Le blues des infirmiers
07/12/2006 | La Gazette de Côte d'Or n° 31 | Par Jérémie Demay

La Gazette : Pourquoi les études en soins infirmiers ne sont-elles pas reconnues comme une équivalence Bac +3 ?
Célia Charbonnier, administratrice régionale de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI) : Cela fait trente ans que la formation compte comme Bac + 2. Il y avait une pénurie d’infirmières, les études étaient sur deux ans, pour que les infirmières soient rapidement formées. Quand ce manque de personnel s’est résorbé, la formation est repassée sur trois ans. Toutefois la reconnaissance du diplôme est restée bloqué sur deux ans. Maintenant avec le système LMD (licence, master, doctorat) il faut réellement que l’on soit reconnus à un niveau licence rapidement sinon la formation n’est pas valable au niveau européen. Notre souci est que le ministère (de la Santé, ndlr) veut faire passer la validation des acquis par l’expérience (VAE) par rapport à la licence justement.
Quels soucis cette réforme autour de la VAE induit-elle ?
Le ministère veut mettre en place cette réforme par rapport aux anciens programmes alors que nous, pour le niveau licence, il faut justement le réaménager en crédits ECTS comme dans toute licence. Pour avoir une licence il faut valider 180 crédits. Par exemple, un étudiant qui fait une licence en droit, la première année, va valider 60 crédits. Il pourra se présenter dans une autre filière avec ses crédits déjà validés. Actuellement avec les programmes on ne peut pas rentrer dans un système LMD. Par exemple, on a un module néphrologie, cardiologie. On les fait séparément mais dans tous ces modules, on fait de l’anatomie. Alors que l’anatomie devrait-être un module. Il ne faudrait pas qu’ils fassent passer la réforme de la VAE sur le programme que l’on a actuellement, mais sur un qu’il faudrait changer pour pouvoir rentrer dans le système LMD.
Que vous propose le ministère ?
Il devait nous renvoyer un calendrier de groupe de travail, mais on n’a pas eu de réelle avancée depuis.
Pourquoi le ministère se bloque comme cela ?
En fait cette réforme engendrerait une revalorisation des grilles de salaires pour tous les infirmiers et infirmières. Nous sommes près de 500 000 professionnels. Pour le ministère c’est un coût trop important. Le ministère de la Santé est en charge de notre formation. Mais pour passer la réforme LMD, il faut voir avec le ministère de l’Education nationale, et celui de l’Economie et du Budget. Une fois que le programme sera découpé en crédits, cela sera déjà une belle avancée.
Le 2 décembre, les étudiants infirmiers sont descendus dans la rue, mais la mobilisation a été assez maigre. Les étudiants peinent à se sentir concernés par ces manifestations ?
Cela est plus difficile pour un étudiant en soins infirmier de louper les cours, d’autres sont en stage. On a un crédit de trente jours d’absence sur les trois ans de la formation. Si on le dépasse on ne peut pas se présenter à l’examen. Les étudiants ont envie de soutenir, ils sont pour que ça change.
Quelles sont les autres actions prévues ?
Nous essayons de rencontrer le plus possible de députés. On veut que cette question devienne politique. Sachant que ça va être la présidentielle, on est 80 000 étudiants infirmiers en France, qui sont quasiment tous majeurs, et 500 000 infirmiers sur le territoire. J’ai déjà rencontré Alain Suguenot, député maire de Beaune. On sent quand même que les élus régionaux soutiennent leurs étudiants.
Mais en plus de revendications sur le LMD, vous avez aussi des soucis avec la décentralisation…
Depuis deux ans, c’est le conseil régional qui finance les locaux des instituts de formation en soins infirmiers, et qui s’occupe aussi de nous verser nos bourses. Mais au niveau des logements étudiants, le Crous en attribue rarement aux étudiants infirmiers puisque nous dépendons du conseil régional pour les bourses. Quand on fait nos demandes de logement au Crous, nous sommes considérés comme non boursiers puisque ce ne sont pas eux qui les financent. C’est difficile pour les étudiants infirmiers de se loger en cité U. C’est un des gros problèmes engendrés par la décentralisation. Cette année, le conseil régional a fait une avancée en mensualisant les bourses. Mais il y a encore tellement d’autres problèmes.
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