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OPUS DEI, Clercs obscurs

30/11/2006 | La Gazette de Côte d'Or n° 30 | Par Jérémie Demay

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Enquête sur l'Opus Dei en Côte-d'Or.

Opus Dei
A Dijon, la crypte de l'église Saint-Bernard, avenue Alexandre-1er de Yougoslavie, sert de lieu de prière aux proches de l'Opus Dei
Vitrail

Habillé d’un col romain, le pasteur siège derrière une petite table. Face à lui, douze hommes prient. La récollection (micro-retraite) de l’Opus Dei, qui ne revendique pourtant que trois membres à Dijon, a lieu deux fois par mois dans la crypte de l’église Saint-Bernard, sise avenue Alexandre-1er de Yougoslavie. L’endroit est en fait une ancienne poudrière reconvertie en chapelle décorée d’un style byzantin légèrement psychédélique, avec des peintures vives sur un fond bleu nuit. Mais ce sont les locaux que le diocèse met à disposition de l’Opus Dei. Les douze hommes, des sympathisants, réfléchissent ensemble sur la foi, la manière de la vivre, comment aider les autres.
Tous ces temps de réflexion sont ponctués de prières à la Vierge Marie. Puis arrive le temps de la méditation. François Gondrand, conseiller pour la communication à l’Opus Dei France, pose des questions dans un silence troublant : «Comment aider les autres en commençant par nos proches ? Ai-je bien travaillé pour être en communion avec le seigneur ? Comment pourrais-je mieux aider l’Opus Dei ? ».
Entre les « séances d’instruction », les «assistants » ont l’occasion de se confesser. Alors que reproche-t-on à l’Opus Dei ? Certes, ses membres ont une perception particulière de la pratique religieuse. Mais pourquoi certains les accusent d’être la sainte mafia de l’Eglise ? On prétend que l’Opus Dei s’immisce dans les milieux financiers, politiques, médiatiques… Toutefois, l’aumônier de l’Assemblée nationale, le père Rougé, est catégorique : «non, il n’y a pas de député sensible à l’Opus Dei à l’Assemblée ». Avant de ressortir, quelques secondes plus tard, une liste de numéros pour joindre l’organisation par téléphone… Car le constat est moins catégorique pour le rapporteur de la «commission d’enquête relative à l’influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs », Philippe Vuilque : « il y en a sûrement qui sont plus ou moins proches de l’Opus Dei. Mais comme l’Assemblée nationale ne reflète pas totalement la sociologie française… Il est fort possible que quelques-uns de mes collègues soient idéologiquement proches de l’Opus Dei. Certains sont des catholiques intégristes. Ce genre d’organisation étant toujours discrète, je ne peux pas dire combien de députés sont à l’Opus, ou en tout cas combien en sont proches ».
Au niveau local, l’archevêché de Dijon n’a pas souhaité s’exprimer. François Briot, directeur de l’université catholique de Bourgogne, dément toute implication de l’Opus dans la politique : « en France, et qui plus est à Dijon, son influence est zéro. C’est juste un cercle de pensée et de réflexion. Mais, pour moi, cela ne correspond pas à mes attentes de croyant ».
Une thèse confirmée par les politiques, ou proches de ce milieu, mais démentie par Christian Terras dans son livre Opus Dei, enquête au cœur d’un pourvoir occulte (voir page 10), où il publie une liste, non exhaustive, de noms de membres et de sympathisants de l’œuvre : Roger Etchegaray, cardinal à la curie romaine, Jean-Marie Lustiger, cardinal archevêque de Paris, Bernard Panafieu, archevêque de Marseille, Paul Poupard, cardinal à la curie romaine, Claude Bébéar, directeur d'AXA assurances, Christine Boutin, députée, Hervé Gaymard, député, Henri Pradier, ancien directeur de Shell-France et actuel directeur des Œuvres françaises de l'Ordre souverain de Malte, Françoise Seillier, membre du Parlement européen, Louis Schweitzer, ancien président de Renault…
Si, a priori, l’influence de l’Opus Dei sur la vie politique française semble peu réelle, ou en tout cas difficile à prouver, une autre question reste sous-jacente : l’œuvre est-elle une secte ? Selon le rapporteur à l’Assemblée de la commission sur les sectes, la réponse est sans équivoque : « même si le fonctionnement démocratique de l’Opus Dei est sujet à caution, quand nous avons abordé le problème sectaire, il n’a jamais été question de l’Opus Dei. C’est une organisation liée à l’Eglise catholique. On n’y retrouve pas le faisceau de présomption qui nous sert à définir une secte. Pour avoir une organisation que l’on peut qualifier de sectaire il faut qu’il y ait un gourou, un enfermement des adeptes, une idéologie contraire aux principes républicains… alors certes, l’Opus Dei fonctionne avec des règles qui sont assez peu connues, mais de là à dire que c’est une organisation sectaire, il y a une marge. Même si elle est particulière et trouble.»
L’Opus Dei n’a donc pas fini de faire fantasmer. Entre des pratiques discrètes et des réseaux difficiles à dénouer, ce ne sont pas les sessions portes ouvertes qui feront taire les rumeurs.
La transparence que souhaite afficher l’Opus Dei devient opaque quand on recoupe les différents tenants de l’œuvre. Sur Dijon, l’Opus revendique trois membres, toutes des femmes. Cependant, de nombreuses personnes sont sympathisantes, comment en témoigne la présence de douze hommes lors de la recollection de fin novembre. Mais ils ne font pas partie de l’œuvre bien qu’ils en suivent les préceptes. La rapide ascension de l’Opus Dei dans l’Eglise, surtout depuis que Jean-PaulII lui a « offert » sa protection via le don d’une prélature personnelle au Vatican, apparaît troublante. Benoît XVI semble lui aussi, très soumis à cette branche de l’Eglise catholique.



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