BASKET : Nicolas Faure : «â€‚Il faut profiter de cette dynamique »
01/04/2004 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

GDD : Nicolas, vous qui savez conserver une attitude toujours neutre, le vernis a craqué le soir de la victoire contre Le Mans lors de la Semaine des As. On vous a vu pleurer de joie à la télé…
NF : Mais c’était de la science-fiction ! Honnêtement, qui pouvait penser que nous allions remporter ce trophée qui fait partie des plus prestigieux du basket français ? Avant d’aller à Mulhouse, je pensais que l’on pouvait battre l’ASVEL. Mais Pau-Orthez, contre qui Dijon n’a jamais vraiment réussi ? A chaque match, c’est passé à la limite. Cette victoire est aussi celle du mental, de l’envie, de la volonté. Alors oui, quand nous avons battu Le Mans, qui est tout de même leader de Pro A, à la fin du match, j’ai craqué. Et c’est vrai que si j’ai toujours une attitude assez posée après les matches, c’est parce que le métier d’entraîneur est ainsi fait qu’il ne faut pas se prendre pour un autre après trois victoires ou considérer que l’on est bon à jeter aux chiens après trois défaites. D’ailleurs, avant les As, on sortait d’une période plutôt difficile.
Et la même semaine, vous avez remporté un second trophée avec la Conférence Ouest de la Coupe FIBA…
Pendant une semaine, malgré l’accumulation de matches, les voyages et la fatigue, les mecs ont répondu à mes attentes. Ils n’ont rien lâché. J’ai vu de vrais pitbulls, des joueurs qui avaient envie. C’est vrai qu’il m’était arrivé de leur reprocher de parfois manquer de combativité lors de certains matches, de ne pas assez s’accrocher. Les leaders, je pense à Morlende, Bernard, Barrett, Monnet – lui, il a carrément été exceptionnel à Mulhouse – ont joué leur rôle. D’ailleurs, tout le monde a été à la hauteur. Ce que nous avons réalisé, ce n’est quand même pas mal pour une équipe que la presse spécialisée voyait terminer vers la onzième place en début de saison.
Cela vous avait agacé, on dirait…
Mais non ! A la limite, ce classement virtuel répondait à une certaine logique. Les journalistes tenaient compte du budget du club, mais aussi de l’effectif qui n’est pas le meilleur de France.
Il y a quand même pas mal d’internationaux dans votre effectif…
Mais il y en a dans tous les clubs, des internationaux. Avant le début du championnat, en voyant notre recrutement, les spécialistes nous voyaient dans la seconde partie du classement. Vato, un Géorgien qui venait du Portugal et que personne ne connaissait, cela en a fait marrer plus d’un. Barrett n’avait jamais évolué dans un gros championnat, et le Canada n’est pas l’équipe la plus réputée au monde. Moi aussi, je partais dans l’inconnu. Je connaissais seulement les joueurs avec qui j’avais travaillé pendant quelques mois. Et il y a eu plusieurs départs… On a peut-être un peu joué sur l’effet de surprise pendant la semaine des As. Mais cela n’explique pas tout. J’ai un groupe qui a prouvé sa valeur.
Vu l’enchaînement des matches, vous avez trouvé le temps de savourer ces victoires ?
Pas vraiment. A peine les As terminés, il a fallu repartir sur Hyères pour la Coupe FIBA. Puis le championnat, la Coupe de France, la Turquie pour le Final Four de la FIBA…
Justement, il paraît que vous avez assez mal digéré la défaite en finale face à Weissenfels…
Ah oui, plutôt…J’avais un peu les boules, parce qu’entre ce que nous avons montré le samedi face aux Turcs d’Izmir dans leur salle, avec un public très chaud et le lendemain contre les Allemands, il y avait un monde. Je crois tout simplement que nous avons jouer la finale avant de la disputer. On avait oublié nos valeurs.
« La saison 2004-2005 sera une saison charnière »
Peut-être était-ce du à la fatigue ?
Je ne suis pas d’accord ! Quand on a la chance de disputer une finale de Coupe d’Europe, personne ne doit être fatigué. Je veux bien qu’il y ait eu un sentiment de lassitude. Les Allemands aussi jouent beaucoup, et ils n’étaient vraiment pas fatigués ce jour-là… C’est dommage, parce qu’un Final Four, ça a une certaine gueule dans un palmarès.
