Suguenot : « L’UMP n’a pas de leçons à recevoir du PS »
21/12/2006 | La Gazette de Côte d'Or n° 33 | Par Alexis Billebault

La Gazette : Il paraît que les trois forums organisés par l’UMP atteignent des sommets d’ennui…
Alain Suguenot : Je ne suis pas d’accord. Que ces forums risquent de ne rien changer quant à la désignation du candidat officiel de l’UMP, j’en suis convaincu. Mais ces débats sont intéressants dans la mesure où de nouvelles idées sont apportées. D’ailleurs, cela fait près de cinq ans que le débat d’idées existe dans notre parti.
Surtout si ce sont les idées de Sarko qui sont débattues. En interne, ses opposants se plaignent du manque de démocratie au sein de l’UMP…
Et là encore, je m’oppose à cette version. Notre parti a un fonctionnement démocratique. Sur ce point, nous n’avons pas de leçons à recevoir du Parti socialiste. Nicolas Sarkozy est en campagne depuis environ cinq ans. Mieux, j’ai envie de dire qu’il l’est depuis toujours. Il s’y prépare, et il n’a aucune peine à l’avouer. Sa candidature, n’en déplaise à certains, est un événement. Elle était souhaitée par de nombreux Français. Sarko est le candidat de la majorité. Son discours est très clair : il veut une rupture avec l’ancienne génération.
Mais n’a-t-il pas savonné la planche des autres candidats potentiels en étant toujours en pré-campagne et en prenant la présidence de l’UMP ?
Non, car si d’autres candidats souhaitaient vraiment se déclarer, alors pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Rien ne les en empêchait! Dominique de Villepin a sans doute été fragilisé par la crise du CPE, et c’est à partir de cela qu’il a abandonné la course. Et puis, le Premier ministre incarne-t-il vraiment la rupture, sachant qu’il fait partie des fidèles de Jacques Chirac…
Il y a aussi Michèle Alliot-Marie…
Michèle, je la connais très bien, c’est une copine. Quand on l’écoute, on se rend bien compte que presque toutes ses idées sont les mêmes que Sarko… Je suis persuadé qu’elle ne se présentera pas en dehors du parti. C’est une femme intelligente, qui a envie de voir son camp gagner. D’ailleurs, j’imagine mal comment un candidat pourrait se dédouaner de l’élection qui aura lieu en janvier.
Donc, vous craignez un 21 avril à l’envers ?
Je ne le crains pas parce que je n’ai pas peur des Français, mais je suis parfaitement conscient que cela peut arriver. La présence de Jean-Marie Le Pen au second tour est envisageable, il ne faut pas le nier. C’est pour cela que je souhaite vraiment que l’UMP soit derrière notre candidat, qui serait certainement Nicolas Sarkozy, et que personne ne se présentera en dehors du parti. Je suis convaincu que Jacques Chirac ne se représentera pas. Ce n’est pas souhaitable.
Comme lui-même ne semble pas souhaiter l’élection de Nicolas Sarkozy…
C’est ce qui se dit, mais je ne suis pas totalement d’accord. Il est évident que le président de la République conserve une certaine rancœur par rapport à Sarko quand en 1995, celui-ci avait soutenu Edouard Balladur. Il y a eu et il y a toujours des désaccords entre eux. Je crois que Chirac veut que Sarkozy lui doive quelque chose. Mais de là à imaginer que Chirac fasse tout pour que Sarko ne soit pas élu…
Dans les sondages, votre champion est actuellement devancé par Ségolène Royal. Les Français la trouvent plus rassurante…
Ce ne sont que des sondages… Et puis, je voudrais tout de même insister sur un point important. Entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, qui a exercé d’importantes fonctions ministérielles ? Qui a dirigé des ministères comme l’Intérieur ou les Finances ? Je crois qu’il y a entre les deux candidats une différence de compétences. D’ailleurs, les Français ne voient en lui que le premier flic de France alors qu’il a obtenu de bons résultats à Bercy, ce qu’on oublie un peu vite. L’un a la stature d’un homme d’Etat, mais je ne suis pas convaincu qu’il en aille de même pour Ségolène Royal… Je ne suis pas socialiste, mais il faut reconnaître que François Mitterrand avait ces compétences et qu’il était un vrai rassembleur… Et puis, si j’avais été socialiste, j’aurais voté Dominique Strauss-Kahn lors des primaires.
Mais vous conviendrez que la personnalité de Nicolas Sarkozy semble sinon inquiéter, du moins interpeller pas mal de nos compatriotes…
Mais moi, je le trouve rassurant, au contraire… Il dit les choses clairement. Il le fait avec ses mots, directement, sans langue de bois. C’est peut-être cela qui surprend certains Français, mais j’estime qu’il a raison de le faire. Sarko est un homme animé d’une grande volonté. Alors, si les Français ont tendance à lui reprocher une attitude stricte, sécuritaire, il ne faut pas qu’ils oublient qu’il est ministre de l’Intérieur et que sa fonction l’oblige à une certaine rigueur. Mais au fond de lui, je suis persuadé qu’il n’est pas sécuritaire.
Il a mené certains combats difficiles, dont certains ont débouché sur une traversée du désert plus ou moins longue. Ces expériences l’ont-elles endurci ?
Endurci, je ne sais pas, mais cela a contribué à faire de lui un homme volontaire, ambitieux pour son pays. Après l’élection de 1995, il est passé par des moments difficiles. Il avait également mené pour le RPR une campagne que l’on disait perdue d’avance lors des européennes de 1997. Nicolas Sarkozy a prouvé ses compétences, à des postes difficiles.
Cela vous choque-t-il quand on le qualifie d’atlantiste ou d’ultralibéral à la botte du MEDEF ?
Oui, car ce n’est absolument pas le cas. Il va aux Etats-Unis et il en profite pour rencontrer le président américain, et tout de suite, on le considère comme un atlantiste. Comme on a vite fait de dépeindre Ségolène Royal comme une Blairiste… Je considère que Sarko a raison de vouloir entretenir de bonnes relations avec les Etats-Unis. En ce qui concerne sa soi-disant collusion avec le MEDEF, je me permets juste de rappeler d’abord que le MEDEF n’est pas systématiquement de droite, et ensuite que Nicolas Sarkozy a dénoncé récemment les pratiques des patrons-voyous…
Au fait, est-il heureux de devoir affronter Ségolène ?
C’est en tout cas ce qu’il voulait. Je pense qu’il aurait été davantage emmerdé si son adversaire s’était appelé DSK. Mais il prend la candidature de Ségolène Royal très au sérieux .
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