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Le biz des radars

25/01/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 37 | Par Jérémie Demay

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La Côte-d'Or compte aujourd'hui huit radars automatiques. Bientôt neuf.

Radar
Luge

Depuis leur implantation sur le bord des routes et autoroutes, les radars fixes alimentent de nombreux fantasmes. Et ce n’est pas l’enquête publiée par l’hebdo Auto Plus qui va aller dans le sens de l’apaisement. En effet, cet article démontre l’inefficacité des radars pour verbaliser au final les contrevenants. Les heureux conducteurs flashés en vitesse excessive ont ainsi échappé à la prune grâce à une photo mal cadrée, deux véhicules apparents sur la photo, la plaque illisible, ou simplement parce que l’amende n’a pas été envoyée à la bonne adresse. Bref, il y a encore du boulot pour que les radars soient réellement efficaces.
Une seule entreprise fabrique les radars : Sagem(1). Toutefois la firme qui conçoit également des téléphones et des missiles pour l’armée n’a pas voulu répondre aux questions sur les défauts de conception des radars: « nous avons consigne de ne plus donner d’infos sur les radars. Sur les missiles il n’y a pas de problème, mais pas sur les radars », explique un employé.
Le sujet est visiblement aussi embêtant pour le lieutenant colonel Philippe Debarge, commandant du groupement de gendarmerie de Côte-d’Or : « je ne peux pas rentrer dans cette polémique, puisque le recouvrement ne fait pas partie des missions de la gendarmerie. Nous, notre travail, il est fait quand nous avons constaté une infraction, et qu’elle n’est pas contestée. Après c’est l’Etat qui met en œuvre les processus de recouvrement, qu’il juge pertinent ou non. » Du côté policier, la réponse est sensiblement la même que les gendarmes : « je suis assez mal placé pour répondre dans la mesure où nous ne maîtrisons pas ces matériels », confie le commandant Jean-Michel Boquin, chef de service de la sécurité routière de DDSP 21, avant de réfléchir et d’affirmer : «mais je pense que le système peut être nettement amélioré. C’est une gestion lourde. De plus, beaucoup de gens s’organisent pour ne pas être retrouvés, et compte tenu du nombre d’infractions, nous ne pouvons pas mener une enquête individualisée. ».
Même si la rentabilité des radars est mise en doute, un neuvième radar sera implanté sur l’A6, vers le Château d’Éguilly. Le capitaine Christian Robert, commandant d’escadron départemental de la sécurité routière, rappelle comment sont choisis les sites : « cela résulte de l’accidentalité sur les cinq dernières années. On parle de zone d’accumulation d’accidents. En fonction de la gravité des accidents et de ces zones-là, on propose des sites au ministère des Transports. Ce dernier fait en suite un choix dans une stratégie qui est liée au trajet. ». Cependant, un officier de police affirme, sous couvert d’anonymat : «c’est vrai que sur certains sites, il faut faire des efforts surhumains pour respecter la limitation ».

 

…et 267 561 points

Combien rapportent les huit radars fixes placés en Côte-d’Or ? Officiellement le chiffre n’est pas réellement connu. Toutefois dans un document de la préfecture intitulé « répartition des infractions par nature sur la période 2006 », tous les flashs des radars sont comptabilisés par palier de vitesse et par emplacement. Partant du principe que tous les citoyens sont honnêtes et payent leur amende tout de suite, échappant ainsi à toute majoration, la Gazette a sorti sa calculette. Petit rappel des critères : pour les excès de vitesse entre 1 et 19 km/h en agglomération, il faudra s’acquitter de 90 €. Hors agglo, cette amende est réduite à 45 €. Pour les dépassements compris ente 20 et 49 km/h l’amende forfaitaire minorée est de 90 €. Enfin, si l’excès de vitesse constaté dépasse 50km/h, le juge peut infliger une amende de 1 500 €.

Dans la première catégorie (1 à 19 km/h) en agglo, 10 366 infractions ont été constatées. Soit 932 940 €. Hors ville, ce sont 92 326 excès de vitesse, soit 4 154 670 €. Pour les dépassements compris entre 20 et 49 km/h, 23 989 infractions. 2 159 010 €.
Enfin, pour les excès de vitesse de plus de 50 km/h, 1 016 véhicules ont été flashés. Ce qui rapporte 1 524 000 €. Bref, avec les 245 654 infractions constatées en 2006, l’Etat a dû gagner 8 770 620 €. Et retirer 267 561 points.

