La culture est-elle faite pour la jeunesse ?
01/04/2004 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Simon Lebon
Dijon, cité historique et culturelle, a sur son territoire sept musées dont certains très prestigieux : le musée des Beaux Arts, le musée Magnin, le Consortium et l’Auditorium, l’un des temples européens du genre, grâce à son acoustique naturelle et à son infrastructure. Ces institutions prestigieuses et d’excellence reçoivent entre un tiers et un quart de jeune public, âgé de 6 à 30 ans.
« Nous accueillons même des maternelles, exceptionnellement » nous indique Véronique Hussain du Consortium. Dans les musées, « la majorité des jeunes sont des scolaires et surtout des primaires. Il serait plus compliqué pour l’encadrement éducatif des collèges et des lycées de faire déplacer des classes, du fait que la journée est divisée par heures ». Les classes surchargées et les indisciplinés ne serait-il pas le vrai fond du problème ?
Au Consortium, afin d’être le plus interactif et accessible possible, un questionnaire est remis aux collégiens et aux lycéens avant la visite guidée et débattu à la fin. Grâce à cette approche, certains élèves reviennent avec leurs proches, le week-end, pour, à leur tour, expliquer les oeuvres.
« Nous avons principalement des classes dijonnaises, mais je remarque que certains établissements des quartiers fréquentent relativement peu notre musée » nous signale Laurence Baise du Musée des Beaux Arts. L’encadrement pédagogique diffère selon les classes. Parfois, c’est le professeur de dessin, de français ou encore de maths qui se déplace ; ces visites ne reposent que sur la seule volonté de l’enseignant. « Il serait peut-être temps de fusionner l’heure de dessin et l’heure de musique pour n’en faire qu’une seule matière, afin que l’Art et son histoire soient enseignés au collège ».
« Les étudiants sont des personnes plus difficiles à toucher » indique Iris Guichard du musée national Magnin. Afin de capter ce public, le musée des Beaux Arts et le musée national Magnin ont mis en place, chacun de leur côté, des nocturnes, à partir de 18 h, qui sont des visites guidées gratuites pour les étudiants organisées avec des étudiants. Au musée Magnin, pour la nocturne du 12 mai, il a été fait appel aux étudiants des Beaux Arts pour expliquer des œuvres. À la fin, un concert sera organisé dans la cour du bel hôtel particulier du XVII ème siècle.
Le Duo, structure culturelle de la ville qui réuni l’Auditorium et le Grand Théâtre, propose une programmation d’une dizaine de spectacles sur le temps scolaire, mais reste ouverte à tous publics. « Ce sont les mêmes spectacles, mais en après-midi » précise Karine Lucas. De plus, les répétitions générales d’opéra sont proposées aux établissements scolaires. Lors de ces spectacles, le public est majoritairement composé de classes de collégiens et de lycéens. Les places sont prises en charge par le Conseil Général ou le Conseil Régional selon leurs prérogatives. Le Duo accueille de nombreux jeunes en dehors de ces horaires spécifiques, mais reste plus présent sur les représentations de danse que sur les autres cycles de la prestigieuse programmation.
La loi 3P
« Le Duo a mis en place de nombreux tarifs à destination des jeunes » nous fait remarquer Maire-Claude Chambion. Ces réductions sont très avantageuses, allant de 50 % à 75 % pour le tarif « dernière minute », vendu dans le dernier quart d’heure avant la représentation. Face à son succès, le tarif « dernière minute » devrait débuter une demi-heure avant le début du spectacle à partir de la saison prochaine.
La tarification publique des lieux culturels sera toujours source de polémiques. Le Consortium pratique la gratuité pour tous et il devrait être rejoint, après décision de la Ville, par l’ensemble des musées municipaux. Ce qui fait déjà grincer des dents. « La gratuité pour tous n’a jamais fait augmenter la fréquentation et attirer de nouveaux publics ». Des acteurs culturels pensent qu’une politique ciblée comme la future « Carte Culture étudiante » de la COMADI est préférable. De plus en plus, la jeunesse est casanière et a comme principal pratique « culturelle » la loi des 3 P : Piratages de musique et de films sur Internet, la Playstation et le Pétard.
Face à cette attitude, les lieux prestigieuxrésistent, mais pour combien de temps encore ? Ne serait-il pas urgent qu’une grande politique culturelle de la jeunesse soit mise en place sur le temps scolaire et hors scolaire ?
“3 questions à Tahar Ben Jelloun”
A l’occasion de la présentation publique à Dijon, à la librairie Grangier, de son livre “Le dernier ami”.
GDD : Comment et quand écrivez vous?
TBJ : Parfois il passe une image, une idée… Je ne me dis pas : “Tiens je vais faire un livre ou un roman sur tel ou tel sujet”… En revanche, je peux imaginer une histoire. Tout dépend de la relation que l’on a avec le monde qui nous entoure… Balzac disait : “L’écrivain, c’est quelqu’un qui fouille”. Comme le monde idéal n’existe pas, on est obligé de travailler sur les failles, les blessures. Par exemple, Kafka, qui était un petit fonctionnaire malheureux, s’est nourri de ce malheur existentiel pour écrire des chefs-d’oeuvre tels que “Lettre à mon père” avec un discours reconnu encore aujourd’hui comme universel… Camus, de même, plusieurs dizaines d’années après sa mort, avec “La peste” est toujours d’actualité… L’écrivain s’intéresse aux questions les plus fondamentales.
Tous mes livres sont autobiographiques. Dans le dernier, par exemple, le camp disciplinaire de l’armée, je l’ai vécu. Je suis tellement heureux de pouvoir inventer et je ne sais pas, en commençant, où cela va m’amener… “Le dernier ami”, cette histoire ambigüe, est arrivée à l’un de mes amis, justement.
A propos du Maroc, votre pays natal.
Est-ce que le passé du père du souverain actuel tend à s’effacer?
Une chose est sûre, Mohammed VI apporte de vrais changements. Ce n’est plus cette société prise comme dans un étau sur tous les plans. Il a le courage de donner au pays les réformes, de reconnaître ce qui s’était passé avant lui, d’indemniser les victimes, les familles des disparus, de promouvoir le statut de la femme. Le Maroc est un pays très patriarcal, par exemple. Eh bien sur ce plan, des progrès sont accomplis et en train de s’accomplir. Mais le jeune roi ne peut pas tout faire en même temps… Aujourd’hui, au Maroc, il y a de nombreuses associations de femmes qui prennent part de plus en plus à la vie civile…
Comment sont perçus vos livres dans les pays arabes?
Malheureusement, les traductions sont souvent piratées. Certains passages de mes livres sont modifiés, censurés… Par exemple en Syrie, en Lybie. Et ce n’est pas possible d’y faire quoi que ce soit, malgré les recours entrepris… Vous savez, les droits de l’écrivain sont aussi les Droits de l’Homme, cela va ensemble. Les pays qui ne respectent pas ces droits ne respectent pas non plus ceux des écrivains…
Revenir en haut de page

































