DIJON SUR LE POINT DE SE REFAIRE UNE SANTé
01/04/2004 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Dolorès Charles


Dans le cadre du Plan Hôpital 2007, la Gazette de Dijon a tenu à prendre le pouls de la santé dijonnaise. Ce programme de grande ampleur du gouvernement Raffarin consiste en un vaste « chantier de modernisation des hôpitaux et d’amélioration des offres de soins », et ce dans des secteurs divers comme la cancérologie, les urgences et la périnatalité. En Bourgogne, le contexte est délicat. C’est une région à forts contrastes. Elle dispose d’une centaine d’établissements hospitaliers (3,75 établissements pour 100.000 habitants contre 1,77 en France) mais ils sont de taille modeste et, pour certains, vétustes.
Au CHU de Dijon, un grand bouleversement s’amorce. L’opération Bocage Central, financée et inscrite dans le plan Mattéi, du nom de l’ancien Ministre de la Santé (*). Le Bocage Central, bâtiment qui reliera le B62 à l’Hôpital des enfants, répondra à un besoin. Selon le secrétaire général du CHU de Dijon, Alain Lalié, « le Bocage Central permettra une organisation plus performante des services, rapprochera les unités de soins de l’hôpital général (NDLR : fermeture à terme) et ceux du Bocage et offrira un meilleur confort aux patients ». La phase finale d’études du projet est terminée. Le lancement des travaux est prévu pour 2005 pour une ouverture en 2008. Le plan d’investissements qui s’échelonne jusqu’en 2010 environ comprend également la modernisation des chambres de la maternité et du bloc opératoire. Et ces aménagements sont ou ont été suivis sur le papier par un médecin hygiéniste, fin connaisseur des maladies nosocomiales.
Hormis les bâtiments, et dans l’optique de soigner au mieux les Dijonnais en tant qu’hôpital de proximité, et les Bourguignons en tant qu’hôpital régional, le CHU doit disposer d’un plateau technique conséquent : blocs opératoires, salles de radiologie, laboratoires, scanners, etc. « Le plateau sera bientôt renforcé d’une IRM (**), qui réduira le délai d’attente infligé aux patients ».
Des patients renvoyés chez eux …faute de places
Bâtiments ok. Plateau technique ok. Le CHU souffre en revanche d’un manque chronique de lits moyen séjour. Dans ce domaine, un remède s’impose dans l’ensemble de la ville puisque nombre d’établissements sont concernés, publics comme privés. « Il est parfois difficile de trouver un lit ! », s’exclame Alain Lalié. « Les patients sont de temps à autre transférés du CHU vers une clinique proche pour effectuer leur convalescence », car le Centre Hospitalier approche souvent la saturation. « L’établissement conserve un niveau d’activité constant, élevé. Il faudrait créer des structures de soins en aval afin de dégager des capacités d’accueil … »
Au CHS, le Centre Hospitalier Spécialisé de la Chartreuse, la direction se sert depuis peu d’une dizaine de lits de camp, en cas de saturation maximale. La CGT est loin de s’en satisfaire, « la mise en place de ces lits encombre de surcroît les autres chambres et draine des problèmes sanitaires et sécuritaires ». Pour pallier le manque de places, le syndicat explique aussi que « des patients sont renvoyés chez eux à l’approche du week-end […] ils reviennent la semaine suivante, parfois déstabilisés car leur départ n’avait pas ou avait mal été préparé ».
Une poignée d’infirmières espagnoles
Côté ressources humaines, pas de quoi s’alarmer même si l’ensemble des services travaille en flux tendus. « Quelques postes supplémentaires apporteraient de meilleures conditions de travail au personnel médical ». Récemment, et « symboliquement », une poignée d’infirmières venues d’Espagne sont arrivées au CHU. Il est vrai que depuis deux ans, et la mise en application des 35 heures, les hôpitaux et cliniques sont confrontés à une organisation délicate des services. Ces deux dernières années ont été difficiles, le recrutement de blouses blanches s’étant achevé en 2004 seulement. En 2002 et 2003, la compensation des heures supplémentaires, dues à l’insuffisance de personnel médical qualifié, s’était avérée extrêmement difficile. En Bourgogne, la réforme Aubry a créée 1200 emplois dans le public.
Des mois de galère (et c’est à peine terminé) qui auraient pu être évités. « Les problèmes liés à la gestion du personnel ont été mal anticipés », commente la CFDT. Baisse du numerus clausus, mauvaise prévision des départs à la retraite, répartition géographique des médecins et infirmières mal ordonnée, etc… « Les 35 heures ont accentué des difficultés déjà existantes […] Il faudrait à terme avoir une marge de main d’œuvre suffisante, » explique Michel Moraux, du syndicat CFDT. « Il serait par exemple capital de prescrire davantage de lits de médecine en service de pédiatrie l’hiver à l’heure où la grippe, la bronchite et la gastro-entérite frappent les enfants de façon épidémique ».
Autre nouveauté dans les cartons à Dijon, le Pôle de Biologie médicale. Sis sur l’ancien hôpital militaire Hyacinthe Vincent, il regroupera vingt laboratoires de biologie appartenant respectivement au CHU, à l’Etablissement Français du Sang et au Centre Georges François Leclerc. Son ouverture est annoncée pour 2008. Pose de la première pierre en 2005, si tout va bien. A l’heure où les réformes de l’assurance maladie et Hôpital 2007 font trembler le ministère implanté avenue Ségur, la ville de Dijon, doucement mais sûrement, poursuit la mutation de son paysage sanitaire local.
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