Campus

Buvez jeunesse !

25/01/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 37 | Par Jérémie Demay

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Beuveries pour les uns, grandes fêtes pour les autres, des soirées étudiantes ont lieu tous les jeudis soirs à Dijon.

Les affiches annonçant les soirées étudiantes recouvrent les panneaux du campus de Dijon

Des chansons paillardes, des cris, des regards qui cherchent un point de repère pour tenter de se stabiliser, des personnes qui dorment déjà… dans la navette gratuite qui sillonne les boîtes de nuit le jeudi soir, l’ambiance est résolument fêtarde. Les derniers survivants refont une nouvelle fois le film de la soirée : « je suis sûr que j’aurais pu conclure, mais je ne l’ai pas vue partir », ou encore « il y avait vraiment du monde, c’était trop bien », enfin il y a ceux qui n’aiment pas les discothèques et que l’on retrouve systématiquement tous les jeudis sur les pistes. Les soirées étudiantes restent le moment privilégié pour se lâcher après une semaine de cours ou d’examens. Les associations rivalisent d’imagination pour les thèmes des soirées. Il faut dire qu’en quelques mots, l’étudiant friand de cette aventure doit comprendre qui organise la soirée, le thème, le lieu, sans oublier de mentionner les tarifs des consommations. Les boissons justement sont le nerf de ces fêtes. Leurs détracteurs les accusent d’être simplement des beuveries organisées. Mais pour les étudiants, boire beaucoup pendant une soirée n’est pas grave en soi, vu que c’est de temps en temps. Dans la navette d’ailleurs, tous ne sont pas saouls, mais ceux qui le sont ne font pas semblant.
La soirée avait pourtant démarré calmement. Le before se pratique généralement dans un bar, souvent proche de la discothèque pour éviter ainsi de perdre l’esprit de la fête en chemin. Toutefois, d’autres prennent l’apéro d’avant-soirée chez eux. Les raisons sont simples : l’argent non investi dans le bar pourra servir pour la boîte. Dans le bistrot, pas de grosse débauche. Les filles ont mis leurs plus belles tenues. Les mâles arborent leur regard ténébreux préparé depuis des semaines devant le miroir de la salle de bain… Le moment est stratégique. Il faut marquer le territoire et les esprits avant de rentrer dans l’arène. Car l’objectif final de ces soirées reste quand même de ne pas rentrer seul. Sauf les véritables fans de danse et de la voix du DJ viennent en boîte pour danser. Toutes les conditions sont réunies. C’est la fin de la semaine et les esprits sont détendus. En boîte, danser rend possible tout rapprochement. Enfin, l’alcool permet de laisser au vestiaire la timidité. C’est pourquoi dans le bar, on boit mais sans grands excès puisqu’il faudra ensuite passer les videurs de la boîte. Et les gens ivres qui souhaitent rentrer, la sécurité n’aime pas trop cela. De toute façon, à quoi servirait de boire à outrance avant la discothèque puisque, comme il est de coutume dans les soirées, il y aura un sprint alcool fort. Dans la discothèque peu de monde avant 23 h 30. L’entrée des soirées n’est pas chère : trois euros en moyenne. Mais avant de pouvoir remuer son arrière-train sur la piste, il faut payer le vestiaire. Le péage réglé, place à la fête !
Tout se déroule comme une soirée discothèque classique à l’exception du public que l’on connaît forcément, puisque la filière qui organise a rameuté ses troupes. La plupart sont reconnaissables à leur faluche, sorte de béret sapin de Noël. Sauf qu’ici les pin’s remplacent les boules et les guirlandes. De plus en plus de monde arrive. Il est bientôt minuit. La lumière s’éteint. Seuls quelques lasers blancs balayent la piste. La musique est entraînante. Le DJ prend la parole : « attention, à partir de maintenant, le (…) est à un euro. Ça va durer une demi-heure ». Le bar devient le centre névralgique de la boîte. Le DJ reprend la parole : « à consommer avec modération, cela va de soi ! ». On ne distingue plus le devant du bar. La lumière très tamisée des discothèques donne l’impression que les verres qui s’écoulent rapidement sont en lévitation au dessus des têtes. Les serveurs donnent leur rendement maximum. Le DJ intervient une nouvelle fois : «c’est bizarre, chaque fois que je dis ça, la moitié de la piste se vide. Bande de pochetrons ! ». Et les faluchards d’acquiescer en levant leur verre tout en poussant un cri primaire. Même si la soirée reste placée sous la bonne étoile de la fête, quelles sont les conséquences sur la santé des étudiantes et étudiants ? Tous les médecins s’accordent pour dénoncer la prise d’alcool en shooter. L’association nationale de la prévention en alcoologie et addictologie organise régulièrement des opérations de sensibilisation, comme l’explique Aude Posé, animatrice de ces manifestations : « on a des éthylotests et on fait souffler toutes les personnes qui le souhaitent. C’est une sensibilisation pour que les jeunes ses rendent compte de leur taux d’alcoolisation. Et souvent ils sont très surpris. Après on ne peut pas faire grand-chose. Mais à force de les voir dans les soirées on commence à pouvoir établir un dialogue. » Toutefois, les risques liés à la prise d’alcool fort en un minimum de temps sont très présents, comme le décrit l’animatrice : «se taper une cuite, comme on dit, peut-être très dramatique, puisque cela aboutit à un coma éthylique. Ce n’est pas parce qu’il s’appelle éthylique que ce n’est pas un coma comme les autres. »
Plusieurs dangers guettent les étudiants en soirée, et notamment celui d’un alcoolisme latent. Toutefois, ce besoin de boire parce qu’on est en discothèque ne va pas toucher celui qui s’offre une cuite de temps en temps. La cible des alcooliers (pour la vente) et des associations telles que l’ANPAA (pour la prévention) n’est pas ce dernier, mais plus l’habitué.



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