le plus Dijonnais des Allemands
01/04/2004 | La Gazette de Côte d'Or n° | Par Alexis Billebault

Le soleil l’a finalement emporté sur la ponctualité, et la prétendue rigueur germanique s’est volatilisée le temps de terminer un expresso sur une terrasse du centre-ville. Till Meyer est un brin en retard, mais son allure décontractée et son sourire jovial finissent par tuer toute velléité réprobatrice. « Monsieur le Consul » s’est adapté à l’indolence latine pour s’être (définitivement ?) installé à Dijon en 1990, quatre ans après une première escapade que son statut de prof de lettres et de philo avait amené à être lecteur à l’Université de Bourgogne entre 1983 et 1986 et à enseigner à l’Ecole de Commerce. « J’avais beaucoup apprécié ces trois années passées à Dijon, et même si je suis retourné en Allemagne, je savais qu’une bonne opportunité pourrait me faire revenir ici… »
Hédoniste et touche-à-tout, Till Meyer devient même journaliste radio en Allemagne jusqu’à ce que l’opportunité d’un come-back se manifeste en 1990. « J’avais sans doute besoin de me fixer professionnellement, après avoir goûté à plusieurs métiers qui m’ont tous beaucoup apporté. Mais si je revenais à Dijon, c’était seulement pour créer quelque chose de solide, ou au moins de participer à un projet intéressant ». Et c’est justement pour devenir directeur de la Maison Rhénanie-Palatinat que ce natif de Francfort-sur-le-Main se tape un second déménagement, car, comme il l’explique, « participer au développement de la langue allemande, mais aussi de notre culture en Bourgogne est un projet particulièrement excitant ».
Surtout parce que le Français n’est qu’assez peu porté sur la pratique des langues étrangères en général et sur l’allemand en particulier. « Le poids de l’Histoire n’est sans doute pas étranger à ce peu d’intérêt des Français pour ma langue natale », admet Till Meyer. Et en sus, l’image du teuton en short et tongs avec une bière dans une main et une saucisse dans l’autre reste particulièrement bien ancrée dans certains esprits, « ce qui n’est pas l’exact reflet de la vérité », s’amuse-t-il, tout en admettant que « lutter contre les clichés est parfois pesant ». Les préjugés liés à l’ignorance auraient tendance à s’atténuer, « parce que l’image de l’Allemagne change ». La relation très forte entre François Mitterrand et Helmut Kohl y a contribué, faisant des deux pays les principaux partenaires de l’Union Européenne. La Maison Rhénanie-Palatinat (qui a son pendant bourguignon depuis 1994 et la création de la Maison de la Bourgogne à Mayence) a pour mission, outre de faire la promotion de l’Allemagne en dispensant des cours d’allemand (300 inscrits à ce jour), de favoriser les échanges entre jeunes des deux pays. « Nous travaillons avec l’Institut Goethe, avec lequel nous avons le même centre d’examens. Et de la même façon, nous travaillons avec la Chambre de Commerce et d’Industrie pour les examens d’allemand commercial ».
« Il n’y a pas que l’anglais »
La plus récente des initiatives de la Maison Rhénanie-Palatinat est le lancement de la Deutschemobile, conduite par une lectrice et qui sillonne la Bourgogne et plus particulièrement les collèges et les écoles primaires. « L’anglais est la langue étrangère la plus pratiquée en France, mais il n’y a pas que l’anglais. Promouvoir l’allemand est l’un de mes objectifs, parce que ce n’est pas une langue plus difficile qu’une autre. Et si les Français vont assez peu en Allemagne, c’est aussi à cause de la barrière de la langue. Alors que mon pays est d’une point de vue touristique beaucoup plus intéressant qu’on ne le croit ». Et en attendant que les Français se rendent un peu plus nombreux chez leurs voisins – « bien que Berlin soit devenue l’une des villes les plus attractives culturellement, attirant bon nombre de vos compatriotes », insiste Till Meyer – ce quinquagénaire (il a 52 ans) multiplie les initiatives pour que son pays soit davantage connu, « et plus particulièrement les jeunes qu’il faut savoir intéresser ». Les spectacles de danse, le cinéma, la littérature ou encore la musique vont se multiplier cette année, et Till Meyer, qui sait bénéficier à Dijon d’une bonne réputation, fourmille de projets. S’ouvrir vers certains pays qui vont dans les prochains jours adhérer à l’Union Européenne, participer à l’Europe tout simplement. « On doit davantage se connaître. Cela passe par les échanges humains et culturels notamment ». Définitivement francophile, mariée à une dijonnaise avec qui il a eu deux enfants – Pierre et Paul – Till Meyer véhicule l’image contraire de l’allemand rigoureux à l’extrême. « Ne vous y trompez surtout pas », lâche-t-il dans un dernier éclat de rire : « Les Français sont par certains aspects beaucoup plus rigoureux que nous. La preuve, vous nous battez de plus en plus souvent au football… ».
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