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OPUS DEI, le secret des dieux

30/11/2006 | La Gazette de Côte d'Or n° 30 | Par Jérémie Demay

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Karol Wojtyla devient Jean-Paul II le 16octobre 1978. L'accession au trône pontifical de ce Polonais marque un tournant dans l'Eglise catholique. II sera l'instigateur de l'entrée en odeur de sainteté de l'Opus Dei (Å“uvre de Dieu) au Vatican.

Josémaria Escrivà de Balaguer, mystique espagnol né en en 1902, est le fondateur de l'Opus Dei
Christ

Al’origine de cette branche de l’Eglise catholique, Josémaria Escrivà de Balaguer, un mystique espagnol né en en 1902. Le père d’Escrivà tenait une mercerie qui a fait faillite. Sa première expérience mystique est assez surprenante : en décembre, dans la ville de Lograno, Escrivà remarqua des traces de pas dans la neige. Pour lui c’est un signe de Dieu qui lui demande une mission, comme il le décrit : « le Seigneur voulait de moi quelque chose, je ne savais pas encore ce que c’était ».
Aucun doute pour le mystique espagnol : il est l’élu. Ainsi, Dieu lui permet de croire à sa mission quand avant de rentrer au séminaire, Escrivà demande de le remplacer dans sa famille par un petit frère. Comme par miracle son vœu est exaucé. Très vite, Escrivà pense être au-dessus des autres du fait de sa mission sacrée, il est même convaincu que la société se divise en deux catégories : les chefs et la troupe. En 1928, l’Opus Dei, qui conservera cette notion, est né. L’œuvre de Dieu, rien que ça, et en toute modestie…
L’Espagne rentre en guerre d’une drôle de façon avec Franco à sa tête. C’est à cette période que l’Opus Dei prend son envol. Toutefois, les liens entre le dictateur et Escrivà restent obscurs. Pour les personnes de l’Opus, le fondateur n’appréciait guère Franco, mais les détracteurs de l’œuvre s’interrogent : comment ce courant catholique a-t-il pu se développer dans un climat anticlérical ? Au passage, Escrivà, des années plus tard, n’hésite pas à soutenir ouvertement des régimes à l’idéologie douteuse : En 1974, il se rend au Chili, alors que la répression militaire est à son paroxysme. Loin de condamner la politique menée par le général Pinochet, il critiquera l’action des catholiques progressistes : « Il y a beaucoup de propagandes hérétiques au sein de l’Église de Dieu. » Interrogé par des journalistes chiliens sur le sang versé au cours de la répression, il répondra : « Je vous affirme que ce sang est nécessaire… »
Bref, l’important dans l’Opus Dei n’est pas tellement dans ces « détails », mais plus dans sa philosophie. Ainsi, l’œuvre développe l’idée que tous les chrétiens sont invités par Dieu à devenir saints, comme le rappelle le pasteur Gérard Thieux, prêtre de la prélature de l’Opus Dei, au cours d’une récollection (ndlr : micro-retraite consacrée à la prière et à la réflexion) à Dijon dans la crypte de l’église Saint-Bernard, avenue Albert 1er de Yougoslavie : « c’est notre mission de chrétiens. Dieu nous appelle à être saints. D’ailleurs, les premiers chrétiens entre eux s’appelaient des saints ». Petit bémol sur cette affirmation, puisqu’effectivement les premiers chrétiens s’appelaient bien les Saints, mais dans le sens de peuple de Dieu. C'est-à-dire une personne qui est baptisée, rentre dans le peuple de Dieu, comme le décrit saint Paul dans l’Evangile. De plus, selon un abbé, « la sainteté est un don de Dieu, et ce n’est donc pas le fruit de nos actions ». Toutefois, l’Opus Dei, dans un document de communication, explique : « Aujourd’hui encore, la sainteté apparaît souvent comme une ambition insolite, réservée à quelques personnes extraordinaires, appelées à parcourir un chemin d’exception […] Dans la pratique on a oublié pendant longtemps que tout chrétien est appelé à la sainteté, par le seul fait du baptême ». En résumé, l’Opus Dei guide sur le chemin de sainteté que vous avez déjà par le baptême… Mais la grande idée de l’œuvre est de « sanctifier le travail, se sanctifier dans le travail et sanctifier les autres par le travail. »