Pendant plusieurs semaines, vous avez été hyper médiatisés. Dans une ville comme Dijon, qui est plutôt calme, cela change un peu la vie, non ?
Moi, à part le palais des Sports et mon domicile, je ne vois pas grand-chose en ce moment. Je ne fréquente pas trop les bars ou les restaurants. Et quand je fais mes courses ou que je promène dans la rue, personne ne m’interpelle. Mais je sens bien parfois que des gens me reconnaissent, et c’est assez normal. Il y a presque 5 000 personnes à chaque match ici, il y la presse locale, la télé locale, et je pense que la JDA est l’un des clubs dont les matches sont les plus diffusés sur TPS. A force, ma tronche est devenue presque familière…Pour les joueurs, je ne sais pas si cela a changé quelque chose quant à leur notoriété. On peut le supposer…
Et l’image de la JDA dans le basket français a-t-elle changé depuis cette semaine un peu folle ?
Oui. Et on le perçoit dans le comportement des officiels et des arbitres notamment. Aujourd’hui, nous ne sommes plus considérés de la même façon. Il y a sans doute davantage de respect. Avant, on nous considérait comme une assez bonne équipe, mais qui n’avait rien gagné à part une Coupe de la Ligue il y a dix ans, et qui n’avait jamais dépassé un quart de finale de Coupe d’Europe. Et là, en une semaine, on gagne deux coupes. Forcément, cela interpelle.
Et si vous négociez bien votre match contre Nancy au palais fin avril (NDLR : cet entretien a été réalisé la veille du match à Vichy le 10 avril), vous jouerez les play-offs…
Oui, et cela serait une bonne chose d’y participer et de se faire encore remarquer, de prouver que ce que nous réalisons cette saison n’est pas le fruit du hasard. Car je suis formel là-dessus, nous réalisons une bonne saison.
Pour votre première saison complète comme entraîneur, vous faites fort. Et vous n’avez que 31 ans. A cet âge-là, ce n’est sans doute pas évident d’obtenir la confiance de joueurs qui ont pour certains dépassé la trentaine…
Il ne faut pas oublier que ce sont eux qui m’ont coopté quand Alain Thinet a quitté la JDA… Ceux qui étaient là la saison dernière me connaissaient en tant qu’adjoint, ils avaient déjà une idée sur ma façon de travailler…
Justement, vous pensez avoir un groupe facile à gérer ?
Disons que l’on essaie de le rendre facile à gérer. C’est comme partout, il y a des conflits. Moi, je suis pour travailler en bonne intelligence, et non pas pour faire le flic toutes les cinq minutes.
La saison actuelle n’est pas encore terminée qu’il faut déjà travailler sur la prochaine. Plusieurs joueurs sont en fin de contrat (Hamm, Barrett, Little, Lauwers, N’Dong et Bernard), et Morlende a envie d’ailleurs. Et vous allez participer à la Coupe ULEB, qui est d’un autre niveau que la Coupe FIBA…
Il y aura des mouvements, c’est inévitable. Et nos récentes performances ne sont pas passées inaperçues. Certains de nos joueurs seront certainement contactés par des clubs huppés. C’est la loi du marché. D’autres vont partir, et ils seront remplacés. Quant à Morlende, il ne faut pas oublier qu’il est toujours sous contrat avec nous. Pour moi, la saison 2004-2005 sera une saison charnière. Elle doit nous installer parmi les six meilleures équipes françaises, et cela de façon durable. Il faut profiter de la dynamique actuelle. Faire comme Gravelines ou Le Mans par exemple. Et puis, nous allons disputer la Coupe ULEB, avec des poules de huit équipes. C’est une Euroligue bis, cette compétition. On ne joue plus des Islandais ou Fribourg, mais le Real Madrid ou de bons clubs russes. Maintenant, nous ferons avec nos moyens, en gardant nos valeurs. Mais avant tout, on va finir cette saison, essayer de bien figurer lors des play-offs si nous y participons. Tout va venir très vite…
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