ou les manœuvres matinales, consacrées à l’utilisation de nouvelles pompes à mousse se terminent juste avant qu’une douzaine de pompiers se dirigent vers le gymnase d’un collège tout proche pour y disputer un match de football en salle, « le sport le plus pratiqué lors des séances de sport qui sont quotidiennes », s’amuse le capitaine Moutard.
Ce soir, en attendant peut-être de repartir vers la Fontaine d’Ouche éteindre ces feux de joie qui n’amusent plus personne, les pompiers sont intervenus dans le quartier Victor-Hugo pour une fumée suspecte s’échappant d’un appartement. Derrière une porte forcée, le corps d’une femme d’une quarantaine d’années déjà atteint par la rigidité cadavérique repose sur le lit, au milieu d’un désordre reflétant un indicible dénuement. L’odeur de la mort, mêlée à celle des dernières fumées, indispose. Pendant que les policiers questionnent le voisinage, qui s’était pourtant plaint « d’une musique diffusée à pleins tubes les trois jours précédents la triste découverte », et alors que débutent le premières recherches pour établir les causes du décès, les pompiers du Transvaal et ceux de Dijon Nord regagnent leurs casernes. « A partir de 18 heures, les gens rentrent chez eux, et c’est à partir du début de cette tranche horaire que nous sommes en général le plus souvent appelés », conclut le caporal Deschamps. Avec, peut-être, cette dose d’adrénaline qu’ils espèrent tous secrètement. « C’est un métier stressant, parfois éprouvant nerveusement. Parce que nous voyons des choses dures, pénibles. L’aspect psychologique est davantage pris en considération ». Même si, souvent, le pompier a tendance à beaucoup intérioriser ses sentiments…

Que des professionnels à Dijon

Les sapeurs-pompiers, qui dépendent du Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité Civile, n’effectuent pas, du moins selon l’implacable logique statutaire, une profession à risque(s). Cette curiosité a été au centre du mouvement de grève orchestré par les syndicats au mois de mars, en même temps que l’inévitable question des retraites qui est actuellement fixée à 60 ans (pré-retraite à 55 ans). De fait, si la profession de sapeur-pompier devait être reconnue comme dangereuse, l’âge de la retraite serait automatiquement fixé à 50 ans.
A Dijon, tous les pompiers répartis dans les deux casernes sont professionnels. La caserne du Transvaal compte 108 opérationnels, alors que celle de Dijon Nord, construite il y a 20 ans à Fontaine-les-Dijon, en compte 72, alors que 10 sont hors-rang. « Cela représente au total 180 pompiers entièrement opérationnels », précise le Capitaine Chambrey. Vingt-quatre véhicules sont disponibles au Transvaal, contre dix-huit à Dijon Nord . Les autres centres de Secours Principaux (Beaune, Montbard, Châtillon-sur-Seine) sont composés de volontaires, hormis à Beaune, où les effectifs sont mixtes.
 



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