Le travail, pour l’Opus, quand il est bien fait, est un don pour le Seigneur. Puisque le temps de travail peut être considéré comme une prière. Josémaria Escrivà décrit, dans son homélie Aimer le monde passionnément, sa doctrine : «Vous devez maintenant comprendre, avec une clarté nouvelle, que Dieu vous appelle à le servir dans, et à partir des tâches civiles matérielles séculières de la vie humaine : c’est dans un laboratoire, dans la salle d’opération d’un hôpital, à la caserne, dans une chaire d’université, à l’usine, à l’atelier, aux champs, dans le foyer familial et au sein de l’immense panorama du travail, c’est là que Dieu nous attend chaque jour. Sachez-le bien : il y a quelque chose de saint, de divin, qui se cache dans les situations les plus ordinaires et c’est à chacun d’entre vous de la découvrir. » Message visiblement bien intériorisé par une des trois membres de l’Opus Dei de Dijon : « quand le matin mon mari oublie de fermer le tube de dentifrice, cela m’énerve. Mais je me demande où est Dieu là dedans, et je me calme. »
Le débat théologique pourrait apparenter cette philosophie de sanctification du travail au calvinisme protestant, bien que François Gondrand, conseiller pour la communication à l’Opus Dei en France, s’en défend : « le calvinisme englobe aussi la réussite. Alors que pour nous l’important est de donner un maximum dans son travail pour que cela soit sanctifié. La réussite n’est qu’un plus, et non une condition rédhibitoire ».
Le fonctionnement interne de l’Opus Dei est assez complexe. Il y a les surnuméraires, décrits par l’œuvre comme « des hommes ou des femmes mariés, pour lesquels la sanctification des devoirs familiaux constitue une partie primordiale de leur vie chrétienne. Les surnuméraires représentent aujourd’hui environ 70% du total des membres de l’Opus Dei. »
Ensuite on trouve les agrégés, qui vivent le célibat. Puis les numéraires qui, selon l’Opus : « vivent d’ordinaire dans des centres de l’Opus Dei, car leurs circonstances leur permettent de demeurer pleinement disponibles pour s’occuper des activités apostoliques et de formation des autres membres de la prélature. Les numéraires auxiliaires se consacrent principalement aux travaux domestiques dans les sièges des centres de la prélature, c’est leur activité professionnelle ordinaire. »
Le clergé de l’Opus est constitué très souvent, pour ne pas dire uniquement, de personnes « qui ont fait des études supérieures et ont exercé leur métier avant d’être ordonnés », développe François Gondrand, qui vient à Dijon une fois tous les deux mois pour des récollections à l’église Saint-Bernard. Ce qui fait réagir une membre de l’Opus Dei : « C’est pour ça que nos prêtres sont mieux. Ils ne parlent pas avec des grands concepts, mais en partant d’exemples concrets. »
Une chose est surprenante à l’Opus Dei : la condition de la femme. En effet, lors des messes et des récollections, les hommes et les femmes sont séparés. Pour la membre dijonnaise de l’Opus, il ne faut pas y voir une situation rétrograde, bien au contraire.  « Les femmes ne comprennent pas et ne perçoivent pas les choses de la même façon que les hommes. C’est pour cela que nous sommes séparés ». François Gondrand explique cette situation sous un aspect pratique : « quand l’homme est à la messe, la femme peut s’occuper des enfants et de la maison. Et quand c’est la femme qui est à la messe, c’est l’homme qui prend cette charge. » Vu comme ça, effectivement…



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