Politique

Le Pen attend une « nouvelle surprise »

30/11/2006 | La Gazette de Côte d'Or n° 30 | Par Alexis Billebault

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Le président du Front national, candidat à l'élection présidentielle, s'imagine encore une fois au second tour dans cinq mois. Et il n'a bien sà»r pas manqué l'occasion de régler quelques comptes.

Jean-Marie Le Pen

La Gazette : Il semble qu’il ne soit pas facile de récolter les 500 signatures nécessaires à votre candidature à la présidentielle. Où en êtes-vous en ce moment?
Jean-Marie Le Pen : On se rapproche de notre objectif, mais je ne fais pas de triomphalisme. C’est un travail de chaque instant de solliciter ces signatures.
Récemment, vous avez demandé à Dominique de Villepin qu’il supprime la publicité des parrainages, et il vous a répondu négativement…
Ce système des 500 signatures avait été conçu pour éviter les candidatures fantaisistes. Et cela est devenu un instrument de pression politique qui permet d’écarter certains concurrents. Cette publicité expose les signataires à des menaces ou à des représailles. J’ai demandé au Premier ministre de déposer un projet de loi allant dans le sens souhaité par beaucoup de candidats, mais il a refusé. Ceci est bien la preuve d’une mauvaise volonté, d’une incapacité à agir et à régler les problèmes. Si on peut empêcher Le Pen d’être candidat alors qu’il a atteint le second tour en 2002… Par contre, les grands partis n’ont aucune difficulté à les récolter. Ces pratiques sont une inégalité anti-républicaine.
Un récent sondage vous crédite de 17 % d’intentions de vote au premier tour. Vous qui avez toujours accueilli les sondages avec une certaine réserve, comment analysez-vous ce dernier chiffre ?
Un sondage ne fait pas le printemps… Je pense tout de même que je suis au-dessus de la barre des 20 %. Mais je sens venir une vague silencieuse, synonyme de rejet du système. Et les éléments vont s’aggraver. Tous les indicateurs – politiques, sociaux, économiques – sont au rouge. Cela annonce une nouvelle surprise. Nos compatriotes et les immigrés qui veulent s’intégrer, bref tous ces gens honnêtes qui travaillent en ont assez de la tolérance zéro qui est pratiquée à leur encontre. Par contre, pour les autres, les marginaux et les délinquants, les choses sont différentes. Il ne faut pas s’excuser d’être français et d’être chez nous ! Nos dirigeants sont toujours surpris, alors que gouverner, c’est prévoir. Les Français sont conscients que les hommes politiques ne font rien, même si certains sont de bonne volonté.
Quelle est votre opinion sur les deux grands favoris des sondages, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ? Vous avez parlé à leur propos de « gaffeuse » et de « girouette »…
Marie-Ségolène, je l’ai appelée Lady Nunuche. Elle surfe… Elle est Enarque, elle a été ministre mais pas trop, elle a aussi l’avantage d’être la compagne de François Hollande. Et elle peut remercier le crétin du Poitou (Ndlr : comprenez Jean-Pierre Raffarin…) qui lui a laissé la place dans sa région, ce qui, pour elle, fut un vrai tremplin. Quant à Sarkozy, il change souvent d’idée. Pour moi, c’est un écureuil dans sa cage. Il court, il s’active, mais il reste toujours au même endroit car la cage est ronde… Il veut résoudre la quadrature du cercle. Le problème, c’est qu’il s’attaque aux conséquences, pas aux causes.
Il axe l’essentiel de son discours sur les problèmes de délinquance, des problèmes qui vous sont chers…
Mais l’insécurité concerne tout le monde ! Elle ne cesse de croître. Malgré les lois et les décrets, on ne s’attaque pas aux problèmes. C’est-à-dire la surpopulation des banlieues, le laxisme concernant l’immigration, l’intégration par le travail. En ce qui concerne l’immigration tiers-mondiste, les Français doivent savoir que nous n’en sommes qu’au début. En trente ans, 10 millions d’étrangers sont entrés ou nés en France. On estime qu’il y a 65 millions d’habitants en France. Moi, je dirais plutôt 68… Il y rentre 500 000 étrangers par an.
Imaginez que vous êtes élu président de la République. Quelles seraient vos premières grandes mesures ?
Déjà, je crois qu’il faut rendre la parole au peuple. L’oligarchie issue de l’ENA qui nous gouverne a exclu les Français de la vie politique. Il existe une profonde distorsion entre les élus et le peuple. C’est pour cela que je suis un partisan de la pratique référendaire, afin de consulter les Français sur les grands problèmes qui les concernent. Si je suis élu, je rétablirai le scrutin à la proportionnelle dans toutes les élections – sauf la présidentielle – ainsi que le septennat. Je pense qu’il est indispensable d’effectuer un audit sur les déficits, la dette générale et l’état exact de la population française et, en fonction du résultat, d’engager les réformes nécessaires.
On sait aussi que vous n’êtes pas un fervent défenseur de l’Union européenne et que vous ne seriez pas opposé à un retour au franc…
J’estime qu’il faut rétablir les frontières, pour mieux contrôler la circulation des personnes et des biens. La France a été engagée dans la concurrence mondialiste, mais aujourd’hui, nos entreprises ne peuvent pas lutter contre des pays qui font travailler des enfants et où le coût du travail est cinq ou quinze fois moins élevé. Alors, nos entreprises ferment ou délocalisent… Je suis personnellement favorable à une Europe des Nations, qui irait de Brest à Vladivostok. Il faut récupérer auprès de l’Europe la souveraineté sans laquelle on ne peut gouverner notre pays. Si ce n’est pas possible, on se retirera… Quant à l’euro, c’est un des éléments les plus gênants de notre commerce extérieur. Avec un euro fort, on a fait un Etat faible…
Vous parlez souvent d’immigration ou d’insécurité, mais vos positions sur l’avortement ou le mariage homosexuel restent les mêmes…
Mais l’avortement, personne n’y est favorable…
Si, un peu quand même…
Cette expérience est catastrophique sur le plan collectif et individuel. Scientifiquement, il a été prouvé que l’embryon est un être vivant. La vie doit être protégée. Le pays manque de naissances, et au Front national, nous sommes partisans d’une politique d’accueil à la vie, notamment pour les personnes qui sont en difficulté. Il s’agirait de confier l’enfant à la communauté.
Et le mariage homosexuel ?
J’y suis opposé. Le mariage doit conserver son rôle normatif et donc ne concerner qu’un homme et une femme. Mais pour les homosexuels, je ne suis pas contre le fait que certains aménagements soient trouvés.



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