 

Même les luges

Début décembre 2005, une bande d’énervés fait un pari : se faire flasher par le radar automatique du boulevard des Allobroges à Dijon en street luge. Le pire c’est qu’ils ont réussi. Mais une nouvelle fois, ce flash de radar n’a pas entraîné de contravention. Effectivement, pas facile de retrouver ces joyeux lurons puisqu’il n’y a pas de plaque d’immatriculation… Bref, l’histoire avait fait grand bruit à l’époque. D’ailleurs, plus d’un an après, les photos de cet exploit restent toujours numéro un des sites internet !

 

« L’Etat se comporterait comme un braconnier »

es conseils généraux s’activent pour demander à l’Etat de payer une redevance pour les radars fixes installés au bord des routes départementales. Effectivement, ce sont les conseils départementaux qui assurent la gestion de ces routes. A l’origine de ces demandes, Louis de Broissia, président du conseil général de Côte-d’Or : « J’ai donc interpellé le ministre du Budget, Jean-François Copé, au nom des présidents de conseils généraux. Je lui ai fait remarquer que si l’on veut une vraie transparence Etat-Département, il fallait que là où sont installés des radars sur nos routes départementales, le produit de ces derniers nous soit affecté au titre de la sécurité routière dont nous avons la charge dorénavant. » Louis de Broissia va même plus loin en affirmant : «si l’Etat persévérait à mettre des radars sur nos routes en récoltant de l’argent, il se comporterait comme un braconnier sur nos routes départementales. »
Jean-François Copé a bien pris acte de cette demande, en déclarant que cette situation ne pouvait pas durer. Toutefois, Louis de Broissia avait déposé un amendement qui va évidemment dans le sens de sa proposition, avant de le retirer, « pour qu’un groupe de travail détermine d’abord le coût de l’installation d’un radar. Je ne peux pas encaisser si ce n’est pas moi qui ai fait le travail. Mais aussi savoir combien coûte la récupération des amendes. » Malgré l’engouement de Louis de Broissia pour récupérer cette manne financière, apparaissent quelques zones d’ombre. Notamment dans la volonté gouvernementale de continuer d’installer des radars au bord des départementales. Cependant, pour le sénateur, ce risque est écarté : « en Côte-d’Or ce n’est pas compliqué, il reste une cinquantaine de kilomètres de routes nationales. Cela ne rapportera pas grand-chose à l’Etat. Au contraire l’esprit de partenariat que je préconise, c’est de dire au préfet et à la DDE, “mettez-moi des radars sur les routes départementales, et partageons harmonieusement les frais”. » Pour l’instant, l’argent récolté par les radars automatiques – près de 240 millions d’euros sur tout le territoire – est utilisé pour l’entretien des radars, la mise en place des nouvelles consignes pour le permis de conduire, et enfin, cette enveloppe qui n’est pourtant pas extensible sert à l’amélioration des infrastructures. Quand il y a un surplus (pour 2006 cela représente 60 millions d’euros), il est réparti entre les différentes collectivités territoriales qui l’utilisent pour améliorer les infrastructures. Bref on comprend mieux la proposition de Louis de Broissia. Toutefois, le préfet Paul Roncière ne semble pas emballé par le projet du sénateur : « je ne peux pas dire si cela pourra évoluer demain. Mais le coût total de la mise en œuvre de l’ensemble des dispositifs de sécurité est quand même significatif. C’est un problème de répartition que la loi aujourd’hui n’autorise pas. Le débat est ouvert, mais je préfère ne pas me prononcer aujourd’hui. Ce qui m’intéresse, c’est que cet argent ne soit pas utilisé pour autre chose que la sécurité routière ».
Quand on parle d’argent, chacun veut garder la part de son gâteau. A noter que Louis de Broissia aimerait voir plus de radars sur les routes côte-d’oriennes. Pourtant le président du conseil général nous a confié s’être déjà fait flasher plusieurs fois.



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