Société

Bourgogne : Nouveau berceau des théoriciens de l’islamisme ?

01/04/2004 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Emmanuel Razavi

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Dans une déclaration faite récemment à  la presse, Gilles Leclerc, Directeur de l'Unité de Coordination de la Lutte Antiterroriste affirmait il y a quelques mois que “La France reste une cible pour d'éventuels attentats terroristes”. Un point de vue qui en surprendra plus d'un lorsque l'on sait à  quel point la France a composé avec les mouvements islamistes, allant jusqu'à  leur permettre d'installer en toute légalité des centres de formation, comme à  Saint-Léger de Fougeret dans la Nièvre, dont les membres comptent de nombreux sympathisants au sein de la capitale bourguignone.

"Le renouveau islamique" de Tariq Ramadan achetée par notre journaliste à  Dijon. Sur la jaquette, une photo du World trade Center!

Si Marianne se retourne dans sa tombe à l’idée que la patrie des Droits de l’Homme héberge en son sein des islamistes radicaux, la raison en est que les élus français, marqués par les terribles attentats perpétrés à Paris depuis 1986 par le Hezbollah et le GIA font tout pour éviter que la catastrophe ne se reproduise. Mais de là à se fourvoyer, il n’y a qu’un pas. C’est ainsi que depuis 1990, la France, forte de son exception culturelle, héberge en Bourgogne un centre d’études islamique – le plus important d’Europe – qui a vocation à former imams et autres futurs cadres de « l’Islam de France ». A l’origine de sa création, la très contestée Union des Organisations Islamiques de France, représentante de l’Union des Organisations Islamiques d’Europe dans l’Hexagone. Rien à dire à cela si ce n’est que l’Institut Européen  des Sciences Humaines -IESH- a souvent défrayé la chronique. Il fut en effet soupçonné d’avoir partie liée avec l’Arabie Saoudite et s’est retrouvé plus d’une fois sous la haute surveillance des Renseignements Généraux. Certains de ses membres ont en effet été « suspectés » de se réclamer de la philosophie d’ organisations fondamentalistes telle que celle des Frères Musulmans, un mouvement fondé par Hassan el Banna en Egypte en 1927, loin d’être réputé pour sa croyance dans les vertus de la démocratie occidentale. D’autant que c’est cette même organisation des Frères Musulmans qui est à l’origine de la création du Hamas en Cisjordanie, peu avant la première Intifada en 1987…Un détail que la France semble oublier. Loin de refaire l’Histoire de « l’Islamisme de France », il est intéressant de se pencher sur le cas de ce centre d’études installé en plein cœur de la Bourgogne, à Saint-Léger de Fougeret… Non que ses dirigeants se soient pris de passion pour le délicieux nectar que produit la région des ducs. La réalité est beaucoup moins bucolique. L’IESH est, loin du monde citadin, à l’abri des regards indiscrets. Bien sûr, nul n’ignore que c’est à l’origine Danièle Mitterrand qui pesa de tout son poids pour que ce centre s’installe sur les terres d’élections de son époux. Mais avait-elle si peu de clairvoyance qu’elle imaginait que l’IESH n’abriterait en son sein que des chantres de la philosophie des lumières ? L’IESH qui, selon son règlement, demande à ses étudiants « d’avoir une pratique religieuse rigoureuse se donne pour mission de former des imams et des éducateurs pourvus à la fois d’une connaissance religieuse musulmane et d’une compréhension des réalités européennes ainsi que des enseignants pourvus d’une culture Islamique et maîtrisant la langue arabe tout en sachant parler au moins une langue européenne ». Dernier point, l’entraide recommandée    « avec les universités et les structures enseignantes similaires, qu’elles soient implantées en Europe ou dans le monde musulman (*) ». A priori rien de répréhensible, si ce n’est une vision de la laïcité républicaine pour le moins surprenante qui peut amener à se poser des questions, compte tenu de la période troublée dans laquelle nous vivons.
Un islamisme théoricien
Toujours est-il qu’aujourd’hui, à l’instar d’autres régions comme le Nord de la France, la Bourgogne devient un foyer du fondamentalisme islamique. Si l’on doit considérer que l’ensemble de la communauté des musulmans est très bien intégrée dans cette ville, il n’en demeure pas moins que des débordements existent. Un certain nombre de jeunes français d’origine maghrébine formés dans l’agglomération dijonnaise ont pu se diriger sur la Tchétchénie ou l’Afghanistan pour y rejoindre -entre autres- les combattants de la légion arabe. Doit-on rappeler que l’un des geôliers afghans de notre confrère de Paris Match, Michel Peyrard, avait transité par la capitale bourguignonne ? Sans compter l’apparition à Dijon d’une librairie islamique dans laquelle on trouvait il y a encore peu de temps les prêches de Tariq Ramadan (**) – qui n’est autre que le petit fils d’Hassan El Banna – idéologue islamiste né en 1962 à Genève, dont les cassettes aux noms évocateurs tels que  Le Renouveau Islamique  (on peut se les procurer pour 3 euros en toute légalité) font aujourd’hui un tabac. A noter au passage que Tariq Ramadan, déjà interdit de séjour en France en 1995, fut également soupçonné en 1999 par la police espagnole d’entretenir des « contacts habituels » avec  Ahmed Brahim, un algérien emprisonné en Espagne en avril 2002, ce dernier ayant été soupçonné d’être l’un des financiers du mouvement Al-Qaïda !
« Le terrorisme intellectuel et le politiquement correct forment une nouvelle menace »
Mais la Bourgogne n’est qu’une illustration de ce qui se passe actuellement en France. A savoir l’installation et l’organisation de réseaux théoriciens dans les provinces françaises. Car les fondamentalistes ne peuvent espérer répandre leur discours en ne restant concentrés qu’à Paris. A ce titre, les responsables de l’Union des Organisations Islamiques de France effectuent un travail de fond sans précédent. Fort d’être devenus des interlocuteurs officiels de la place Beauvau, ils s’imposent comme les chantres du « politiquement fréquentables »  pour installer et financer des lieux de culte à travers l’Hexagone dans lesquels sont dispensés des discours parfois inadaptés aux principes républicains. Des lieux de cultes souvent structurés sous forme d’associations loi 1901, ce qui évite la publicité de leurs comptes, d’où une « opacité » concernant leurs principales sources de financement. Alors pourquoi nos élus sont-ils si tolérants à l’égard de ces mouvements ? Réponse d’un ancien fonctionnaire des services de renseignement : « Le terrorisme intellectuel et le politiquement correct forment une nouvelle menace à laquelle la France doit faire face. Lors de la guerre froide existait le délit de menace politique. Cela permettait de faire de la prévention. Aujourd’hui, il est devenu impossible de faire face à des gens qui détournent la notion de démocratie. Nous sommes en train de sombrer dans une attitude munichoise. Nous regardons ces fondamentalistes s’installer sans y faire face ».



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