Affiche-moi le camp
21/12/2006 | La Gazette de Côte d'Or n° 33 | Par Roald Billebault

Une campagne électorale, ce n’est pas que les meetings, les petites phrases assassines à l’égard de ses adversaires, les serrages de paluches en province et les règlements de comptes à O.K. Corral. Une campagne électorale c’est aussi les affiches. Indispensables à toute bonne croisade qui se respecte, elles ont un triple but : identifier un candidat, faire passer un message et si possible marquer les esprits. De là à infléchir une décision, c’est bien peu probable. Il faut dire qu’à ce jour, aucun candidat n’a eu slogan aussi percutant que « qu’est ce que tu bois doudou dis donc ? ». Normal me direz-vous, la politique c’est du sérieux. Reconnaissons toutefois que depuis l’élection présidentielle de 1981 les services de com’ des partis ont fait des efforts, rarement sur la forme, toujours aussi austère, pas vraiment sexy, mais plutôt sur le fond. On se souvient de certains slogans. François Mitterrand en 81 avec son fameux « Force tranquille » et sept ans plus tard avec son «génération Mitterrand » (sic). Jacques Chirac avait fait fort aussi avec « maintenant, il nous faut un homme de parole » (re-sic). Comme chacun sait, sauf troglodyte, la course à l’Elysée a – plus ou moins – débuté. Les premières affiches de campagne sont là, et certaines font déjà polémique. Surtout une de celles du candidat Le Pen. On y retrouve une jeune fille – que l’on imagine issue de l’immigration – nippée façon « jeun’s », string et nombril apparents. Il y a aussi Arlette Laguiller, fidèle à son credo du travailleur spolié, et Ségolène Royal, tout sourire dans un beau tailleur. Pour décrypter ces affiches nous avons demandé l’avis à un pro de la communication, Patrice Tapie, directeur d’AMT Transversales .
« Des outils de séduction »
La Gazette : Les affiches de campagne ce n’est quand même pas terrible…
Patrice Tapie : Les campagnes électorales et les supports d’édition qui les accompagnent, affiches, tracts, dépliants… sont rarement des merveilles de stratégie et de créativité. Cela s’explique. Au-delà des purs militants, elles s’adressent tels des outils de séduction et d’information au plus grand nombre d’électeurs. En clair, et en fonction de sa propre stratégie, chaque candidat va aller à la pêche, et pour cela va conjuguer ou pas, codes couleurs, visuels, slogans, pour tenter de s’imposer sur un marché tout aussi concurrentiel que celui des produits de consommation.
Que pensez-vous de l’affiche de Laguiller. Plutôt sobre, non ?
Comme dirait Souchon, Arlette ne change pas, ou si peu depuis 30 ans. Sa communication est honnête, simple, voire simpliste. Une photo, la sienne, pas même retouchée (la même qu’en 2002, ndlr), un parti pris, le même depuis toujours, celui des travailleurs. Il y a fort à parier que pour Arlette, la communication est empreinte de relents capitalistiques, et qu’elle n’aime pas ça plus que ça. Mais elle est honnête, et l’électorat y est tellement habitué !
Celle de Le Pen semble nettement plus travaillée…
Jean-Marie Le Pen a en effet davantage étudié la question. Codes couleurs précis, bonne mise en page, slogans raccourcis et chocs, les affiches de campagne du FN ont toujours été très respectables, très simples et impactantes. La nouvelle affiche tranche, car en substituant en fait le visuel d’une beurette charmante au message intégrateur à celui de Jean-Marie Le Pen, elle repositionne le FN dans un registre « black-blanc-beur » plutôt que dans celui du parti qui fait peur à 65 % de Français. Au risque de dérouter, sans doute, une partie de son électorat.
En revanche du côté du PS, rien de spectaculaire ?
Photo floutée, juste ce qu’il faut, esthétisme de rigueur, marque PS, bien en avant, Ségolène, tout sourire, assure en tailleur. ça change fort. L’affiche électorale type, propre, sans bavure, sans justification de promesse. ça viendra après sans doute. C’est bien fait et sans surprise.
Mais ne vous y trompez pas, le marketing politique ne fait pas tout. Il peut permettre d’orienter 2 à 5 % des voix des électeurs. Ce n’est déjà pas si mal, me direz-vous, mais on a aussi le droit de réfléchir et de lire les programmes .
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